Joshua Osih : Nous sommes ouverts aux alliance, mais pas de coalition avant l’élection 

Au lendemain du Comité Exécutif National (NEC) tenu le 31 octobre 2026 à Yaoundé, le président national du Social Democratic Front revient sur la stratégie du parti pour les prochaines échéances électorales, la question sécuritaire dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord, et l’ouverture des listes du parti à la société civile.

Désiré Domo

Le SDF, par votre voix, annonce sa participation aux prochaines législatives et municipales. Comment comptez-vous faire dans les zones de crise du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord ?

Écoutez, c’est un échec de gouvernance que la moitié du pays soit en guerre. En 2020, le Conseil constitutionnel nous a donné raison en annulant les élections dans plusieurs circonscriptions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, justement parce qu’il n’y avait pas eu d’élections à cause de l’insécurité. Le problème, c’est qu’il y a un vide juridique dans la loi. La loi ne dit pas ce qui doit se passer après une annulation pour cause de violence. Le président de la République a alors signé un décret pour reconvoquer immédiatement le corps électoral, alors que la cause de l’annulation, la guerre, existait toujours. Elle existe encore aujourd’hui.

Nous avons compris, à cause de ce vide juridique et de la mauvaise foi du régime qui refuse d’admettre qu’il y a une guerre, que nous devons nous adapter. Nous n’enverrons pas nos militants à la mort. Mais nous serons présents dans les dix régions. Nous avons une stratégie pour les zones en crise, que je ne dévoilerai pas dans les médias.

Le mandat des conseillers municipaux et des députés est largement dépassé. Quelle est votre position sur un nouveau report ?

Lors du NEC tenu à Bamenda, nous avons été très clairs. Nous n’acceptons plus qu’on confisque l’avenir des Camerounais en reportant les élections locales. Si certains ne sont pas prêts, qu’ils aillent aux élections tel qu’ils sont et que les résultats reflètent la volonté du peuple. Si le gouvernement n’est pas prêt à donner les moyens à ELECAM, alors que le président et le Premier ministre en tirent les conséquences. La Constitution garantit des élections libres et transparentes. Je suis moi-même un élu. J’ai été élu pour cinq ans. Il n’est pas normal que six ans plus tard, on tergiverse encore sur un énième report. Il faut aller aux élections, quel qu’en soit le coût. C’est ce qui permettra de renouveler la classe politique.

Parlez-nous des alliances. Le SDF va-t-il se mettre avec d’autres partis ?

Nos portes sont largement ouvertes. Nous avons des candidatures qui nous viennent de la société civile, de partis qui n’ont pas la capacité d’aller aux élections, et même de partis politiques qui ont frappé à notre porte. Nous avons eu une grande rencontre avec le monde syndical la semaine dernière. Nous avons une commission spéciale et même un call-center ici à Yaoundé qui recueille toutes les demandes de candidature sur l’ensemble du territoire.

Mais je veux être clair : une coalition, c’est après l’élection. Avant, ce sont des alliances, et elles doivent être pertinentes et cohérentes sur tout le territoire. On ne peut pas être compétiteurs dans une circonscription et alliés dans une autre. Ce serait brouiller le message aux Camerounais. Nous faisons des alliances pour servir le peuple, pas pour nous servir.

Qu’est-ce qui fait la différence du SDF aujourd’hui ?

Le SDF est le seul parti social-démocrate présent dans les institutions et sur toute l’étendue du territoire national. C’est le seul parti progressiste. Nous avons un programme clair, publié, connu de tous : l’égalité des chances, la justice sociale, la santé accessible, l’éducation de qualité et gratuite, la sécurité et la prospérité.

Aujourd’hui, la prospérité a été confisquée par un gang qui a décidé de détruire ce pays. Si vous voulez que cela s’arrête, il vous faut un agenda social-démocrate qui met l’homme au centre. Nous sommes en pleine transition. Les Camerounais doivent comprendre qu’on ne doit pas passer d’un système confisqué par une personne à un système confisqué par une autre personne. C’est le système tout entier qu’il faut changer. Et le SDF est le parti le plus à même de porter ce nouveau système.