Navire naufragé au port de Douala : Le Cnic réclame le marché de près de 8 milliards Fcfa pour la réparation

L’entreprise est écartée du sauvetage du navire échoué à l’entrée du port de Douala au profit d’une société étrangère, malgré une décision de justice ordonnant la suspension de l’appel d’offres.

Blaise Djouokep

Tout commence en juillet 2026, lorsque le navire M/V Black Rhino (IMO 9148790) fait naufrage à l’entrée du chenal d’accès au port de Douala. Le Chantier Naval et Industriel du Cameroun (Cnic) est sollicité par des experts internationaux mandatés, Waves Group et TCI, pour réparer le navire. Mais la barge Jupiter 111 n’est pas opérationnelle. Il faut la remettre à niveau pour être compétitif et respecter les standards internationaux. « Alors que la direction générale disposait de liquidités pour payer deux mois de salaires (juin, juillet), les employés ont renoncé à un mois de salaire et ont financé, sur leurs propres revenus, la remise à jour du Jupiter 111, afin d’effectuer avec diligence la réparation du navire », renseigne l’Intersyndicale du Chantier naval dans une lettre de dénonciation datée du 7 octobre 2026.

Le Cnic est alors convaincu de gagner le marché de la réparation dudit navire estimé à près de 8 milliards Fcfa. Mais ces experts de la réparation navale disent être surpris d’apprendre l’existence d’une procédure d’appel d’offres restreint ne respectant pas les règles normales de concurrence et dont ils sont écartés. Pourtant, « l’Ordonnance de référé n° 585/H du 31 août 2026 du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonandjo a ordonné la suspension de cet appel d’offres contesté. Mais cette décision de justice n’est pas appliquée », s’offusque l’Intersyndicale.

Le Cnic demande tout simplement l’application des textes. « Les lois et réglementations que nous avons signées avec l’État du Cameroun exigent que lorsqu’il y a un incident sur le chenal, l’exclusivité de la réparation doit revenir à une entreprise locale. Donc, le Cnic a l’exclusivité de cette réparation. Et c’est ce qu’a confirmé le tribunal », note Norbert Tcheutgnia, président du Sntimatec. « L’éviction du Cnic au profit d’une société étrangère, la société Koole, qui n’était même pas en course dans le cadre de cet appel d’offres et qui est aujourd’hui pressentie pour exécuter l’opération au détriment de la solution locale, est une grosse mafia », s’offusque Eko Bena, délégué du personnel. 

À en croire le Cnic, le chiffre du projet est d’environ 8 milliards Fcfa. Un montant qui permettrait à cette entreprise asphyxiée de régler une bonne partie de sa dette sociale et d’acquérir de nouveaux équipements, ou de mettre à jour des équipements vétustes, afin d’améliorer sa compétitivité.

Face à cette situation, l’Intersyndicale et le personnel ont saisi leur tutelle technique, notamment le ministère des Transports, qui assure par ailleurs la présidence de la Commission chargée du sauvetage du M/V Black Rhino. « En sa qualité de garant des voies maritimes, il est le mieux placé pour ne pas laisser s’installer l’injustice décriée et pour empêcher le piétinement d’une décision de justice », argue Gaspar Nyetam, syndicaliste. Les travailleurs demandent au Mintransports de faire appliquer l’ordonnance du tribunal en stoppant la procédure d’attribution viciée, de faire valoir le patriotisme économique et le Local Content en exigeant l’utilisation de la barge Jupiter 111 et la réservation d’au moins 50 % des prestations à l’entreprise nationale.