Yaoundé : La double réalité du marché

Dans la capitale, les prix des denrées alimentaires varient d’un espace marchand à l’autre, même quand on vit une période de forte abondance pouvant profiter aux consommateurs.

 

Riz : L’escalade continue

Madeleine Ngonnia (Stagiaire)

Base de l’alimentation quotidienne au Cameroun, le riz pèse de plus en plus lourd dans le budget des familles. Depuis près de deux ans, les prix subissent une hausse ininterrompue qui touche toutes les variétés. Les augmentations oscillent entre 500 et 4 000 Fcfa par sac. Le sac de « Riz Bijoux » est ainsi passé de 20 000 à 24 000 Fcfa. La variété « Mémé cassé » touche désormais 33 000 Fcfa, contre 30 000 Fcfa, auparavant. Le « Graine d’Afrique » grimpe de 18 500 Fcfa à 20 000 Fcfa, tandis que le « Bella Luna » franchit la barre des 17 500, contre 16 500 Fcfa il y a peu. Sur les comptoirs, la tension est quotidienne. « À chaque fois qu’un client demande le prix d’un sac, il se plaint que c’est trop cher », confie Saliou, boutiquier. Pour maintenir le riz au menu, les ménages sont contraints d’arbitrer leurs dépenses et d’amputer d’autres postes du budget familial. Une pression constante qui inquiète aussi bien les acheteurs que les vendeurs.

 

 

Poisson : Le prix grimpe

Victoire Bikaga (Stagiaire)

Du thon au maquereau, le poisson reste la principale source de protéines des ménages. Pourtant, la hausse généralisée des prix dans les poissonneries oblige les clients à restreindre leurs achats. Pour un demi-carton de 5 kg, le thon blanc démarre à 8 000 Fcfa, tandis que la carpe s’affiche entre 6 500 et 7 000 Fcfa, selon le calibre (300 g à 800 g). En conditionnement de 10 kg, la note grimpe vite : compter 13 000 Fcfa pour la belle-dame, 15 500 Fcfa pour le maquereau et jusqu’à 18 000 Fcfa pour le chinchard. « Je suis obligée de réduire les quantités ou de choisir une variété moins chère », explique une cliente désemparée. Les poissonniers, de leur côté, rejettent la faute sur la hausse des coûts d’approvisionnement : « Quand le prix d’achat augmente, nous sommes obligés d’ajuster le prix de vente », réplique un commerçant. Face à des étals devenus inaccessibles, les ménagères multiplient les calculs. Le poisson figure toujours au menu, mais en portions bien plus réduites.

 

Plantain : Un complément de luxe

Davila Nkolo (Stagiaire)

Au marché Mvog-Ada à Yaoundé, une bayam-sellam contemple ses rares régimes posés à même le sol. Sur un sol rouge. Arrivée à 4h du matin, elle n’en propose que dix aujourd’hui, contre vingt d’ordinaire. En cause, l’explosion des coûts tout au long de la chaîne. Au village, le régime qui s’achetait à 2 500 Fcfa coûte désormais entre 4 000 et 5000Fcfa. S’y ajoutent les frais de transport sur des pistes dégradées : « C’est 2 000 Fcfa par régime juste pour une moto sortie de champ. Pour dix régimes, c’est 20 000 Fcfa déjà perdus avant le car pour Yaoundé », explique une vendeuse. Résultat sur l’étal : le tas de quatre doigts de plantain, vendu à 500 Fcfa hier, se négocie à 1 500 Fcfa. Les clients observent, déchantent et passent leur chemin. Autrefois aliment de base le plus accessible, le plantain prend désormais des airs de produit de luxe dans la capitale, laissant les revendeuses attendre désespérément l’acheteur sous leurs bâches.

 

 

Oignon : Plus cher sur les étals

Hawa Ali (Stagiaire)

L’oignon coûte désormais plus cher à Yaoundé. Sous un ciel nuageux, ce jeudi 24 septembre 2026, au marché Mokolo, la petite cuvette vendue il y a peu à 1 500 Fcfa se négocie aujourd’hui entre 2 000 et 2 800 Fcfa. Au détail, un petit oignon vaut 100 Fcfa. Au marché Huitième, les grossistes indiquent que le sac de 100 kg coûte désormais environ 120 000 Fcfa. Sur les étals à Mokolo, les clients marchandent davantage avant de sortir leur porte-monnaie. À Nkolbisson, cette hausse commence à peser sur les habitudes alimentaires. Hadja Mariam, ménagère, dit devoir calculer avant chaque achat. « Vraiment, c’est mauvais. L’oignon pour moi est le premier ingrédient dans toutes mes sauces. Et il est devenu cher. J’ai l’habitude de faire ma sauce avec beaucoup de bulbes d’oignon. Aujourd’hui, pour préparer, je fais des calculs d’abord », regrette-t-elle. 

Certains ménages réduisent les quantités, tandis que d’autres se tournent vers le poireau pour certains repas. Au marché Huitième, les grossistes expliquent cette flambée par les difficultés d’approvisionnement. « Nous prenons la majeure partie d’oignons du côté des régions du Nord et dans les pays voisins. Avec la saison pluvieuse et les routes dégradées, il est difficile de transporter la marchandise jusqu’à Yaoundé », justifie Kadafi, grossiste.



Tomate : La ménagère peut sourire

Hawa Ali (Stagiaire)

Les marchés de Yaoundé enregistrent une déferlante de tomates.  Ainsi, les cageots et les tas s’alignent sur les étals. Au marché Huitième, les vendeurs cherchent à écouler rapidement leurs marchandises, alors que plusieurs bassins de production arrivent à maturité au même moment. Le cageot se vend actuellement entre 3 000 et 4 000 Fcfa, contre 6 500 à 8 000 Fcfa en juillet. En moins de deux mois, son prix a reculé d’environ 2 500 Fcfa. L’abondance se fait également sentir dans les quartiers. Certains producteurs prennent leurs véhicules pour aller vendre directement aux consommateurs. À la tombée de la nuit, le cageot peut être cédé à 2 500 Fcfa. 

Le caractère périssable de la tomate oblige les vendeurs à accélérer les ventes pour limiter les pertes. « Quand je vois que le fait de vendre sur place ne suffit pas, je prends ma moto quatre roues pour faire le tour et liquider pour ne pas enregistrer des pertes énormes », explique Justin Nsangou, grossiste de tomates originaire de la région de l’Ouest. Après une forte pluie qui s’est abattue sur toute la ville le jeudi 24 septembre 2026, au marché Mokolo, le cageot se négocie autour de 6 000 Fcf chez les revendeurs. Pour les achats en petite quantité, le tas de 200 Fcfa contient environ cinq grosses tomates. Les clients peuvent ainsi adapter leurs achats à leurs moyens et à leurs besoins.



Piment : Retour à l’embellie

Madeleine Ngonnia (Stagiaire)

Indispensable pour relever la sauce ou rehausser les grillades, le piment inonde actuellement les marchés. Cette période de forte production soulage les ménages et offre une réelle opportunité d’approvisionnement. En ce moment, le sac complet se négocie à 10 000 Fcfa. Une baisse spectaculaire quand on sait qu’en période de pénurie, durant la saison sèche, ce même conditionnement peut grimper jusqu’à 50 000 Fcfa. Au détail, les consommateurs trouvent des petits lots à partir de 100 Fcfa, tandis que le tas moyen s’affiche à 500 Fcfa. Face à ces cours avantageux, la stratégie des ménages est claire : faire des stocks. Congelé ou séché, le condiment se conserve facilement pour anticiper les futures flambées. « Aujourd’hui, le piment passe sur le marché, il est temps d’en profiter », conseille Thérèse, commerçante. Cette abondance offre un répit aux paniers des ménages. Mais comme toujours sur les étals, la stabilité des prix reste précaire et directement suspendue au rythme des saisons agricoles.