Kaba Ngondo : Premières coupe vers la labellisation

Le vêtement historique qui prend corps vers les années 1850 trace sa voie vers une labellisation portée par l’Amicale des femmes Deido.

Blaise Djouokep

Des femmes arborent fièrement leurs kabas.

L’histoire du Kaba Ngondo, pièce maîtresse de l’identité culturelle des femmes Sawa, s’illustre par un processus d’appropriation vestimentaire en trois temps. Mais la version la plus probable de l’histoire affirme que le Kaba naît avec l’arrivée des missionnaires protestants britanniques au Cameroun, vers 1850. Elle raconte que, accostés dans la ville de Douala, les religieux se confrontent à la quasi nudité des autochtones, particulièrement les femmes Sawa réputées pour leurs morphologies généreuses et leurs formes harmonieuses. Vêtues principalement d’un simple pagne noué à la taille, le buste découvert, elles perturbent la pudeur de ces étrangers. Cela amène les épouses des missionnaires à « couvrir » le corps de ces femmes avec de grands sacs de jute percés de trois trous pour la tête et les bras, en ordonnant aux femmes Sawa « Cover it all », une expression qui va intégrer la langue locale sous la phonétique « kaba ».

L’histoire est racontée au cours de la quatrième édition du festival Kab’attitude tenue du 8 au 10 octobre à Douala. On y retient également qu’au fil des décennies, l’ingéniosité des femmes Sawa a détourné l’habit hideux imposé, en une tenue d’élégance et de dignité, au point où les Sawa ont fini par l’adopter comme tenue de cérémonie des femmes lors des célébrations culturelles du Ngondo. D’où l’appellation kaba Ngondo. Diverses variantes de kaba ont également été créées, pour autant d’usages, entre le 19e et le 20e siècle.

Et c’est dans l’optique d’apporter sa contribution à la promotion et à la valorisation du kaba que l’Amicale des femmes Deido (Afed) a mis sur pied le concept culturel et artistique Kab’attitude. L’événement qui en est à sa quatrième édition est, à en croire la présidente de l’Afed, Marguerite Mbappou, un rendez-vous du style, du savoir-faire artisanal et du sens esthétique et professionnel. « Cette édition 2026 de Kab’attitude apporte un nouveau souffle dans le triptyque de transmission d’un patrimoine culturel, de dynamisation d’une économie de mode artisanale et créative, et d’attractivité touristique à côté du Ngondo », note Marguerite Mbappou.

Outre la fashion week Kab’attitude qui a fait revivre cette prestigieuse robe dans sa beauté, un Salon grand public d’exposition, de vente des Kaba et un défilé de collections innovantes de Kaba, couplé au concours de sélection des meilleurs Kaba, ont entre autres marqué cette édition de Kab’attitude. Après les précédentes éditions marquées par un carnaval dédié au Kaba, et cette édition marquée par une fashion week Kab’attitude, l’Afed marque ses premiers pas vers un processus de labellisation.


Jong Danièle: Le Kaba doit être labellisé

Vice-présidente chargée des projets à l’Afed, elle présente les démarches entreprises jusqu’ici pour aboutir à la labellisation de ce vêtement.

Blaise Djouokep

Peut-on dire que les premières pierres pour la labellisation du kaba sont posées, au terme de cette quatrième édition de Kab’attitude ?

Cette rencontre vise prioritairement à poser les premières pierres pour la labellisation du kaba. Nous avons tenu plusieurs autres éditions et nous pensons qu’il est temps de labelliser le kaba. Nous avons commencé cette édition par une conférence-débat, mais le clou de cette édition de Kab’attitude, c’est la fashion week. Ce sont trois jours d’exposition du kaba, du 27 au 29 octobre 2026. On termine cette semaine de la fashion week avec un défilé le soir du 29 octobre. Des modèles originaux de kaba seront présentés.

Quels sont les motifs qui ont poussé l’association Kab’attitude à envisager la protection du kaba ?

Kab’attitude est née en 2017. C’est une idée des femmes Deido. Nous avons commencé avec le carnaval dans les artères de la ville de Douala. Nous avons choisi le nom Kab’attitude parce que porter le kaba, c’est une attitude. Ce n’est pas un vêtement qu’on porte n’importe comment. Pour bien porter ce vêtement, il faut un foulard, un foulard qu’on attache et non celui qu’on achète déjà fabriqué de nos jours dans les marchés. Il faut aussi l’étole avec sa broche. C’est pourquoi on l’a appelé Kab’attitude. Le kaba donne de l’allure, de l’élégance. Il est élégant. Ce n’est pas celui qu’on porte à la cuisine ou lors des deuils. On peut aussi le porter dans des mariages. Aujourd’hui on voit que ce vêtement est de plus en plus porté dans de grands événements.

Que devez-vous faire pour y arriver ?

Pour aboutir à la labellisation, il faut identifier, documenter, avoir des mesures de sauvegarde ; assurer sa promotion… Je ne comprends pas que les ambassades du Cameroun à l’étranger ne disposent pas de vitrines pour exposer ces produits que le monde entier envie. Je parle du kaba, du poivre de Penja, du café, du cacao, du miel d’Oku …

On peut par exemple organiser chaque trimestre, dans les différents cantons de Douala, des concours de ciseaux d’or pour les couturiers, stylistes, modélistes, pour mettre leurs créations en compétition, et les présenter également au Ngondo. On peut créer un musée de costumes de tradition comme c’est le cas dans d’autres pays africains. 


Labellisation du kaba : Ce qu’il faut faire

Blaise Djouokep

Le processus d’inscription du kaba sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité est jonché d’étapes. D’après Jean Roland Onana Nkoa, administrateur national du programme culture au bureau régional de l’Unesco Afrique centrale, au moins cinq critères doivent être remplis pour aboutir au processus de labellisation du kaba. Il y a, selon l’expert, « toute une démarche constructive au niveau de la communauté et au niveau de l’État à travers le ministère des Arts et de la Culture (Minac) ».

Lesdits critères sont évalués afin de permettre, au final, de s’assurer que toutes les conditions à remplir pour aboutir à la labellisation de ce vêtement sont remplies. Une fois cette étape franchie, place au comité intergouvernemental de la sauvegarde du patrimoine immatériel de l’Unesco. Ledit comité a pour mission d’évaluer, d’examiner les dossiers qui sont soumis et d’indiquer si tous les critères sont remplis afin d’avoir une inscription.

Au préalable, un organe d’évaluation indépendant s’assure que tous les critères ont été remplis. Puis, l’organe d’évaluation indépendant se penche sur les dossiers fournis par les États, qui travaillent avec les communautés, ce qui permet de se projeter sur ce qu’un projet de candidature dévoile en termes de respect des critères. « C’est un processus qui demande beaucoup de travail, beaucoup de collaboration, beaucoup de documentation », conclut Jean Roland Onana Nkoa.