Il s’agit de la troisième femme à accéder à une chefferie traditionnelle supérieure au Cameroun.
Venant Pascal Beyegue (Correspondance particulière)

C’est dans une ambiance de joie et de ferveur populaire que Sa Majesté Claire Liankom a été désignée jeudi dernier comme nouveau chef traditionnel du canton Kounabembe dans la Boumba-et-Ngoko, région de l’Est. Présidée par le préfet Nouhou Bello, la cérémonie a réuni toute la communauté de cette localité autour de leur reine.
Le canton Kounabembe accueille une nouvelle figure à la tête de son autorité traditionnelle ; Sa Majesté Claire Liankom. Une désignation qui place cette femme au cœur des enjeux de préservation des traditions et de mobilisation communautaire. Fille de Samuel Liankom, chef du groupement Kounabembe, et de Rosette Me-Lokol, elle est issue de deux lignées profondément ancrées dans l’histoire des chefferies traditionnelles. Sa mère est la fille d’Issaoulo, premier chef supérieur du canton Mpoupong, dans le village de Mendoungue. Un héritage qui inscrit son parcours dans une histoire de transmission et de responsabilité. Éducatrice de formation, mère d’une famille nombreuse et femme de conviction, Claire Liankom s’est forgée une réputation fondée sur l’altruisme et le service des autres. Aider, conseiller, accompagner et soutenir sans attendre en retour : telle est sa ligne de conduite. Pour elle, la chefferie ne saurait être un simple titre honorifique, mais un engagement quotidien au bénéfice de la communauté.
Unité
À la tête du canton, la nouvelle autorité traditionnelle affiche une ambition claire : rassembler les populations autour d’un projet commun. Dans sa vision, le développement de Kounabembe passe d’abord par l’unité, la justice, la responsabilité, la participation de tous et le respect mutuel. Elle entend ainsi contribuer à la réconciliation des communautés, à l’apaisement des tensions et à la restauration de la confiance entre les populations, les autorités traditionnelles, les institutions et les forces de sécurité. L’objectif étant de bâtir un groupement paisible, respecté et prospère. Une démarche qui repose sur le dialogue et la recherche de l’intérêt collectif, plutôt que sur les divisions.
Sur le plan économique, Sa Majesté Claire Liankom plaide pour une diversification des sources de revenus. Si le cacao demeure une ressource importante, l’avenir du Canton ne devrait pas dépendre uniquement de cette culture. La nouvelle cheffe entend encourager la diversification agricole, les champs communautaires, la pisciculture, l’élevage, l’entrepreneuriat des jeunes et les activités génératrices de revenus. Cette ambition suppose une collaboration avec les élites, les opérateurs économiques, les associations et les partenaires au développement.
Sur le plan social, elle mise sur la solidarité entre les familles, les villages et les générations. L’éducation constitue également un axe majeur de son projet. La scolarisation des enfants, l’éducation de la jeune fille, la lutte contre les mariages précoces et l’encadrement de la jeunesse figurent parmi ses priorités. Elle entend aussi sensibiliser les jeunes aux dangers des stupéfiants, de l’alcoolisme, de la délinquance et de la violence.
La place des femmes occupe une dimension particulière dans cette vision. Sa Majesté Claire Liankom souhaite renforcer leur autonomisation, soutenir leurs initiatives économiques et valoriser leur participation au développement local. Elle entend notamment accompagner les associations féminines déjà engagées sur le terrain. Au-delà des orientations annoncées, la nouvelle cheffe défend un modèle de gouvernance traditionnelle fondé sur la proximité. Accessible, à l’écoute et attentive aux réalités quotidiennes, la chefferie qu’elle envisage devra privilégier l’écoute avant la décision, ainsi que la justice et l’équité dans l’action. Avec la désignation de Sa Majesté Claire Liankom, le canton Kounabembe s’engage dans une nouvelle étape de son histoire.



