Les ouvriers du Cnic, qui se disent prioritaires pour la réparation du navire M/V Black Rhino, appellent le gouvernement à faire appliquer les textes en pareille situation.
Blaise Djouokep

Devant la direction générale du Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic), une centaine d’ouvriers, debout, vêtus de leur uniforme de travail, casques vissés sur la tête, manifestent leur mécontentement. Ils ne revendiquent pas le paiement de leurs 21 mois de salaires impayés. Ces ouvriers réclament, depuis plus d’un mois, que leur soit accordé, comme le prévoient les textes et comme l’a souhaité le propriétaire du navire M/V Black Rhino, qui a fait naufrage en juillet dernier à l’entrée du chenal d’accès du port de Douala, la réparation de ce navire, qui représente selon eux un marché de près de 8 milliards de Fcfa.
Sur les pancartes qu’ils brandissent, on peut lire : « Prière M. le ministre des Transports du Cameroun, président de la Commission de sauvegarde du navire M/V Black Rhino, de sauver le Cnic », « Le Cnic a besoin d’une seule signature de l’Etat du Cameroun pour l’acquisition de ce projet », « Le projet de sauvegarde de ce navire est estimé à environ 8 milliards Fcfa. C’est une opportunité pour la relance du Cnic »…
Priorité aux entreprises nationales
Avant cette manifestation, plusieurs démarches infructueuses ont été entreprises par les employés du Chantier naval. Les syndicats et délégués du personnel représentés au Cnic ont adressé à M. le président de la Commission de sauvetage du navire M/V Black Rhino, S/C le ministre des Transports, un « préavis de manifestation ». Dans ladite correspondance, ils évoquent « les énormes sacrifices consentis par le personnel (acceptation du différé du salaire du mois de juillet 2026 hormis les 20 mois d’impayés de salaires) pour la réhabilitation de la barge Jupiter III, Goliath, CNIC II ».
Ils évoquent également la correspondance du 04 septembre 2026, adressée au Président de la République, pour son intervention afin d’éviter l’éviction du Cnic du marché du sauvetage du navire M/V Black Rhino. Ces ouvriers s’appuient sur l’Ordonnance du 18 juillet 2025 qui consacre la priorité aux entreprises de droit camerounais, et sur l’Ordonnance de justice du 31 août 2026 qui suspend l’appel d’offres lancé pour l’attribution de ce marché, pour se voir confier le marché de la réparation du Black Rhino.
Réparations en baisse
La réparation de ce navire constitue le plus gros marché que devrait réaliser le Cnic depuis le début de son déclin. « Les gros clients d’alors, à l’instar de Tide Water, Sonara, Lablaco, Scdp, Perenco, Total, Schlumberger et d’autres sociétés étrangères sont pour la plupart partis. On continue de travailler avec Perenco. Nous sommes en train de renouer des relations avec Addax Petroleum. Nous avons un contrat en cours avec Tide Water. Mais le Chantier naval n’a plus de marchés comme par le passé », explique Ndzana Jean, ouvrier du Cnic.
L’entreprise s’attèle actuellement à réparer deux navires, dont un navire de pêche et un autre dénommé M/V Le Gamba. « Ces travaux que nous avons actuellement ne permettent pas véritablement à l’entreprise d’avoir une bonne santé financière. Ils permettent néanmoins de gérer des factures. C’est pourquoi nous insistons sur la réparation du Black Rhino. Sa réparation devra permettre au Cnic de redécoller », note Gaspard Nyetam, délégué du personnel.
Le dernier navire étranger réparé au Cnic remonte à environ un an. Et pour la réparation du Black Rhino, le Cnic n’entend pas lâcher prise. Le personnel entend poursuivre les manifestations jusqu’à obtenir réparation. Des manifestations au terme desquelles ces ouvriers ont chacun rejoint son poste de travail au quai 17, à l’Uic et dans l’enceinte de la direction générale.
Emmanuel Moue : Le Cnic est prioritaire sur la réparation de ce navire
Le président du Syndicat national de réparation navale et activités connexes du Cameroun présente les raisons pour lesquelles ce chantier va redonner vie au Cnic.
Blaise Djouokep

Comment comprendre la colère des employés du Chantier naval et industriel du Cameroun ?
La manifestation de ce mercredi consiste à dénoncer l’injustice dont nous sommes victimes et à réclamer du travail. Nous manifestons pour revendiquer la réparation du navire qui a échoué au port de Douala. C’est un chantier évalué à 8 milliards Fcfa. C’est une occasion de relance des activités du Cnic. Nous avons sacrifié nos salaires pour procéder à la réparation d’un engin JIP III, qui a une capacité de levage de 400 tonnes. Le JIP III a été réhabilité parce que le client, le propriétaire du navire, a contacté le Cnic pour la réparation de son navire. Et aujourd’hui, on veut nous retirer ce marché.
Quelles sont vos attentes par rapport à ce marché ?
C’est un marché qui va permettre au Cnic de se relancer, de commencer à payer une partie de sa dette sociale, d’acheter de nouveaux équipements, de procéder au recrutement des jeunes que nous formons. Les syndicalistes que nous sommes ne peuvent pas laisser cette entreprise comme ça. Les jeunes doivent être recrutés et prendre le relais.
Les ouvriers du Cnic ont trop investi dans ce projet. Ils ont sacrifié leurs salaires. Plus de 200 millions Fcfa de salaires hypothéqués. Le personnel du Cnic a fondé tous ses espoirs sur ce projet pour la relance de cette entreprise.
Qu’attendez-vous de l’Etat ?
Nous avons une principale attente de l’Etat. Imaginez-vous qu’un personnel qui a plus de 20 mois de salaires impayés ne revendique pas le paiement de ces arriérés. Nous manifestons ce jour parce qu’il veut du travail ; il veut que l’Etat fasse respecter les textes, afin que ce projet lui revienne. L’Etat a ainsi l’occasion de résoudre les problèmes du Cnic sans débourser un seul franc.
Que comptez-vous faire si l’Etat n’accède pas à votre demande ?
Nous allons continuer à manifester jusqu’à ce que notre demande soit prise en compte. Il suffit juste d’une seule signature d’un membre du gouvernement pour que le Chantier naval soit conforté dans son droit. Un droit qui avait déjà été dit par le tribunal en faveur du Cnic. Mais la décision du tribunal n’a pas été respectée. Il revient donc au ministre de tutelle de signer pour la réalisation de ce projet. Nous avons les capacités, les compétences et les moyens logistiques pour réaliser ce projet. On ne peut pas mettre au monde un enfant et participer à son décès.



