Le ministère de l’Éducation de base annonce la suspension, pour une durée de trois mois renouvelable, l’examen des demandes de création de nouvelles écoles maternelles et primaires privées, pour tenter de juguler le phénomène des établissements clandestins.
Jean De Dieu Bidias
Étoundi Ngoa vent debout contre les écoles clandestines.
Le ministère de l’Éducation de base (Minedub) serre la vis dans l’enseignement privé. Dans une instruction signée le 10 août 2026, le ministre Laurent Serge Etoundi Ngoa ordonne la suspension, pour une période de trois mois, éventuellement renouvelable, de la réception et de l’instruction des dossiers de création de nouveaux établissements scolaires privés de base. Cette décision concerne les écoles maternelles et primaires privées. Le ministre justifie cette mesure par la « recrudescence de graves dysfonctionnements » observés dans le secteur. Le document évoque, notamment, la prolifération d’établissements dont l’existence ne respecte pas les normes législatives et réglementaires en vigueur. Parmi les irrégularités relevées, figurent l’utilisation d’infrastructures construites en matériaux précaires, le non-respect des normes pédagogiques, ainsi que la circulation de faux arrêtés de création, d’ouverture ou d’extension. Cette nouvelle tentative de mieux réguler le très névralgique secteur de l’Éducation de base intervient quelques semaines après la publication de nouvelles listes d’écoles clandestines appelées à fermer.
En juillet dernier, le ministère a en effet ordonné la fermeture de 722 écoles primaires clandestines réparties dans plusieurs régions du pays, notamment l’Adamaoua, le Centre, l’Est, le Littoral, l’Ouest et le Sud-Ouest. Le phénomène n’est pas nouveau et traduit même une certaine défaillance de l’Etat en matière de régulation. En août 2023, le Minedub avait déjà décidé la fermeture d’établissements clandestins dans six régions : l’Adamaoua, le Centre, l’Est, le Littoral, l’Ouest et le Sud. Le ministère avait alors mis en avant plusieurs manquements constatés lors des missions de contrôle. En 2024, une nouvelle décision portant fermeture de certains établissements clandestins de l’enseignement privé de base avait encore été publiée par le département ministériel. L’instruction du 10 août estime que ces pratiques contribuent à la détérioration du service public d’utilité sociale que représente l’enseignement privé de base et compromettent les efforts d’assainissement engagés depuis plusieurs années.
Pendant les trois mois de suspension, les organisations de fondateurs sont invitées, sous l’encadrement de la Direction du suivi de l’enseignement privé de base, à collecter les informations sur les écoles effectivement autorisées à fonctionner. Le ministère demande également que les contrôles portent sur les normes sanitaires, pédagogiques et sécuritaires. Des mesures contraignantes devront être prises contre les établissements qui ne se conforment pas à la réglementation. La traque des établissements clandestins constitue ainsi le principal volet de cette nouvelle phase d’assainissement. Le ministre demande aux responsables concernés d’intensifier leur lutte contre ces structures, qui devront être identifiées puis fermées. Des rapports trimestriels devront par ailleurs lui être transmis sur les opérations menées.
Reste à espérer qu’à travers cette suspension des nouvelles créations, qui est inédite au Cameroun, le Minedub parvienne à reprendre le contrôle d’un secteur privé en expansion, mais régulièrement confronté aux problèmes d’autorisation, de conformité des infrastructures et de respect des normes pédagogiques. Et surtout, si le dispositif de contrôle permettra d’éviter que les établissements fermés ne reprennent leurs activités sous une autre forme à la faveur de la prochaine rentrée scolaire, en septembre.



