Roger Kaffo Fokou

« L’acharnement contre les enseignants sera contre productif »

L’un des porte-paroles du Corec indique par ailleurs que ce collectif demande l’annulation des suspensions illégales des soldes des enseignants.


Par Josiane Afom


Roger Kaffo Fokou

De nombreux enseignants ayant observé la grève initiée par les Mouvements Ots et Ota, entre autres, ont écopé de sanctions allant jusqu’à la suspension des soldes. Comment le collectif des organisations des enseignants du Cameroun  a-t-il  apprécié cela ?

Le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) y a réagi à travers son communiqué du 12 février 2024. Dans ce communiqué, le Corec condamne explicitement les abus qui caractérisent ces décisions et qui permettent à l’administration aussi bien du territoire que de l’éducation, d’organiser la chasse aux enseignants qu’elle estime insoumis.

De nombreux enseignants réputés déserteurs sont venus se justifier et détiennent à toutes fins utiles des récépissés à eux dûment délivrés par le Minesec, mais ont néanmoins été suspendus de salaire fin janvier 2024.

Les régions septentrionales du pays sont redevenues le « goulag » dans lequel on exile les enseignants indésirables en prétextant la nécessité de service. Le retard de ces régions dans tous les classements de performances internes et externes de l’éducation est en bonne partie dû à ce statut de pénitencier que lui colle l’administration depuis toujours. Le statut d’enseignants était autrefois envié par les autres administrations du pays et à cette époque-là, nos meilleurs élèves refusaient d’aller à l’Enam, à l’Ecole de police, à l’Emia… pour entrer dans les Eni et l’Ens de Yaoundé alors unique. Aucun d’eux ne songeait à s’expatrier.

Depuis 1994, l’éducation n’a cessé de perdre de son lustre et de dégringoler au fond des classements. Le secteur de l’éducation est devenu un vaste champ de grève et de revendications et il est logique que ceux qui s’y risquent et constatent que les revendications ne produisent pas les résultats escomptés cherchent à s’en évader par tous moyens. Le Corec dit donc au gouvernement que l’acharnement actuel contre les enseignants va être totalement contre productif parce qu’il cherche à corriger les conséquences là où il eût mieux valu soigner les causes.

 

Que compte faire le Corec pour défendre les enseignants sanctionnés ?

Premièrement, tous les syndicats regroupés au sein du Corec soutiennent unanimement ceux des enseignants qui ont été sanctionnés en violation des règles du droit, et ceux-là sont nombreux. Ils demandent à tous les enseignants, en attendant que solutions soient trouvées, de contribuer à la caisse de soutien ouverte à l’effet d’apporter un soulagement à ceux qui sont touchés et qui ne le méritent pas. Cette solidarité est le moyen approprié pour continuer la lutte en recevant des coups.

Deuxièmement, le Corec est en train de documenter tous les cas qui violent les lois et les adressera à la justice : l’Etat de droit doit respecter lui-même la loi et ce n’est pas toujours le cas dans la situation que nous abordons ici. Enfin, le Corec a fait de la correction de ces iniquités une nouvelle revendication syndicale et entend mobiliser les enseignants pour exiger que celle-ci soit corrigée.

Quelle est la conduite à tenir   que vous donnez à vos membres sur le terrain ?

Pour l’instant, nous demandons aux enseignants de se vêtir en noir les lundis et les vendredis en signe de profond mécontentement. Il faut rappeler que cette avalanche de sanctions est intervenue dans une période de trêve que le Corec espérait qu’elle serait mise à profit par le gouvernement pour tourner la page en s’attelant à résoudre le contentieux social qui l’oppose aux enseignants. Il a choisi d’en faire un moment de répression. Néanmoins, le Corec a opté pour une réponse graduée : explication, manifestations symboliques (l’habillement en noir), pour commencer.

La prochaine étape ne va certainement pas se cantonner au symbolique et il est important que le cas échéant, il ne soit pas dit que les syndicats s’en prennent à l’avenir de la jeunesse.

A ce jour qu’attend exactement le collectif du gouvernement ?

Pour être tout à fait clair et précis, le Corec attend du gouvernement :

Premièrement, l’annulation des suspensions illégales des soldes des enseignants et l’annulation de toutes les tracasseries que subissent les enseignants à l’occasion de leurs déplacements à l’extérieur du pays ; Deuxièmement, la signature et l’application du Statut spécial de l’enseignant, la tenue du Forum national de l’éducation, l’annulation pure et simple de la hausse des carburants à la pompe ainsi que la suppression des taxes superflues qui font augmenter inutilement les prix des carburants.