L’ancien directeur des opérations de la Dgre reconnaît avoir constitué le commando qui a supplicié Martinez Zogo, mais livre deux versions sur l’identité du donneur d’ordre.
Rebara Habra
À la session d’audiences criminelles spéciales des 14 et 15 septembre 2026 au Tribunal militaire de Yaoundé, les déclarations du colonel Justin Danwé, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre), font émerger une question centrale : l’ordre d’enlever et de torturer l’animateur Martinez Zogo venait-il de sa hiérarchie ou d’une personne privée extérieure à la Dgre ?
Une première version du colonel Danwé renvoie à la Direction générale de la recherche extérieure. Une seconde fait intervenir un acteur privé auquel le colonel aurait, selon les déclarations rapportées à l’audience, proposé d’agir contre le journaliste. « J’avais sollicité l’aide de Jean Pierre Amougou Belinga pour obtenir une avance sur solde auprès du ministre des Finances. En retour, il m’avait demandé de faire taire Martinez Zogo », avait déclaré l’ancien directeur des opérations.
Qui a donc donné l’ordre ? Dans la salle d’audience du Tribunal militaire de Yaoundé, la question revient dans les débats. Le colonel Justin Danwé reconnaît avoir dirigé le commando impliqué dans l’opération contre Martinez Zogo. Mais derrière cette reconnaissance demeure la question du donneur d’ordre.
Deux chaînes de commandement pour une même opération. C’est cette contradiction que soulève Me Jacques Mbuny, avocat du colonel Danwé. « Il y a forcément une part de faux dans cette version. Il y a forcément un commanditaire. Est-ce que, parmi les deux, le vrai commanditaire est là ? Nous ne le savons pas encore. Ce sera au tribunal d’en décider. Mais il peut aussi arriver que le commanditaire ne soit même pas parmi les deux. »
Le flou persiste autour du véritable commanditaire. Les versions se multiplient, mais rien ne permet encore de l’établir. Néanmoins, la question de l’iPhone appartenant à Jean Pierre Amougou Belinga et qui aurait été dissimulé par son épouse, Melissa, recentre les débats sur l’homme d’affaires. « L’accusé Danwé apprend aux enquêteurs qu’il a envoyé, sur un numéro de téléphone qu’il indique expressément, des vidéos de l’agonie de feu Martinez Zogo. Et le tracking permet de découvrir que le numéro de téléphone appartient bien à Amougou Belinga », rappelle Me Félicité Esther Zeifman. Et d’ajouter : « Si ce téléphone avait été présenté à l’enquête préliminaire, peut-être qu’aujourd’hui cette affaire serait au niveau des plaidoiries. »
Pour le conseil de Léopold Maxime Eko Eko, aucune preuve testimoniale ou numérique ne confirme une implication directe ou indirecte dans cette opération. « Danwé a avoué avoir constitué lui-même un personnel composé d’agents de la Dgre et de civils. Il est allé en mission sans recevoir de financement de mission. Lorsqu’il en revient, il ne fait aucun compte rendu à sa hiérarchie. Conclusion simple : c’est une initiative personnelle du colonel Danwé », a déclaré Me Ofomo Toueli, l’un des avocats de Maxime Eko Eko.



