Débutée le 5 octobre 2026, journée mondiale des enseignants, la rentrée académique 2026-2026 s’est déroulée en demi-teinte, suite au mot d’ordre de grève des universitaires.
Jovelle Tchuisseu (Stagiaire )
La rentrée académique 2026 est effective à l’Université de Yaoundé 1 (Uy1) Ngoa-Ekelle. De l’entrée principale aux tentes d’orientation, en passant par le Centre médico-social pris d’assaut pour les visites médicales, un flux continu d’étudiants a arpenté le campus jusqu’en fin d’après-midi. « Tout s’est bien passé », confie Lucien Mana Eloundou, délégué des étudiants en Faculté des arts, lettres et sciences humaines (Flash), de l’Uy1.
Sur le terrain, ce 5 octobre, journée mondiale des enseignants, la mobilisation reste mitigée. Si certains enseignants poursuivent les soutenances pour préserver les parcours, plusieurs boycottent encore les cours dans l’attente du paiement de leurs créances. « La grève a été maintenue en remerciant l’administration et en saluant les efforts qui ont été faits, mais en relevant un certain nombre d’impasses qui auraient pu nous permettre de faire une avancée plus décisive », explique Serge Hubert Zebaze, enseignant à l’Uy1 et coordinateur du Syndicat national des enseignants du supérieur.
À l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic), de l’Université de Yaoundé 2-Soa, les cours ont néanmoins démarré. Le directeur de l’institution, François-Marc Modzom, affichait sa sérénité. « Les 12 enseignants de journalisme étaient au rendez-vous dans les salles. À l’école de communication aussi, tous les enseignants étaient là », a-t-il indiqué. Bien qu’une absence ait été enregistrée.
Cette rentrée intervient dans un contexte social tendu. Le Synes observe, depuis le 3 septembre, « une grève illimitée ». Le mouvement perturbe depuis lors la tenue des enseignements dans plusieurs universités du pays. Pour tenter de désamorcer la crise, le ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup), Jacques Fame Ndongo, a effectué une tournée d’inspection dans les deux universités d’État, dont celui de Ngoa-Ekélé. Jacques Fame Ndongo a fait le tour de plusieurs facultés, saluant le civisme des enseignants présents et des responsables syndicaux. Il s’est engagé à apurer le solde des créances dans les meilleurs délais, afin de garantir une année académique sereine.
Ngefack Edward Azem: Nous sommes prêts à demander aux collègues de déposer la craie
Le secrétaire à la coordination du Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) interpelle l’État sur leurs revendications et met en garde contre un éventuel débrayage général.
Michel Enony

L’année dernière nous étions ici pour les mêmes motifs. À l’occasion de la 60e édition de la Journée mondiale des enseignants, avez-vous l’impression que vos revendications sont prises en compte par le gouvernement ?
Si nous revenons encore un an après, ça veut dire que les choses n’ont pas évolué. Entre-temps, nous avons été appelés par les hautes autorités, notamment Jacques Fame Ndongo, dans son ministère, toujours pour des cérémonies pareilles, pour ce qui concerne les professions de l’éducation au niveau de la base, au niveau du secondaire, du supérieur. Mais on prend des bonnes résolutions qui restent seulement dans les tiroirs. Voilà donc pourquoi nous sommes encore ici aujourd’hui. Nous ne cesserons jamais de parler. Nous sommes prêts à demander à nos collègues du primaire, du secondaire, à tout moment, de déposer la craie et de commencer le débrayage. Encore qu’au supérieur, ils sont déjà en grève. Mais nous pensons que nous avons l’espoir que le gouvernement donne une suite favorable à nos revendications.
Que propose le Corec au gouvernement de manière concrète pour améliorer le statut des enseignants et rétablir la dignité de la profession ?
Le Corec, propose au gouvernement un pacte de bonne gouvernance pour faire de l’éducation le cœur battant du développement général. On dit sur plusieurs paliers, parmi lesquels la convocation impérative du Forum national de l’éducation que nous attendons depuis déjà environ 30 ans, parmi lesquels la signature du statut particulier de l’enseignant pour revaloriser le statut de l’enseignant. Nous voulons également que les diplômes de Cep (Certificat d’études primaires) cessent d’être imprimés en France, alors qu’il y a l’expertise ici au Cameroun. J’en suis un. Nous voulons également demander à l’État, qui a déjà commencé à payer les rappels de certains enseignants, de continuer ces rappels qui devraient connaître son épilogue depuis 2024. Nous sommes en 2026. Beaucoup de nos collègues attendent au primaire, au secondaire, pire encore au supérieur, on attend toujours que l’État passe de la parole aux actes. Nous voulons également la signature de la convention collective de l’enseignement privé que nous attendons depuis des dizaines d’années. Nos revendications, nos problèmes sont nombreux.
Autre revendication, la libération de votre collègue Jackson Tousse, détenu illégalement depuis un an à la prison centrale de Kondengui. Que faites-vous pour obtenir sa libération et que dit le régime ?
Le Corec a déjà rencontré les autorités. Nous avons voulu rencontrer le Premier ministre, qui a délégué son secrétaire général de nous recevoir, lui-même a encore délégué son adjoint. Pour dire le peu de considération qu’on a pour les enseignants et la légèreté avec laquelle on gère le dossier des enseignants. Donc nous avons commencé par ce niveau-là. Nous avons rencontré l’adjoint du secrétaire général du Premier ministre, qui nous a dit quoi faire. Il nous a dit que ce n’est pas une affaire simple à gérer. Vous comprenez bien. Il nous a fait savoir que le collègue n’a pas été arrêté en tant qu’enseignant, mais dans des activités autres que dans l’enseignement.
Il nous a dit comment procéder. Il était question que le Corec, en tant qu’organisation, reconnaisse la victoire du candidat Paul Biya à ce moment-là. Or, qui est le Corec pour dire victoire ou pas victoire ? Ce n’est pas notre rôle. Nous sommes des syndicats enseignants et nous portons des revendications. On nous demande de faire allégeance au régime. Nous avons trouvé cela un peu déplacé. Nous n’avons pas à être pour ou contre le régime. Nous menons nos activités normalement. D’autres actions sont prévues depuis fort longtemps. Nous les menons loin des caméras. Espérons que ça va porter des fruits très bientôt.
Les « seigneurs » de la crève !
Michel Enony
Sans enseignants, la vie n’aurait pas de class (e). Ils sont la boussole de chaque nation. Or, au Cameroun, les enseignants font grève. Pourquoi ? Parce qu’on leur marchande jusqu’à la considération ; et le salaire avec. De la crèche au primaire, du secondaire au supérieur, l’éducation est en état de crise. Hier, 5 octobre, journée mondiale des enseignants, devait être l’occasion de jeter leurs sempiternelles revendications à la face des pouvoirs publics. Mais qui les écoute ? Le silence, sans doute.
Face au mutisme coupable du gouvernement Dion Ngute, les organisations syndicales menacent de rendre la craie. La rentrée académique s’est ouverte sur fond de débrayage dans les universités d’État. Ceux du secondaire et de l’éducation de base s’apprêtent à en faire autant… dans les prochains jours.
Ces artisans de l’avenir qui n’ont, eux, d’autre avenir que l’exil. Le Canada les accueille, par milliers. Au pays, ils sont réduits à la clochardisation. La fuite des cerveaux, cette saignée de matière grise, coûte environ 48 milliards Fcfa par an à l’État. Cet argent aurait pu payer les arriérés de salaire, les primes et toutes les autres revendications.
Un mémorandum sera adressé au président de la République. Car les « seigneurs de la craie » ne crèvent pas seulement à l’école : ils crèvent de misère et d’indifférence. Ils ne demandent qu’une chose : vivre dignement. Trêve de clochardisation !



