Le nouveau chef de ce quartier est soupçonné de vouloir accaparer 61 hectares de terrain, adossées à un titre foncier déjà annulé par les autorités.
Par Michel Ferdinand
Le climat social est assez agité au quartier Ngoma, arrondissement de Douala 5e. Il en est ainsi depuis samedi dernier, 18 janvier 2025, lorsque des propriétaires de terrain, établis sur les lieux depuis au moins 20 ans pour certains, dans le titre foncier N°38532 de base, morcelé, ont décidé de manifester contre la destruction des maisons qu’ils ont construites et des bornes délimitant chaque lopin. On y a dénombré une bonne centaine d’hommes et de femmes, agitant des branches d’arbre ou brandissant des messages de protestation inscrits sur des pancartes.
Les manifestants, visiblement étonnés par les casses entamées depuis la matinée, ont essayé de s’y opposer, avant de faire face aux policiers et autres individus mobilisés par Sa Majesté Bakala, celui qui se présente aujourd’hui comme étant le nouveau propriétaire du site querellé.

Une affaire qui remonte à 2004, lorsque la collectivité de Ngoma se fait établir le titre foncier N°16274 sur une superficie de 91 hectares. Ce titre foncier fait l’objet de plusieurs morcellements au profit d’environ 500 particuliers. En 2023, la famille Enangue, représentée par Mme Enangue, obtient le titre foncier N°16653 de 61 hectares sis à Lendi, quartier voisin de Ngoma. La même année, la famille Ngando représentée par M. Mvondo, obtient, elle aussi, le titre foncier N°43111 de 9 hectares, situé également à Lendi. Le plus surprenant, c’est qu’en 2024, Mme Enangue et M. Mvondo « ont décidé de venir superposer leur titre foncier à Ngoma, sur le titre foncier N°38532, déjà morcelé au profit de près de 500 personnes. L’affaire a été tranchée au tribunal et le juge a annulé les deux titres fonciers appartenant respectivement aux familles Enangue et Ngando.
Le 3 juillet 2024, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf ), Henri Eyebe Ayissi, a aussi pris un arrêté annulant les mêmes titres de propriété, tout en reversant les superficies annulées dans le titre foncier de départ, N°16274/W de l’État du Cameroun. Dans l’intervalle, le chef du quartier Ngoma a été révoqué, laissant sa place en 2024 à un autre fils du coin, M. Bakala.
La suite de l’affaire est d’autant plus troublante que, le 15 novembre 2024, le titre foncier N°25464 d’un peu plus de 61 hectares est établi à la famille Logbikemb, représentée par Sa Majesté Christian Bakala, né le 11 février 1974 en France. La curiosité, c’est que le titre foncier délivré à S.M Bakala affiche la même contenance superficielle que celui de Mme Enangue, annulé. « Nous sommes fâchés, parce que nous avons acheté un terrain titré il y a 20 ans. Il y a deux ans, un monsieur arrive avec un autre titre foncier et dit que son titre est superposé au nôtre. Nous l’avons battu au tribunal et avons investi sur notre terrain. Ce matin (18 janvier), on nous a appelé pour dire que ce monsieur-là a débarqué avec des engins qui sont en train de détruire et de casser nos maisons », dénonce Mme Ndongock.
En début de semaine, le 20 janvier 2025, le Mindcaf a adressé une correspondance à S.M Bakala, suite aux recours gracieux préalables introduits par les familles Enangue et Ngando, « en retrait de l’arrêté du 9 janvier 2025, et en constat de nullité d’ordre public des titres fonciers N°25464 et 25465 W », écrit le Mindcaf. Par ailleurs, le Mindcaf a « instruit le préfet du Wouri, de mettre sur pied une commission ad hoc en vue du règlement du litige vous opposant aux requérants sus-désignés… Aussi, j’ai prescrit, à titre conservatoire, la suspension des effets dudit arrêté, dans l’attente d’une éventuelle décision contraire. Vous voudrez bien assurer votre participation effective afin de faire prévaloir vos prétentions ».
Les manifestations organisées samedi dernier avaient donc pour objectif de mettre fin aux appétits fonciers de S.M Bakala, soupçonné de spoliation des terres avec des complicités tapies dans l’ombre. Les démarches engagées n’ont pas permis d’avoir la version du chef mis en cause dans ce scandale foncier. L’atmosphère demeure délétère à Ngoma.


