Santé du président : La presse bâillonnée, et pourtant « le chef de l’Etat se porte bien »

Le ministre de l’Administration territoriale interdit tout débat sur la question dans les médias.


Par Cyril Essissima


Alors que les spéculations sur la santé du chef l’Etat étaient sur le point de mourir de leur belle mort, la flamme vient peut-être d’être ravivée dans l’esprit des Camerounais. Dans une note adressée aux gouverneurs de région le 10 octobre 2024, le ministre de l’Administration territoriale (Minat) interdit l’organisation de « tout débat dans les médias sur l’état du président de la République ». Avec la fermeté qu’on lui connaît, Paul Atanga Nji ajoute que « les contrevenants devront faire face à la rigueur de la loi ».

Le Minat considère que la discussion alimentée par cette rumeur est close après le « démenti formel » apporté deux jours plus tôt respectivement par le directeur du cabinet civil (Dcc) et le ministre de la Communication (Mincom). « A la suite des mises au point du ministre Dcc et du Mincom, porte-parole du gouvernement, aucun autre commentaire ou débat ne devrait plus être cautionné, de qui que ce soit dans les médias privées en semaine ou les weekends », argumente-t-il, rappelant que le « le chef de l’Etat est la première institution de la République » et que « de ce fait, les débats sur son état relèvent du domaine de la sécurité nationale ». Paul Atanga Nji a formellement ordonné « à chaque gouverneur de créer auprès de ses services compétents, des cellules de veille chargées de suivre et d’enregistrer toutes les émissions et débats dans les médias privés et d’identifier les auteurs des commentaires tendancieux, y compris ceux qui agissent à travers les réseaux sociaux ».

Le Minat Paul Atanga Nji, bouclier du président.

Les conjectures sur l’état de santé du président ont tellement alimenté les réseaux sociaux avec comme conséquence des rumeurs sur sa mort comme en juin 2004. C’est cette goutte d’eau de trop qui a suscité la sortie groupée du Dcc, Samuel Mvondo Ayolo, et le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, qui ont condamné ces rumeurs. Le premier a notamment tenté de rassurer les Camerounais « sur l’excellent état de santé du chef de l’Etat qui travaille et vaque à ses occupations à Genève d’où il n’est jamais parti depuis son arrivée en provenance de Beijing ». Le Mincom pour sa part a déclaré que « le chef de l’Etat se porte bien et rejoindra le Cameroun dans les tout prochains jours ».

Toujours est-il que les menaces du Minat contre la presse nationale contrastent avec les explications officielles du Dcc et du Mincom, qui, à bien des égards, auraient dû suffire à faire taire les spéculations sur l’absence prolongée de Paul Biya en Europe. Entre-temps, qu’en sera-t-il de la presse internationale qui s’intéresse aussi au sujet ?