Thérèse Flore Kengne : Les massages érotiques font partie des modules de formation

Entre les soins esthétiques, les exigences de professionnalisme et les dérives qui brouillent l’image du secteur, cette formatrice et promotrice d’un institut de beauté évoque les réalités de la formation et plaide pour un meilleur encadrement du métier.

Karelle Mbili (Stagiaire)

Quels sont les principaux modules enseignés dans un centre de formation en esthétique ?

La formation porte notamment sur l’anatomie et la physiologie de la peau, les différents types de peau, le diagnostic cutané, le choix des produits adaptés, les protocoles de soins du visage, les gommages, les différentes techniques de massage ainsi que plusieurs autres soins esthétiques.

Comment devient-on stagiaire dans votre institut ?

On ne devient pas stagiaire directement dans un institut. Il faut d’abord suivre une formation dans un centre spécialisé. Sans cette base, nous n’acceptons pas de stagiaires.

L’expression « massage avec finition » revient souvent. Que signifie-t-elle ?

C’est une expression populaire. En réalité, elle désigne des prestations à caractère sexuel. Il ne faut pas les confondre avec les massages érotiques ou certains massages intimes pratiqués, selon les contextes, dans un cadre professionnel spécifique.

Les massages érotiques font-ils partie des modules de formation ?

Oui. Dans mon parcours de formation, ces techniques ont été abordées au même titre que d’autres formes de massage. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont proposées dans tous les instituts de beauté.

Pourquoi ces massages sont-ils enseignés pendant la formation ?

L’objectif n’est pas d’apprendre à proposer des prestations sexuelles. Il s’agit avant tout de mieux connaître le corps humain, les zones sensibles, les réactions physiologiques qu’un massage peut provoquer et les attitudes professionnelles à adopter face à ces réactions. Une esthéticienne doit savoir garder son sang-froid et respecter les limites du soin.

Dans quel cadre ces techniques sont-elles pratiquées ?

Lorsqu’elles sont enseignées, elles s’inscrivent dans un cadre strictement professionnel. Dans certains pays, elles peuvent être abordées dans des formations spécialisées, notamment à visée thérapeutique ou d’accompagnement, avec des règles strictes de consentement, de déontologie et d’encadrement. Elles ne doivent pas être assimilées à des prestations sexuelles commerciales.

Avez-vous déjà été confrontée à un client insistant ?

Oui. À mes débuts, pendant un massage, un client m’a agrippée après avoir manifesté une excitation. J’ai immédiatement appelé ma responsable. Elle m’a demandé de rester professionnelle, de terminer le soin sans céder à ses avances et de le laisser partir si nécessaire. Cette expérience m’a appris qu’il ne faut jamais accepter un rapport sexuel pour satisfaire un client.

Que pensez-vous des praticiennes qui acceptent ce type de prestations ?

Honnêtement, cela ne fidélise pas la clientèle. Un client qui obtient ce qu’il recherche ira simplement voir ailleurs. Au final, ces pratiques nuisent surtout à l’image de notre profession.

Les tarifs sont-ils fixés pendant la formation ?

Non. Il existe des bases, mais chaque institut fixe ses prix en fonction des prestations proposées, de son niveau de service et de son emplacement.

Avec toutes ces connaissances, vos maris doivent être privilégiés …

Pas forcément. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, certaines masseuses ne reproduisent pas ces techniques dans leur vie de couple. Certains maris peuvent même être jaloux à l’idée que leur épouse exerce ce métier.

Que prévoit aujourd’hui l’éthique professionnelle face aux « massages avec finition » ?

À ma connaissance, il n’existe pas encore de texte encadrant précisément cette situation. Il arrive qu’un client refuse de payer une prestation parce que l’institut n’a pas accepté une demande à caractère sexuel. Cette absence d’encadrement laisse les professionnels dans une véritable zone grise.