Réforme de l’Union africaine : Mokoko Mbonjo reçoit les félicitations de Paul Kagame

L’ex ministre des Relations extérieures est salué pour son travail au cours des huit dernières années, en vue de rendre l’institution plus efficace.


Par Cyril Essissima



Nommé en 2017 à la tête de l’Unité de réforme des institutions de l’Union africaine (Ua), Pierre Moukoko Mbonjo fait (encore) honneur au Cameroun. Au terme de la 37e Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Ua, il a été personnellement félicité par le président en exercice, Paul Kagame. « Je remercie la Commission de l’Union africaine, sous la direction du président Moussa Faki, ainsi que l’Unité de réforme, dirigée par le professeur Pierre Moukoko, pour leur travail inlassable au cours des huit dernières années », a déclaré le chef de l’Etat rwandais. Des éloges qui s’ajoutent à celle du Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission.

Avant de passer le témoin au président kényan, William Ruto, le président sortant a énuméré quelques-unes des réformes projetées depuis 2016 ; lesquelles visent notamment à rendre l’institution panafricaine plus efficace et plus solide financièrement. « Parmi les réalisations que nous pouvons citer, il y a la revitalisation du Fonds pour la paix. Près de 400 millions de dollars ont été mobilisés. En conséquence directe, le Conseil de sécurité des Nations Unies a récemment décidé de financer pour la première fois les trois quarts des opérations de paix de l’Union africaine. Cela n’a été possible que parce que l’Union africaine est aujourd’hui mieux adaptée à ses objectifs qu’elle ne l’était. Et nous parvenons de mieux en mieux à définir nos intérêts communs et à les défendre », a déclaré Paul Kagame.

Sans trop de triomphalisme, le président sortant de l’Ua a néanmoins fait savoir à ses pairs que le chemin est encore long à parcourir pour que l’Ua soit plus forte. Pour poursuivre le chantier, Paul Kagame affirme avoir suggéré le candidat idéal au président de la Commission. « Nous avons besoin d’un autre chef d’État qui ait la compréhension et le soutien de ses pairs, les chefs d’État de notre continent. J’ai déjà proposé un nom au président mais nous n’avons pas encore contacté la personne que nous envisageons pour pouvoir poursuivre ce travail de réformes et de leur mise en œuvre », affirme t-il.

 

Défis

Malgré les résultats enregistrés, rien n’est acquis. C’est la raison pour laquelle l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement a été attirée sur quelques défis sérieux, qui menacent d’anéantir certains de ces progrès positifs. Ces défis ont trait à l’ordre des priorités, les divergences et la solidarité au sein de l’Union, le non-respect des décisions rendues par les institutions connexes, etc.  « Premièrement, l’ordre du jour de la conférence continue d’être trop long, avec de nombreux points qui ne nécessitent pas l’examen des chefs d’État. Si nous voulons être productifs, nous devons donner la priorité aux éléments les plus importants, comme nous l’avons convenu au début de la réforme institutionnelle. Deuxièmement, il semble nécessaire de clarifier le rôle du président de l’Union africaine par rapport au président de la Commission. Cela devient encore plus important à mesure que nous réfléchissons à la manière dont l’Afrique sera représentée au G20 et à d’autres rassemblements similaires. Troisièmement, le principe de subsidiarité continue d’être mal interprété. Trop souvent, il existe une incohérence dans les décisions prises aux niveaux continental et régional. L’Afrique n’est pas un monolithe. Les États membres auront toujours des points de vue différents. Nous ne devrions pas prétendre que ces différences n’existent pas, mais plutôt nous concentrer sur la recherche d’un terrain d’entente. Quatrièmement, les organes législatifs et judiciaires comme le Parlement panafricain et la Cour africaine de justice devraient fonctionner selon des règles et des mandats clairs. Dans le cas contraire, ils agissent davantage comme des organes consultatifs et ne peuvent pas remplir leur fonction initiale. Enfin, les décisions prises au niveau des chefs d’État continuent d’être revisitées et révisées, voire résistées, par certains membres du Comité des représentants permanents, ce qui devrait être vraiment inacceptable… », énumère Paul Kagame.

Goût d’inachevé

On voit bien que le président sortant de l’Ua s’en va avec un arrière-goût d’inachevé. Paul Kagame se propose d’ailleurs de « travailler avec le président Moussa Faki pour identifier un ou plusieurs parmi nous qui pourraient être disposés à continuer ce rôle et à se joindre aux efforts de suivi et de supervision des dernières étapes du processus de réforme. Nous avons une personne en tête et nous porterons son nom à l’attention de cette réunion pour votre approbation ». Il veut sans doute mener un front contre certains écarts constatés. En l’occurrence la création « des structures parallèles dont le principal objectif semble être de contrecarrer et de retarder les réformes proposées et mises en place par les chefs d’État. Par exemple, la restructuration des organes est bloquée depuis des années dans de telles manœuvres. Nous savons où nous voulons être en tant que continent. Or, ce qui semble souvent manquer, c’est la volonté politique de mettre en œuvre ce que nous avons nous-mêmes décidé », regrette-t-il.

Né le 25 juillet 1954 à Bonabéri (Douala), Pierre Moukoko Mbonjo est un ancien haut commis de l’Etat devenu haut cadre à L’Union africaine. De directeur de cabinet du Premier ministre (1996-2004), à ministre des Relations extérieures (2011-2015), en passant par ministre de la Communication (2004-2006), il est depuis le 13 septembre 2017 chef de l’Unité de mise en œuvre de la réforme institutionnelle de l’Union africaine.

C’est aussi un intellectuel de haut niveau avec plusieurs publications à son actif. Professeur titulaire des universités à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric), Pierre Moukoko Mbonjo est est titulaire d’une thèse de doctorat en sciences politiques de l’Université de Paris Panthéon I Sorbonne, d’un DEA en sciences économiques. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (Science Po Paris sections relations internationales), et titulaire d’une maitrise en anglais.