La décision du ministre de l’Administration territoriale (Minat) de suspendre, pour une durée de trois mois, le parti d’Issa Tchiroma Bakary, continue de faire des vagues.
Michel Enony

À travers des communiqués cinglants publiés les 27 et 28 octobre 2026, les principaux partis d’opposition et de la société civile dénoncent une dérive autoritaire, bien que certaines voix appellent à l’apaisement.
Le Mouvement patriotique pour la prospérité du peuple (Mp3) ouvre le bal et exprime sa « profonde indignation ». Le parti fustige une décision qui « soulève de graves préoccupations quant au respect des libertés politiques ». Pointant du doigt une mesure survenue sans procédure judiciaire, le Mp3 y voit une « attaque de plus contre le pluralisme politique ! ». Plus incisif, le parti souligne une « coïncidence troublante » entre la durée de la sanction et la « convocation du corps électoral en vue des élections législatives et municipales de 2027 ». Pour le MP3, il s’agit d’un « acte exclusivement politique » dont il exige l’annulation pure et simple par le Premier ministre.
L’Union démocratique du Cameroun (Udc) de Tomaïno Ndam Njoya partage cet « étonnement et interrogation ». Relevant que la suspension intervient au lendemain de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 et d’un verdict du Tribunal militaire, l’Udc s’interroge sur les véritables motivations de l’État : « S’agit-il d’une mesure conservatoire ou d’une autre sanction s’ajoutant à celle de la Justice ? » et surtout, « S’agit-il d’une mesure visant expressément à empêcher les candidats dudit Parti de se préparer sereinement aux prochaines échéances électorales ? ». Le parti appelle à des scrutins « les plus inclusifs possibles ».
Du côté du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), la condamnation est sans appel. Sous le titre évocateur « Halte à l’embuscade politique », le mouvement dénonce « une manœuvre grossière du pouvoir Rdpc ». Selon eux, cette décision vise à « écarter ses principaux adversaires du jeu politique, afin d’assurer à ses candidats un score confortable aux prochaines élections ». Le Manidem fustige un pouvoir « incapable de battre ses adversaires dans les urnes » qui use de « mesures autoritaires ». Il appelle le peuple à « s’organiser pour infliger une défaite mémorable aux fossoyeurs du Kamerun ».
À contre-courant de ce front uni, le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) adopte un ton plus mesuré. S’il prend acte de la décision du Minat, le Pcrn estime toutefois que dans un contexte de « tensions larvées » et de « crise de confiance envers les institutions », « l’heure est davantage à l’apaisement qu’à l’exacerbation des tensions ». Le parti de Cabral Libii invite le ministre Paul Atanga Nji à « reconsidérer sa décision », rappelant que « la paix n’exclut pas la fermeté, le respect de la loi n’exclut pas le dialogue et l’autorité de l’État n’est nullement incompatible avec l’apaisement ».


