Tribunal militaire de Yaoundé : Un nouveau juge d’instruction dans l’affaire Martinez Zogo

Le lieutenant-colonel Pierrot Narcisse Nzie, nommé hier par décret présidentiel, remplace F.A Sikati II, qui avait ordonné la remise en liberté avortée d’Amougou Belinga et Eko Eko, le 1er décembre.


Une vue du tribunal militaire de Yaoundé.

Par Jean De Dieu Bidias


Neuf mois et puis s’en va. Le magistrat militaire Florent Aimé Sikati II Kamwo, qui avait été nommé juge d’instruction au Tribunal militaire de Yaoundé le 06 mars 2023 et spécialement chargé de l’affaire de l’enlèvement et de l’assassinat de Martinez Zogo, en a été dessaisi par décret présidentiel, mercredi 13 décembre. Il est remplacé à ce poste qu’il cumulait depuis sa nomination avec celui de vice-président de la juridiction militaire par le lieutenant-colonel Pierrot Narcisse Nzie, qui assurait les mêmes fonctions au Tribunal militaire de Maroua (Extrême-Nord). Le timing de ce limogeage est loin d’être le fait du hasard. La décision du président de la République, Paul Biya, intervient moins de deux semaines après la signature par ce magistrat, de deux ordonnances de remise en liberté de Jean-Pierre Amougou Belinga et Léopold Maxime Eko Eko, après neuf mois de détention provisoire à la prison principale de Yaoundé-Kondengui. Dans ces deux décisions datées du vendredi 1er décembre, adressées au commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, Florent Aimé Sikati II Kamwo soutenait que les charges retenues contre ces deux personnalités soupçonnées d’avoir joué un rôle dans l’enlèvement, la torture puis la lapidation de l’animateur radio dont le corps en état de décomposition avancée avait été retrouvé le 22 janvier, n’étaient pas suffisantes pour justifier leur maintien en détention.

En fin d’après-midi, le juge d’instruction avait fait volte-face en méconnaissant les documents portant sa signature et largement partagés sur les réseaux sociaux, suscitant la colère des avocats d’Amougou Belinga et Eko Eko, qui ont révélé dans les médias avoir été formellement notifiés des décisions de remise en liberté de leurs clients, que le magistrat militaire Florent Aimé Sikati II Kamwo a par la suite qualifié publiquement de faux. Ce revirement pour le moins spectaculaire a laissé apparaître un manque de concertation non seulement entre le juge et le parquet, mais aussi avec la haute hiérarchie militaire qui a, semble-t-il, été prise de court par le choix du lieutenant-colonel Sikati II de remettre provisoirement en liberté deux suspects clés dans cette affaire plus que sensible qui tient en haleine l’opinion nationale et internationale depuis près de 11 mois. D’aucuns ont même soupçonné des pressions politiques sur le juge et parié que ses jours dans l’instruction de l’affaire Martinez Zogo étaient comptés.

La nomination du lieutenant-colonel Pierrot Narcisse Nzie rebat sans doute les cartes sur ce dossier, au regard des conclusions à mi-parcours de son prédécesseur, qui ne font pas l’unanimité. Le nouveau juge d’instruction pourrait être amené à analyser à nouveau l’affaire depuis les éléments de l’enquête préliminaire fournis par la commission mixte police-gendarmerie mise en place sur instruction du président de la République au lendemain de l’assassinat de l’animateur radio, jusqu’à l’information judiciaire menée par le juge Sikati II Kamwo.