La session de formation organisée par MTN Cameroon et Plan International a permis d’outiller les journalistes sur la sauvegarde et la protection des enfants en ligne et dans les médias.
Blaise Djouokep

Trois questions ont permis de mesurer l’importance de la protection des enfants sur les réseaux sociaux, au cours de la formation organisée par MTN Cameroon et Plan International : « Dans 10 ans, quand elle verra sa photo sur Internet disant qu’elle a été violée, quel sera son sentiment ? Aurait-on pu traiter de son cas sans afficher son image ? Qu’est-ce que la diffusion de son image a apporté en plus dans le traitement de l’information ? » Des questions qui ont mis les journalistes présents à la formation dans l’embarras.
Les images d’enfants dans les médias, prévient Ulrich Xavier Ovono Ondoua, magistrat, soulèvent un enjeu éthique et déontologique majeur dans le traitement médiatique des mineurs victimes de violences en général et de violences sexuelles en particulier. « La publication du visage peut entraîner une stigmatisation durable et compromettre la reconstruction de la victime. L’information aurait pu être traitée avec la même rigueur, en protégeant son identité par le floutage, des visuels anonymes ou les initiales, dans le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant », insiste-t-il. D’autant que les enfants sont de plus en plus victimes de violences.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ un milliard d’enfants dans le monde subissent des violences chaque année. Quelque 40 % des enfants victimes de violences développent un syndrome post-traumatique. La même organisation note qu’au Cameroun, un enfant sur trois est victime de violences physiques. Les filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles, même si les garçons en sont de plus en plus victimes.
Des violences dont les conséquences peuvent être dramatiques. À en croire Dr Jeannette Afounde, médecin de santé publique, les enfants victimes de violences physiques ou sexuelles et exposés dans les médias peuvent être affectés sur le plan psychologique. « La violence doublée à l’exposition dans les médias peut entraîner chez l’enfant anxiété, peur, troubles du sommeil, honte, culpabilité, perte d’estime de soi, repli sur soi et difficultés à faire confiance aux autres », explique-t-elle. Ces traumatismes peuvent également affecter durablement le développement de l’enfant, son estime de soi, sa confiance en lui et sa reconstruction.
Il a donc été recommandé aux journalistes d’utiliser des images appropriées, en évitant notamment toute photographie exposant la nudité ou les parties intimes d’un enfant, afin de faire du numérique un espace plus sûr pour chacun. Surtout que, selon le magistrat, des poursuites judiciaires peuvent être engagées contre les journalistes qui publient des images permettant d’identifier des enfants victimes.
Ulrich Xavier Ovono Ondoua : On ne dévoile pas l’identité de l’enfant
Magistrat, il présente les circonstances dans lesquelles le journaliste peut tomber sous le coup de la loi lorsqu’il traite d’une information relative à l’enfant.
Blaise Djouokep

Quelle est la responsabilité du journaliste lorsqu’il traite d’un sujet qui concerne les enfants ?
Le journaliste a d’abord une responsabilité sociale. Il est important pour lui de respecter les règles et normes déontologiques qui encadrent sa profession. La violation de ces règles peut l’exposer à des sanctions. Et parce qu’il est journaliste, il a un pouvoir. Il influence, d’une manière ou d’une autre, le cours de la vie et des événements. Il est donc important pour lui de prendre en compte le fait qu’un enfant grandit et que l’information diffusée ne meurt pas. Une information concernant un enfant, même bien traitée, ne doit pas avoir d’impact sur son développement et, plus tard, sur son épanouissement.
Cette exigence concerne-t-elle uniquement les journalistes ?
Il est important de rappeler au journalisme organisé qu’il n’est pas un lanceur d’alerte. Parce qu’il est un média organisé, il y a des règles déontologiques qui encadrent son activité. Il a aussi une responsabilité vis-à-vis des enfants, parce qu’il veille, comme les autres acteurs publics, au respect de leur intérêt supérieur. C’est pour cela que le traitement de l’information concernant les enfants doit se faire dans le respect particulier du cadre qui leur est dédié.
Que doit faire un journaliste lorsqu’il faut recueillir le témoignage d’un enfant ?
De façon générale, on ne présente pas l’enfant dans une situation d’indignité. Il faut avoir à cœur de protéger l’enfant dans tous les actes de la vie, que ce soit en justice ou dans le cadre de l’exercice de la profession de journaliste. Il ne faut pas faire comme les lanceurs d’alerte parce qu’ils n’ont pas la même responsabilité, alors que vous en avez une.
Selon les conventions internationales, l’enfant est défini comme une personne âgée de moins de 18 ans. Si vous allez recueillir le témoignage de quelqu’un alors que la loi ne lui donne pas la possibilité de s’exprimer sans être assisté, vous pouvez être poursuivi.
Le point de rencontre de toutes les situations juridiques relatives aux droits de l’enfant est l’intérêt supérieur de l’enfant. Quand vous traitez une information qui concerne un enfant, vous devez vous demander quel est son intérêt supérieur. Est-ce dans son intérêt de le filmer, de montrer son visage, de donner des informations qui peuvent permettre de l’identifier, comme dans le cas de l’affaire du viol de la petite fille de trois ans ? Le journaliste n’est pas qualifié pour dire que ce cas-là est un viol. Le journaliste n’a pas qualité pour faire témoigner un enfant dans pareil cas. Il n’est pas dans la liste des personnes qui assistent les mineurs.



