Tomaïno Ndam Njoya : « Je me demande si Jean Michel Nintcheu est la bonne personne pour parler de coalition »

Dans la perspective de la présidentielle de 2025, la présidente de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) propose des assises préalables pour convenir d’un gentlemen’s agreement entre les acteurs de l’opposition.


Par Cyril Essissima


Un débat est en cours au sujet de la coalition de l’opposition en vue de l’élection présidentielle de 2025. Quelle est la position de l’Udc sur la question ?

Notre position est constante et connue : L’Udc est un exemple dans la scène politique camerounaise, d’ouverture à la mutualisation des expériences et des forces du changement en vue de l’alternance démocratique et pacifique dans notre pays. Nous avons beaucoup fait et continuons à cette œuvre, dont les résultats sont connus : lors des législatives 2007 dans le Littoral, des municipales et législatives 2013…

Bien avant et malgré les couacs qui ont miné la dynamique, on peut revenir à 1992, en 2004 avec la Coalition pour la réconciliation et la reconstruction nationales (Crrn), le Pacte républicain en 2012, après le G7 en 2011, au lendemain de la présidentielle : Le président national de l’Udc, le Dr Adamou Ndam Njoya, avec les 6 autres leaders de l’opposition qui avaient participé à l’élection présidentielle et avaient contesté les résultats de cette élection, avaient fondé le Pacte républicain, qui, au-delà des coalitions circonstancielles à la veille de chaque élection présidentielle, voudrait que les partis de l’opposition véritable mutualisent leurs compétences, expériences et moyens dans une sorte de coalition permanente consistant à être et agir ensemble face aux problèmes quotidiens des Camerounais et affronter plus efficacement les élections intermédiaires, telles que les élections municipales et législatives, de sorte qu’agir ensemble pour l’élection présidentielle ne soit plus que le couronnement.

Voyez-vous, il est question dans une coalition, en temps opportun, d’acceptation de faire partie d’une dynamique fédératrice, préalablement débattue avec des règles à respecter.

 

Comment appréciez-vous l’invitation de Jean Michel Nintcheu à soutenir la candidature du président du Mrc, Maurice Kamto ?

Nous n’avons pas l’habitude d’entrer dans les cuisines internes ; le moins que je puisse dire, pour avoir écouté l’honorable Nintcheu évoquer la Crrn lors de la convention du Mrc est que son discours y relatif était complètement décalé par rapport aux faits. Je ne me souviens d’ailleurs pas l’avoir vu souvent lors des rencontres de cette coalition, ni du Pacte républicain, mouvements auxquels avait adhéré le parti où il militait à l’époque. Je me demande s’il est la « bonne personne » pour parler de « coalition » si l’on s’en tient à sa participation et engagement aux exemples sérieux à date dans notre pays, des mutualisations, étant donné que nous ne sommes pas dans l’invention.

Chacun est libre d’en appeler à des ralliements qui sont une démarche distincte de celle d’une coalition qui suppose des assises préalables pour convenir des critères, du programme minimum commun, du chronogramme d’exécution et du code de conduite des acteurs… Nous devons pouvoir tirer suffisamment toutes les leçons du passé.

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Sous quelles conditions l’Udc serait-elle prête à rallier un candidat au nom de l’opposition ?

Vous avez notre position par rapport au « Ralliement », différent de « coalition » ou « alliance » ; Si l’appel au ralliement ne nous paraît pas très démocratique et rassurant, nous réitérons notre position qui est pour une Coalition ou une Alliance issue de échanges francs et sincères sur ce qu’on va faire, comment et avec quoi on va le faire et pendant combien de temps on va le faire.

 

Le parti au pouvoir doit certainement se frotter les mains en regardant l’opposition se déchirer pour cette échéance. Comment éviter que les mêmes causes ne reproduisent les mêmes effets ?

Pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, il faut simplement éviter de commettre les mêmes erreurs du passé.

Une fois au pouvoir, avec l’Udc, -si le parti actuellement au pouvoir ne saisit pas cette chance- la Constitution sera modifiée pour, entre autres, permettre que l’élection du président de la République soit à deux tours, mode qui sied à notre contexte.

Dans une démocratie, chacun doit assumer son rôle, le corollaire étant l’épanouissement des populations : cette fin s’éloigne de plus en plus, avec la gestion de ceux qui sont au pouvoir.