Ifc : L’histoire des musées 

L’historienne de l’art Cloé Georjon a animé une conférence sur la préservation de ces bâtiments le 6 octobre 2026 à l’Institut français, site de Yaoundé.

Davila Nkolo (Stagiaire)

Cloé Georjon en plein enseignement.

Comment préserver un bâtiment historique tout en rendant son contenu accessible à tous les publics ? Cette question était au centre d’une conférence organisée le 6 octobre 2026 à l’Institut français du Cameroun (Ifc) à Yaoundé. Placée sous le thème « Bâtiments classés, musées et visites guidées : quelle médiation quand le musée lui-même est une œuvre à préserver ? », la rencontre a été animée par Cloé Georjon, conférencière et historienne de l’art. Elle a réuni des historiens, des étudiants et d’autres passionnés. Venue de France, l’historienne a partagé son expertise sur la préservation du patrimoine et les différentes approches de médiation culturelle. Les échanges ont notamment porté sur l’histoire des tissus, de la fibre au musée, ainsi que sur les médiations hors les murs. Au cours des conférences, les participants ont découvert plusieurs dispositifs favorisant l’accessibilité des musées, notamment les supports multilingues, le braille, les audioguides et les sièges adaptés. L’objectif est de permettre à chacun de profiter pleinement des visites, quelles que soient ses capacités physiques.
 
Cette approche consiste à aller à la rencontre des publics dans des lieux tels que les écoles, les hôpitaux ou les marchés, afin de rapprocher la culture des personnes qui ne peuvent pas toujours se rendre dans un musée. Au-delà des objets exposés, un musée est aussi un lieu chargé d’histoire. Son architecture, ses murs et les souvenirs qui y sont associés constituent une part importante du patrimoine à préserver. C’est notamment le cas du Musée national du Cameroun, installé dans l’ancien palais présidentiel. Cet exemple illustre l’importance de valoriser à la fois les collections et le bâtiment qui les abrite. Se limiter à expliquer l’origine et la signification des masques ou des autres objets exposés reviendrait à négliger une partie de l’histoire du lieu. Le bâtiment lui-même témoigne de l’évolution du pays et conserve une mémoire qu’il convient de transmettre aux générations futures.
 
Interrogée sur les enseignements que le Cameroun pourrait tirer de l’expérience française en matière de préservation du patrimoine, Cloé Georjon a souligné deux niveaux de responsabilité : celle des citoyens et celle de l’État. Selon elle, la connaissance de la valeur historique des bâtiments et des œuvres constitue une première étape vers leur protection. L’État doit également prendre des mesures et mobiliser les moyens nécessaires pour valoriser ce patrimoine et le faire connaître au plus grand nombre. Ces observations rappellent que chaque pays possède une histoire inscrite dans ses bâtiments, ses œuvres et ses traditions. Leur préservation passe par une meilleure connaissance de cette richesse, mais aussi par le respect des lieux et la transmission de leur mémoire.
Cette conférence, organisée le mardi 6 octobre 2026, est venue clôturer un programme de deux jours, les 5 et 6 octobre, à l’Institut français du Cameroun. Des ateliers se sont tenus en matinée, tandis que les conférences ont été organisées en soirée.
 
 

Réactions

Vanina Kapé, étudiante et médiatrice culturelle à l’Ifc : Ma vision des musées a changé

C’était bien. J’ai beaucoup appris. C’était clair et très intéressant. Avant, je voyais le musée comme un endroit où on garde des objets, où on regarde les masques, les statues, les tableaux. Je ne faisais pas vraiment attention au bâtiment lui-même. Au début, le thème me semblait difficile, mais Cloé Georjon l’a expliqué simplement. Elle a dit que certains bâtiments sont déjà des œuvres d’art. Il faut les protéger. Se limiter aux masques, c’est rater la moitié de l’histoire. Il faut aussi expliquer que le bâtiment était le palais d’Ahidjo, qu’il a vu l’indépendance. Dès aujourd’hui, quand je vais entrer dans un musée, je vais regarder autrement. Pour mon futur travail de commissaire d’exposition, cette conférence est très utile. J’ai compris que la préservation du patrimoine camerounais ne passe pas seulement par les objets qu’on garde dedans. Elle passe aussi par la valorisation des bâtiments historiques eux-mêmes. Il faut expliquer aux visiteurs que le lieu est aussi précieux que ce qu’il contient. C’est une leçon que je vais garder et que je vais appliquer dans mes prochaines médiations à l’Ifc.


Marilyne Duchamps, historienne de l’art en France : C’était enrichissant

J’ai aimé la manière dont Cloé nous a expliqué les choses simplement. Elle est allée jusqu’à Taïwan pour connaître l’histoire des murs de ce pays. C’était enrichissant. Je fouille les archives, je cherche l’histoire de chaque mur, de chaque pierre. Pour le Grand Palais à Paris, je sais tout. L’histoire des murs, c’est l’histoire que raconte le bâtiment lui-même. Au Cameroun, il y a beaucoup de murs qui ont une histoire : le Musée national, qui était le palais d’Ahidjo, les palais des sultans à Foumban, les chefferies bamilékés avec leur architecture en bois, les anciens bâtiments coloniaux de Douala. Cloé a expliqué avec des mots simples comment on peut raconter l’histoire d’un bâtiment classé tout en le protégeant. Comment on peut faire une visite guidée qui parle à la fois des œuvres à l’intérieur et de l’architecture à l’extérieur. C’était clair et enrichissant. C’est important parce que, parfois, les conférences sur l’architecture sont très techniques et ennuyeuses. Là, c’était simple, tout le monde pouvait comprendre, même les visiteurs qui venaient pour la première fois.

 

 

Farrel Mayagi, étudiant-chercheur : Cet échange suscite un engouement

 

Cette conférence a été spéciale. Elle a suscité un engouement pour la préservation du musée et de tout ce qui s’y trouve, tant chez nous, les étudiants, que chez les encadreurs, les chercheurs, etc. Promouvoir notre patrimoine est une façon pour nous de préserver nos cultures. Ce n’était pas une conférence comme les autres à l’université. C’étaient deux jours d’activités, avec des ateliers et des expositions. Ce n’étaient pas seulement les étudiants qui étaient contents. Les encadreurs aussi, les chercheurs aussi. Tout le monde a été touché. Tout le monde a eu envie de faire quelque chose pour le patrimoine. Pour beaucoup d’étudiants, un musée, c’est un vieux bâtiment avec de vieux objets. On ne voit pas toujours l’intérêt de le protéger. Si le bâtiment est classé, s’il a une histoire, il faut le préserver comme une œuvre. Elle a pris l’exemple du musée du Quai Branly en France, un ancien palais devenu musée. Et elle a fait le parallèle avec le Musée national de Yaoundé. Préserver, ce n’est pas seulement mettre la poussière sous le tapis. C’est prendre soin de tout : des objets, mais aussi des murs, de l’histoire et de la mémoire du lieu.