Le conseil traditionnel et culturel dudit peuple a présenté le programme de la 26e édition du festival « Nguma Mabi » au cours d’une conférence de presse, le 30 octobre 2026 à Kribi.
Lazare kingue
Devant la presse, le Comité Technique d’Organisation, chapeauté par le conseil Traditionnel et Culturel du peuple Mabi, a tenu à lever toute équivoque. Le Nguma Mabi, créé en 1999 par la Chefferie traditionnelle pour conjurer l’effacement colonial, n’est la propriété ni d’une association ni d’un individu. Il est l’émanation du peuple Mabi. Sa gestion, jadis confiée à un organisateur annuel puis à une association quinquennale dont le mandat est échu, est désormais dévolue à un nouveau comité, mais avec pour propriétaire la Chefferie Traditionnelle. Le président du comité technique d’organisation sa Majesté Ngwï Nzigui Sabischouga, le responsable des affaires culturelles Judes Sylvain Mboum, le secrétaire général du conseil traditionnel Henri William Sabikanda et le patriarche Camille Mindjouli l’ont expliqué le 30 octobre dernier. Le but escompté ici est de célébrer l’ancestralité et assurer la transmission des valeurs à la postérité, reconstruire un patrimoine matériel et immatériel meurtri, de transmettre à la jeunesse qui s’éloigne, la vertu de la relève, de l’innovation et de la fierté assumée d’appartenir à un patrimoine vivant, tout en autonomisant la communauté.
Le thème de cette 26e édition, « Kurèh Wanaah » traduit par » évolution nouvelle », indique que « l’ADN Mabi demeure. C’est sa mise en vitrine qui évolue ». Cette évolution est la grande innovation cette année. En quelque sorte, il s’agit de mettre la technologie moderne au service de la culture. « Le Mabi est un homme qui a la tête dans l’eau et les pieds dans la forêt. Le moment le plus poignant de cette adresse face aux professionnels des médias, a été l’évocation du portrait reliquaire emblématique d’un masque, cette sculpture d’une densité rare, volée aux Mabi par les colons allemands, et vendue chez Sotheby’s (un collectionneur anglais) en 2016. Le masque en question est anonyme. « L’arrivée allemande sonna l’interdiction du culte et le massacre des adeptes. Les reliques furent pillées. Les prêtres coutumiers tués avec une violence des plus extrêmes...» a raconté Judes Sylvain Mboum. Il a par ailleurs révélé que, le Grassi Museum de Leipzig en Allemagne conserve à lui seul 440 sculptures Mabi, sur les 60 000 objets répertoriés dans les musées allemands par le Pr Kuma Ndoumbe 3 depuis 1986. Une demande de restitution a été déposée en 2015, mais ne connaît pas encore de suite favorable.
Au-delà des objets volés et désacralisés, le peuple réclame des restes humains de trois chefs décapités le 23 mars 1893. Il s’agit de King Mayesse, Nadia Nkwama de Mbiengue et Biwe Nadia de Masile. Leurs têtes , avons-nous appris, furent emportées à Berlin. Rendez-vous est pris pour le 28 novembre prochain, date de l’ouverture de lancement des activités culturelles et d’ouverture de la foire artistique avec en guest star l’artiste Camerounais Locko.


