Services numériques: Les créateurs de contenu camerounais,  des nouveaux contribuables?


Cette information est devenue virale sur la toile semaine dernière,  suscitant de l’indignation des acteurs indexés, qui ont tenu à rappeler que le Cameroun n’est pas éligible à la monétisation directe des réseaux sociaux.


Par Lorine Claudia Agnang


La nouvelle les a trouvés sur la toile, alors même que le ministre des Finances Louis Paul se trouvait encore à Ngaoundéré, pour le lancement du budget au titre de l’exercice 2026 : « Les créateurs de contenu et autres utilisateurs des réseaux payeront désormais les impôts en fonction des publicités et revenus générés et aussi du nombre d’abonnés ». Ce post de Digital B Agency est rapidement partagé et en un rien de temps, tous les créateurs de contenus camerounais sont informés qu’ils devront désormais payer des impôts. Indignation, dénonciations, inquiétudes. Tel est l’essentiel de ce qu’expriment les publications et directs faits depuis le 13 janvier dernier, lorsque cette nouvelle a été répandue.  « Dans un pays où aucun réseau social n’est monétisable, on demande de payer les impôts ? » s’interroge l’actrice Aimée Virgile Makougoum, et de poursuivre : « Rendons le pays éligible à la monétisation et nous allons gagner beaucoup d’argent, surtout l’Etat ».  « Ils demandent déjà aux créateurs de contenu de payer les impôts tandis que ces jeunes acteurs se battent pour nourrir leurs familles, et l’Etat n’a jamais trouvé de solution ou proposé quoique ce soit pour améliorer leur secteur d’activité », s’indigne un internaute. Et dans un billet d’humour, Moustik le Karismatik écrit : « Je vous aime bien, mais pour éviter de payer les impôts, je vais me séparer de certains d’entre vous ».


Lancement du budget


Face à cette situation, les internautes ont soif de la bonne information, afin d’être mieux fixés. La cellule de communication du ministère des Finances que nous avons contactée dans le cadre de travail nous a fait tenir l’ensemble des présentations faites ce jour à Ngaoundéré, y compris le discours du ministre des Finances et le budget citoyen. Nulle part il est mentionné que les créateurs de contenu locaux devront payer des impôts. Mais dans sa présentation, pour ce qui est de l’élargissement de l’assiette fiscale en 2026, Fayçal Abdoulaye directeur de la législation à la Direction générale des impôts a précisé que l’une des mesures entreprises par l’Etat du Cameroun est de faire payer désormais les impôts aux entreprises du secteurs du numérique étrangers, opérant au Cameroun, « sans forcément avoir de présence physique. Aujourd’hui, avec le développement de l’économie numérique, c’est possible. On n’a plus besoin d’avoir une succursale. A distance, on offre des services numériques et on gagne assez d’argent. C’est le streaming en ligne, les services de publicité, c’est Netflix, c’est beaucoup de services qui sont offerts en ligne. »


La présence significative desdites entreprises sera appréciée sur deux critères : « Le premier critère, c’est le chiffre d’affaires. Si vous réalisez à partir de 50 millions de chiffres d’affaires, on va considérer que vous avez une présence économique significative au Cameroun et en conséquence, vous devez payer l’impôt sur les sociétés sur la part des bénéfices que vous réalisez sur le marché camerounais. Le deuxième critère, c’est le nombre d’abonnés. Si vous avez jusqu’à 1000 abonnés, à ce moment-là, vous devez donc payer l’impôt sur les sociétés et autour de 3% du chiffre d’affaires que vous aurez réalisé sur le marché. Pour faciliter l’accomplissement de leurs obligations à ces entités qui ne sont pas établies, nous avons développé une plateforme électronique qui est d’ailleurs disponible et qui va donc permettre à ces sociétés-là de souscrire à la fin de chaque mois pour payer les acomptes et à la fin d’année également de souscrire leurs déclarations annuelles et de s’acquitter de ces impôts-là », ajoute-t-il.
Jusqu’ici, ces entreprises ne payaient pas d’impôt sur les bénéfices qu’elles engrangeaient sur le marché local. « Peut-être rappeler que, toujours dans le cadre de la taxation de l’économie numérique depuis 2021, ces entreprises-là reversent déjà dans la direction générale des impôts la taxe sur la valeur ajoutée qui est prélevée sur les services rendus à des consommateurs Camerounais », précise-t-il.


Loi de finances


D’après Salomon II Malang juriste fiscaliste, dans le document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2023-2025 élaboré en 2022, il est prévu qu’en dehors de l’imposition de la Tva, la juridiction camerounaise doit prélever d’autres impôts à savoir l’impôt sur le revenu (IR). « La juridiction Camerounaise ayant pris part aux travaux qui ont été réalisés dans le cadre inclusif de l’Organisation de coopération et développement économiques (Ocde), il revient donc à cette juridiction d’implémenter ces travaux dans son espace géographique en instaurant une imposition sur les bénéfices des entreprises numériques qui réalisent des activités économiques à travers le monde sans nécessairement avoir une présence physique sur son territoire ». C’est dans ce sens que la loi n° 2025 / 012 du 17 décembre 2025 portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2026 à ses articles 5 bis et 5 ter évoque la taxation des entreprises numériques et les créateurs de contenus numériques. Il convient de rappeler que le Cameroun fait partie des pays africains qui ne bénéficient pas du système de monétisation des réseaux sociaux. Pour se générer des revenus à partir de ces plateformes, certains créateurs de contenu se font créer mes comptes dans les pays éligibles, ou alors, signent des contrats avec des entreprises, deviennent des égéries des marques, etc.

Extrait de la loi de finances 2026


Article 5 bis
(1) Sont réputées exploitées au Cameroun
– les entreprises non résidentes qui justifient d’une présence économique significative sur le territoire camerounais.
(2) Le bénéfice des entreprises ne remplissant pas les conditions visées à l’alinéa (1) cidessus est également imposable au Cameroun lorsqu’elles y exercent, directement ou par l’entremise de tiers, une activité constituant un cycle commercial complet, entendu comme un ensemble cohérent d’opérations économiques réalisées sur le territoire national, formant un processus autonome d’achat ou de production de biens ou de services suivi de leur revente, de nature à générer un bénéfice imposable.
(3) Constituent également un cycle commercial complet les opérations réalisées à l’étranger par une entreprise ayant son siège ou sa direction effective au Cameroun, lorsqu’elles ne sont pas détachables, par leur objet ou leur mode d’exécution, des opérations effectuées sur le territoire national.

Article 5 ter.

(1) Une entreprise non-résidente est réputée disposer d’une présence économique significative au Cameroun, assimilable à un établissement permanent numérique, lorsqu’elle entretient avec le territoire national une connexion substantielle et dématérialisée, caractérisée par le franchissement, au titre d’un exercice fiscal, de l’un des seuils quantitatifs suivants :
a. le montant total des rémunérations brutes facturées en contrepartie de la fourniture de services numériques à des clients ou utilisateurs situés au Cameroun excède FCFA cinquante millions (50 000 000) ;
b. le nombre d’utilisateurs, de clients ou de titulaires de comptes situés au Cameroun excède mille (1 000).
(2) La notion de services numériques inclut, sans que cette liste soit limitative:
a. la fourniture de contenus numériques à la demande (streaming, téléchargement, jeux en ligne, abonnements) ;
b. les services de publicité en ligne et de monétisation de données clients ou utilisateurs ;
c. les services d’intermédiation au profit des places de marché électroniques (frais de commission) ;
d. les services d’informatique en nuage (cloud computing), d’hébergement de données et de logiciels fournis en tant que service (Software as a Service); e. toute autre prestation de service rendue ou facilitée par l’intermédiaire d’un réseau électronique ou d’une application numérique.