Recherche d’emploi: Le Ped-Ci pour briser le mur de l’expérience chez les jeunes



Ce programme du Fonds national de l’emploi a déjà permis de positionner près de 14 000 chercheurs d’emploi sans expérience dans la ville de Kribi.

Par Lazare Kingue



Chi Bikom Precious est opératrice scanner à Transatlantic SA, pour le compte du Port autonome de Kribi (Pak). Elle perçoit aujourd’hui un salaire décent qui lui permet de s’épanouir professionnellement. Une insertion rendue possible grâce au Programme Emploi Diplômé Citoyen (Ped-Ci), dont elle a bénéficié en 2020 à l’agence du Fonds national de l’emploi (Fne) de Kribi. Comme elle, 13 759 diplômés et chercheurs d’emploi sans expérience ont bénéficié de ce programme phare dans la cité balnéaire. L’information a été rendue publique les 27 et 28 avril derniers, à l’occasion des Journées découverte emploi (Jde) organisées par l’agence locale du Fne.

Comme l’a expliqué le directeur d’agence, Ndassa Njoya Mama, aux centaines de jeunes chercheurs d’emploi et chefs d’entreprise présents, le Programme Emploi Diplômé Citoyen a été conçu pour répondre à une équation longtemps considérée comme impossible : « Pas d’emploi sans expérience, pas d’expérience sans emploi ».

En effet, de nombreux jeunes diplômés, fraîchement sortis des universités ou des centres de formation professionnelle, se heurtaient systématiquement aux exigences d’expérience imposées par les entreprises. « J’ai passé pratiquement trois ans au chômage avec mes diplômes dans la poche parce que je n’avais pas d’expérience », se souvient Ngally Arsène, aujourd’hui employé dans une société agroindustrielle. « Pourtant, pour acquérir cette expérience quand on vient d’obtenir son diplôme, il faut bien commencer quelque part afin de pouvoir l’inscrire sur son CV », renchérit-il.

Ce verrou à l’insertion professionnelle est progressivement levé depuis près de cinq ans grâce au Fne, qui a mis en place ce programme d’accompagnement. « Il s’agit d’un stage pré-emploi officiel de deux ans en entreprise. Deux ans, parce qu’il s’agit d’un accord spécifique du Fne. Aucun risque juridique pour l’employeur qui respecte le cadre », explique Josiane Mengue, chargée d’études.

Le Ped-Ci repose ainsi sur un partenariat gagnant-gagnant : l’entreprise forme, tandis que l’État accorde des exonérations. Pour les employeurs, le programme permet de lever trois principaux freins. Le premier consiste à former progressivement le jeune à la culture et aux exigences de l’entreprise grâce à une immersion de 24 mois. Le deuxième avantage réside dans l’exonération fiscale totale sur le poste Ped-Ci pendant deux ans. Enfin, le dispositif réduit la charge salariale, l’entreprise ne versant qu’une indemnité mensuelle et non un salaire complet.

« C’est une période d’observation subventionnée. À la fin, je décide d’embaucher ou non », résume un directeur des ressources humaines de la zone portuaire. Chez Transatlantic SA, l’expérience avec Chi Bikom s’est révélée concluante. « Elle a été formée chez nous via le PED-CI. Nous l’avons ensuite évaluée et, convaincus de ses aptitudes, nous l’avons retenue », confie un responsable de l’entreprise.

Du côté des diplômés, le Ped-Ci ouvre les portes d’entreprises souvent réservées aux profils expérimentés. Pendant deux ans, le bénéficiaire consolide ses compétences, perçoit une indemnité mensuelle et acquiert une véritable expérience professionnelle. Qu’il soit recruté ou non à l’issue du programme, il ressort avec deux années d’expérience inscrites sur son CV. Un moyen efficace de briser le cercle vicieux du « premier emploi refusé faute d’expérience ».

Notons que les Jde 2026 ont également servi de cadre à la célébration du 36e anniversaire du Fne. Créée par décret présidentiel le 27 avril 1990, cette structure publique totalise 36 années de lutte contre le chômage. À Kribi, l’agence locale a enregistré 15 484 chercheurs d’emploi depuis 2012. Le Ped-Ci constitue aujourd’hui sa principale réponse opérationnelle, avec déjà 13 759 bénéficiaires.

« Beaucoup a été fait, et beaucoup reste à faire », reconnaît Ndassa Njoya Mama, directeur du FNE Kribi. « Le Fne est un outil mis à la disposition des jeunes. Encore faut-il savoir s’en servir », souligne-t-il.