L’agro-industrie a retiré en 25 ans, 37% de son bail de 78 529 hectares signé avec l’État en 2000, et attend une autre signature pour sécuriser son périmètre, sur fond de retraits anticipés qui inquiètent à Dibombari.
Blaise Djouokep

De 78 529 hectares en 2000 à 49 229 hectares aujourd’hui. En vingt-cinq ans, la Socapalm a soustrait près de 29 300 hectares, soit 37% de son bail emphytéotique avec l’État du Cameroun. Un chiffre qui résume deux opérations majeures, et qui pose le cadre d’un dossier foncier que l’entreprise veut voir définitivement clos. La Socapalm est preneuse d’un bail de 60 ans signé le 30 juin 2000. Dès 2003, un audit mené avec les administrations recense des surfaces occupées par des tiers, impropres à la culture ou dédiées aux infrastructures. Conséquence : l’avenant n°1, signé le 30 août 2005, ramène la superficie à 58 063 hectares. 20 466 hectares sortent du contrat.
Le second acte s’est joué entre 2017 et 2025 à la suite des descentes sur le terrain où des plans cadastraux ont été confrontés, des empiètements relevés, des bornes posées. Des rencontres bipartites et tripartites se sont également tenues avec les communautés riveraines sous l’égide de l’administration. Résultats : A Eséka, sur 13 954 hectares initiaux, 8 834,08 hectares, (soit plus de 63%), ont été restitués à l’État en 2025. Et, 5 119,92 hectares ont été maintenus. En février 2026, la Socapalm a cédé l’ensemble de ses actifs sur place à la société Opalm. À Dibombari, une concertation tripartite présidée par l’autorité préfectorale s’est tenue le 21 janvier 2026. Plus de 2 566 hectares de terres non exploitées y ont été présentés en vue d’une restitution, sur une concession initiale de 11 210 hectares, soit près de 23 %. Or, dans l’intervalle, 319 hectares ont déjà été rétrocédés à Dibombari, dont 112 hectares en 2020 et 207 hectares en 2023. D’autres surfaces de 59, 60 et jusqu’à 500 hectares auraient été évoquées hors cadre officiel, y compris sur des zones plantées et productives.
Selon le secrétaire général de Socapalm, « la question n’est pas de soustraire le foncier au dialogue, mais d’éviter que des décisions isolées ne compromettent la clarification collective ». La direction rappelle qu’une parcelle ne se résume pas à un nombre d’hectares, mais elle porte des cultures pérennes, des pistes, des équipements et des engagements financiers de long terme.
Sans viser une institution, la Socapalm craint qu’une succession de retraits sans coordination ne soit perçue comme un morcellement, voire un « pillage foncier ». L’entreprise rappelle l’existence d’un comité de gestion des rétrocessions, créé par arrêté du Premier ministre en 2020, et demande que son rôle et ses modalités de saisine soient précisés.
L’objectif affiché est de finaliser et publier officiellement les rapports cadastraux de toutes les plantations, traiter les observations ouvertes, et aboutir à la signature de l’avenant n°2 au bail avec le Mindcaf. La direction de la Socapalm prévient pour sa part que « pour toute évolution touchant une zone exploitée, nous demandons une concertation préalable, un inventaire contradictoire des actifs et une évaluation des effets sociaux, économiques et juridiques ».



