L’imposant bâtiment construit il y a une cinquantaine d’années pour abriter quelques services déconcentrés de l’État, souffre d’un déficit d’entretien et de maintenance.
Rosette Ombessack

Vieux bâtiment colossal de quatre niveaux et d’un rez-de-chaussée, qui date de l’ère du début des années 80, l’immeuble interministériel de Bafoussam est un joyau architectural solidement bâti, mais qui souffre aujourd’hui d’un manque d’entretien et de maintenance, visible, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Du rez-de-chaussée au dernier niveau, la vétusté des murs montre à suffisance que l’immeuble n’a pas reçu un coup de pinceau depuis bien longtemps.
Le visiteur qui l’a connu à l’époque s’étonne de l’insouciance des occupants actuels, face à la décrépitude d’un chef-d’œuvre architectural situé dans l’arrondissement de Bafoussam 1er, à proximité d’un autre bâtiment tout aussi imposant, abritant les services de la délégation régionale de la sûreté nationale de l’Ouest (Drsn/O). Aucune administration ou presque n’en prend soin. « Entretenir les murs d’un pareil immeuble n’est pas évident. Il faut certains appareils adaptés pour pulvériser à distance de l’eau sur les murs afin de les nettoyer », essaie d’expliquer un fonctionnaire, soulignant au passage que c’est la Communauté urbaine de Bafoussam (Cub) qui devrait s’en occuper. « On se bat pour nettoyer l’intérieur en respectant les journées de propreté le jeudi, mais l’extérieur est un gros problème », poursuit-il.
Dans certains bureaux, le gerflex servant de revêtement n’existe plus, mettant ainsi à nu la laideur du sol. Tout comme les toiles d’araignée, tissées de part et d’autre sur les murs et plafonds, montrent que les occupants sont indifférents à leur environnement de travail. Chacun exécute ses tâches quotidiennes et s’en va, comme s’il n’était en aucun cas concerné par ce qu’il voit autour de lui. On finit par avoir l’impression que la présence humaine sur les lieux est à la fois absente. Les problèmes se posent à tous les niveaux. « Comme vous pouvez le constater, ce plafond se dégrade de plus en plus lorsqu’il pleut. Tout ceci est favorisé par les eaux de pluie qui suintent », regrette une occupante en service à la délégation régionale du Commerce.
Ascenseur
Dans cet immeuble, avoir accès à l’eau dans les bureaux relève du parcours du combattant. « Nous sommes obligés de payer des jeunes gens qui vont puiser de l’eau en bas pour remplir les fûts d’eau en haut », rapporte un employé de la délégation régionale de l’Agriculture et du Développement rural. Quant à l’ascenseur qui faisait la fierté des usagers à l’époque, il n’est plus aujourd’hui qu’une pièce de musée. On se souvient alors de l’époque où il était encore fonctionnel. L’immeuble interministériel de Bafoussam était l’unique bâtiment à hauteur à disposer d’un système de mobilité verticale. « A la sortie des classes, nous faisions semblant d’aller rendre visite à un parent qui travaillait dans cet immeuble, pour voir aussi comment fonctionne un ascenseur. Nous montions et nous nous arrêtions à chaque niveau pour apprécier le dispositif. Je me souviens qu’un jour, un camarade de classe a eu du mal à s’en sortir tout seul, parce qu’il ne savait pas qu’il fallait appuyer sur tel bouton pour que l’ascenseur s’exécute. Il a fallu qu’un autre usager l’aide à sortir de cette petite cage en acier », témoigne Aristide Nokam. L’ancien élève du collège privé La Confiance rapporte comment Bafoussam, en ce moment-là, était une belle ville avec son immeuble interministériel.
Tout était beau à l’époque. À l’époque où on prenait soin d’un bien public. Le temps a passé, pour céder place à une indifférence presque collective. Cet ascenseur est hors service depuis belle lurette. « Je n’ai pas connu cette époque-là, mais je déplore le fait que l’ascenseur ne soit plus fonctionnel, parce qu’il est difficile pour ceux qui sont plus haut d’emprunter les escaliers, surtout lorsqu’ils ont des soucis de santé », se plaint un agent de l’État en service à la délégation régionale de L’Eau et de l’Énergie, au troisième niveau. Il fait savoir qu’il a été victime d’un grave accident de la circulation, il y a environ un an, ce qui lui a valu une intervention chirurgicale. « Depuis lors, accéder au bureau est un calvaire pour moi ».
À la délégation régionale du Commerce, on en sait un peu plus, lorsqu’on y apprend qu’il y a longtemps, un maintenancier s’occupait de l’ascenseur de l’immeuble. « On m’a fait comprendre que des gens se trouvaient constamment bloqués dans l’ascenseur et lorsqu’on le sollicitait, il était disponible à tout moment », explique une des employés, qui dit avoir suivi son histoire de long en large. C’est d’ailleurs elle qui va nous servir de guide pour pouvoir entrer en contact avec papa Etienne, l’ancien maintenancier de l’immeuble interministériel de Bafoussam. Il y a travaillé vers la fin des années 80, notamment en 1988, et reconnaît avoir fait de multiples interventions pour libérer des personnes bloquées dans l’ascenseur. « Je suppose que les responsables qui sont arrivés après n’ont pas senti le besoin de faire réparer cet ascenseur, voilà pourquoi ils l’ont abandonné », répond papa Etienne.
À l’extérieur de l’immeuble, surtout à l’arrière, des tas d’immondices jonchent les alentours. Il faut y ajouter les herbes qui ont envahi son pourtour. « Ce sont les usagers des autres services qui jettent les ordures par les fenêtres », accuse une employée en service à la délégation régionale du ministère de l’Élevage, des Pêches des Industries animales (Minepia). Elle assure qu’à leur niveau, des mesures d’hygiène sont prises pour maintenir la propreté dans leurs bureaux. Elle nous invite d’ailleurs à y faire un tour pour découvrir que les services locaux du Minepia font la différence. Tout le contraire des autres administrations publiques qui y sont logées.
Repères
-Début des travaux : 1984
-Arrêt brusque des travaux alors que le chantier est exécuté à plus de 80% : 1987
-Rénovation de l’immeuble : 2010
-Nombre de services abrités : 08 (délégations régionales des Arts et de la Culture (Minac), des Sports et de l’Education physique (Minsep), de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia), de l’Agriculture et du Développement rural ( Minader), des Mines et du Développement technologique (Minmidt), des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat (Minpmeesa), du Commerce (Mincommerce), de l’administration pénitentiaire, etc.



