Le spectacle est saisissant ce 16 septembre2026 à une station-service située au quartier Nkomo, vers 10h. Une quarantaine de bouteilles vides y sont disposées. Un cimetière de fer. Des bouteilles de couleur bleue, empilées les unes sur les autres. L’effluve de gaz a disparu, cédant la place aux particules de poussière et à une odeur du métal. Aucune trace de la clientèle. Le dépôt est vide. « Comme vous le constatez, les bouteilles sont vides. Oui, il n’ y a pas de gaz. Hier, il y avait du monde ici et, aujourd’hui, il n’y a personne. Nous pouvons en avoir une quantité, mais s’il y a vingt clients toutes les bouteilles vont finir tout d’un coup. L’offre est plus petite que la demande», explique-t-on.
Au lieu-dit Total Biteng, le même jour, l’ambiance est similaire. Sur les motos, à l’arrière des taxis, ce ne sont que des bouteilles vides qu’on transporte. On les voit partout, comme un symbole de l’attente. Dans cette station, Louise K., la trentaine sonnée, attend impatiemment, assise sur sa bouteille vide de 12, 5kg depuis près d’une heure. « C’est la deuxième station où je suis arrivée aujourd’hui. On m’a dit de venir ici. Et lorsque j’arrive, je vois seulement les bouteilles vides appartenant à d’autres clients. Le vigile m’a dit que le gaz n’est pas disponible. J’attends quand-même. On ne sait jamais », déclare-t-elle.
À quelques encablures de là, un consommateur murmure « La mère-ci perd son temps. Elle va seulement passer toute la journée là. C’est mieux qu’elle rentre. Elle n’aura pas de gaz. Et c’est comme ça partout dans les stations-service de la ville ». Gervais T, étudiant, vivant dans les environs a ajouté : « Hier, j’ai fait le tour des stations-service à Ekounou, Ekié, etc. Je n’ai rien vu. Depuis plusieurs jours, on n’arrive pas à trouver le gaz. C’est compliqué. Nous avons déjà trop de charges à la maison. S’il faut encore monter et descendre dans toute la ville pour avoir le gaz qu’on ne voit même pas, c’est trop nous demander ».
Au point-dit Tradex Essomba, les bouteilles sont également vides. Aucun de bruit de détendeur qu’on visse, aucun « puuushhh » caractéristique du remplissage. On n’entend pas : « c‘est combien ? ». Il y a juste des hangars béants, des étagères vides, et, au fond, un employé qui joue avec son téléphone pour tuer le temps. Le vide a remplacé la flamme.
Et dans les cuisines de Yaoundé ce soir, ce sont des milliers de bouteilles vides qui attendront encore, alignées contre un mur, comme des sentinelles inutiles. L’évidence est là ! Le gaz est indisponible.
Douala : Ça brûle au charbon de bois
À défaut du gaz domestique, les ménages, dans la précarité, ont recours à ce combustible solide et poreux.
Blaise Djouokep
Tant d’attente pour si peu !
Lorsque le camion de livraison de gaz arrive à la station-service Tradex à Ndokoti autour de 9h30, ce 16 septembre 2026, une longue file s’est déjà formée. Des hommes et des femmes de tous les âges, chacun accroché à sa bouteille vide. Le camion est vidé de son contenu. Les premières personnes sont servies. Impatiente d’attendre, la foule fait bloc vers le vendeur. C’est la bousculade. Le ton monte. Des éclats de voix se font entendre. Les agents de sécurité et le personnel de Tradex interviennent. Les esprits surchauffés s’apaisent. Et à peine une heure après l’arrivée du camion, les bouteilles remplies de gaz sont épuisées. Bouteille de gaz en main, c’est un ouf de soulagement pour Fannie. « Ça fait deux semaines que je n’ai pas le gaz. Pour pouvoir l’obtenir aujourd’hui, j’ai dû prendre les contacts de plusieurs agents en service ici, et c’est l’un d’eux qui m’a informé qu’il y aura livraison de gaz ce matin », confie la jeune dame, soulagée.
Les autres, plus nombreux, n’ont pas cette chance. Arrivés après l’épuisement du stock, ils rentreront avec leurs bouteilles vides. Aucune solution pour se procurer ce combustible devenu au fil des jours un produit de luxe. Surtout que, même dans les stations-service, le gaz se fait rare. Ce qui contraint de nombreuses familles à recourir au charbon de bois, à l’instar de maman Pauline. Elle n’a plus allumé sa cuisinière depuis plus d’un mois. Pour faire la cuisine, la quinquagénaire s’est résolue à acheter du charbon au quotidien : 500 Fcfa de dépenses supplémentaires chaque jour pour s’offrir ce combustible. « Je suis fatiguée de marcher pour chercher le gaz. On n’en trouve pas. Il n’y a pas le gaz. Je fais avec les moyens de bord », relève-t-elle. Même Magni, vendeuse de gaz qui n’a pas été livrée depuis plus de quatre semaines, peine à avoir une bouteille pleine. « Ça fait plus d’un mois que je n’ai pas été livrée. Toutes mes bouteilles sont vides. Quand je n’ai pas de gaz chez moi, j’utilise le charbon », lâche-t-elle.
Comme elle, faute de gaz, beaucoup de familles se rabattent vers le charbon de bois, bien que cela induise des dépenses supplémentaires. « J’ai acheté un sac de charbon, il y a deux semaines. Cela m’a coûté 13 000 Fcfa. C’est pénible de préparer sur le charbon. Surtout le repas des enfants. Faire leurs gamelles est devenu très difficile », déplore Elsie, qui dit être obligée de retirer de sa ration 500 Fcfa chaque jour pour acheter du charbon. Une dépense supplémentaire qui, selon de nombreuses ménagères, impacte la quantité et parfois la qualité du repas cuisiné.
Bafoussam : Les consommateurs déboussolés
Rosette Ombessack
Vides !
Les jours à venir seront sans doute sombres pour les ménages de la ville de Bafoussam, surtout ceux qui utilisent exclusivement les foyers à gaz. Puisque la pénurie de gaz touche progressivement toutes les marques. Ce qui provoque une angoisse chez les consommateurs. Dans un dépôt de gaz situé au quartier Haoussa, les bouteilles vides sont disposées par terre ce mercredi 16 septembre 2026.
Le chauffeur du véhicule en question, de type Pick-up, vient juste de se garer. Deux employés dudit dépôt s’affairent à y ranger les bouteilles vides. « Peut-être qu’un peu de gaz est arrivé », présume une des employés, qui ajoute que depuis cinq mois environ, il se pose un problème de gaz. « Quand ça vient, c’est juste en très petite quantité, et il faut même avoir une connaissance qui t’en informe », rapporte-t-elle. Tout à côté se trouve également un plus grand dépôt de gaz domestique. La même situation est observée, les bouteilles sont vides. « Il n’y a pas de gaz partout », indique le gardien des lieux. D’ailleurs, à l’entrée, le box de la jeune dame qui a pour rôle de recevoir la clientèle est cadenassé.
Un peu plus loin, au marché « Bigmop », les deux alimentations d’en face n’ont même pas rangé leurs bouteilles vides à l’extérieur, comme d’habitude. « Nous avons appris que le seul monsieur qui gérait le gaz au Cameroun a quitté le pays. C’est la raison pour laquelle il y a ce problème de pénurie », explique un agent.
Pendant ce temps, l’inquiétude s’est emparée de certains ménages. « Je suis obligée d’acheter un four à charbon, et de m’y habituer », décide celle qui ne jurait que par le gaz domestique. Elle prend les renseignements sur les lieux où elle peut se procurer du charbon.
Quant à Mme Zenabou, au quartier Bamendzi 3, elle avait laissé à sa voisine son four à charbon qu’elle n’utilisait presque plus. La pénurie de gaz l’a fait revenir sur sa décision.



