Maurice Kamto, président du Mrc : « Le Pr Joseph Owona eut pour moi une réelle affection intellectuelle »

Avant toute chose j’adresse à sa famille éprouvée mes condoléances attristées et l’expression de ma profonde compassion. Le Pr Joseph Owona était un juriste brillant, constitutionnaliste talentueux. En cette matière il fut pour moi un enseignant fascinant : c’est à cause de – ou grâce à- lui que la trajectoire de mes études juridiques à la faculté de droit et des sciences économiques de l’Université de Yaoundé fut détournée vers le droit public qui m’ouvrit les portes de l’enseignement, alors que mon projet initial était d’étudier le droit privé pour devenir avocat. Combien de compatriotes savent-ils que nous sommes plusieurs parmi les licenciés de 1979 à avoir pu présenter le concours d’entrée à l’Iric, sans parrainage d’un ministre, d’un député ou d’un haut responsable du parti unique de l’époque, comme c’était une exigence en ce temps-là, grâce à la seule décision personnelle du Pr Owona qui était alors le directeur de cette prestigieuse académie diplomatique ?
Le Pr Joseph Owona eut pour moi une réelle affection intellectuelle qui a sans doute souffert dans l’environnement politique camerounais, mais dont j’ai la faiblesse de croire qu’elle était restée au fond de lui-même, d’autant plus que j’eus pour lui un respect quasi filial. Théoricien du droit constitutionnel, il connaissait fort bien l’histoire des institutions et des idées politiques et savait que l’édification des nations passe souvent par des soubresauts, voire des fureurs, avant d’atteindre les plaines de la concorde ; que la survie de la démocratie passe par un système de gouvernement où des agencements juridiques et institutionnels intelligents permettent de limiter le pouvoir pour contenir l’inclinaison naturelle vers ses excès. C’est ce qu’il essaya de traduire dans sa mouture de l’avant-projet de Constitution des années 1990 qui, si elle avait été suivie, nous aurait épargné peut-être bien des dérives ; car il proposait entre autres un mandat présidentiel renouvelable une seule fois, la possibilité de la candidature indépendante, une élection présidentielle à deux tours. On peut regretter que notre environnement politique ne permette pas souvent à nos esprits les plus talentueux de mettre toute l’étendue de leurs connaissances au service de la patrie.
Sur la scène publique, derrière les postures et les désaccords même tapageurs, il y a des êtres humains qui s’estiment, se respectent pour ce qu’ils sont, capables de faire ou de refaire les ponts que certains voudraient irrémédiablement rompus, afin de construire ensemble quelque chose de beau, de fort, de plus grand que nous : le Cameroun, notre maison commune.
Que l’âme du Professeur Joseph Owona repose en paix !
Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Sports et de l’Education physique : « Un maître flamboyant et exemplaire »

Notre tristesse est grande, au moment où nous apprenons, dans la consternation, le décès du Professeur Joseph Owona.
Le Professeur Owona était une éminente et remarquable figure de la République. Universitaire de renom, il servit l’Etat du Cameroun à de nombreux postes de hautes responsabilités, et rendit certainement de bons et loyaux services à la Nation, sous la magistrature suprême du président Paul Biya.
Dans la corporation des professeurs agrégés de droit public et de science politique, il était le pionnier, le timonier, le « Primus inter pares » de notre pays. A titre personnel, jeune étudiant à l’ancienne faculté de droit de l’université de Yaoundé, nous avons eu le bonheur d’être initié par ce prince de l’académie, à la noble science du droit public. Bien d’autres, congenères et condisciples comme moi, reçurent de lui la prodigieuse étincelle qui enflamma notre passion pour le droit constitutionnel, et exalta notre intérêt pour le droit international public.
Nous gardons du Professeur Owona, que ses étudiants appelaient affectueusement J.O., le souvenir d’un maître flamboyant et exemplaire des sciences juridiques, qu’il enseignait avec une intelligence effervescente et une éloquence incandescente, qui se reflètent dans ses nombreuses publications de référence.
Nous nous inclinons devant la mémoire de ce monument de l’université, qui par les heureux hasards de la vie, fut aussi un illustre devancier dans les fonctions de Directeur de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (Iric), et de Ministre des Sports.
Nos condoléances les plus attristées, et le témoignage de notre compassion la plus émue vont à sa famille si durement éprouvée, avec une pensée compatissante pour nos jeunes collègues, Mathias Éric Owona et Kourra Félicité Owona.
Joshua Osih, président du SDF : « Son action est un exemple de leadership politique »

Je retiens du Professeur Joseph Owona un héritage immense, notamment sa capacité à briser la glace au plus fort de la crise politique de la fin des années 90, lorsqu’il s’est rendu à Bamenda et s’est adressé officiellement au défunt président en l’appelant « my Dear Chairman », faisant preuve d’un grand courage et d’un sens de l’ouverture qui resteront gravés dans nos mémoires. Le lendemain, il a pris le petit déjeuner avec feu Rose Fru Ndi et le Chairman au palais de Ntarikon, expliquant ensuite qu’il n’avait pas besoin d’autorisation pour agir dans l’intérêt du pays.
Son action est un exemple de leadership politique qui a façonné pour toujours la scène politique camerounaise. C’était un homme de principes et de convictions, qui assumait ses positions sans crainte. Il aimait son pays avec passion et dévouement. Mes pensées vont à sa famille et à ses proches en ce moment difficile. Que le Seigneur Dieu tout-puissant lui accorde le repos éternel et la paix de l’esprit.
Cabral Libii, président du Pcrn : « Je salue la mémoire d’un illustre universitaire »

Je suis très affligé depuis l’annonce le samedi 06 janvier 2024 du décès du Professeur Joseph Owona. C’est une immense perte pour le Cameroun en particulier et l’Afrique en général.
Cet orfèvre du droit Public, juriste chevronné, a enseigné, formé et transmis le savoir de qualité à plusieurs générations et promotions de nos universités. Son parcours scolaire et académique singulier lui aura permis d’accéder à un très jeune âge au cercle très restreint des Professeurs agrégés à son époque, suscitant ainsi des vocations. L’illustre disparu se distingue aussi par le caractère prolifique et la densité de son ouvrage scientifique.
Au-delà du chagrin et de l’onde de choc que crée la disparition de cet ancien haut commis de l’État, membre du Conseil constitutionnel, il y’a tout de même lieu de se consoler et de se réjouir de ce que le Pr. Joseph Owona a engendré de talentueux et distingués « successeurs » dans le monde universitaire, à l’instar notamment de son fils biologique, le Pr. Mathias Éric Owona Nguini, véritable fierté nationale.
J’adresse à la famille de ce savant, ma profonde compassion émue.
Joseph Le, ministre de la Fonction publique et de la réforme administrative : « Que son âme repose en paix ! »

Je rends hommage au Pr Joseph Owona, ancien ministre de la Fonction publique et du Contrôle de l’État (1988-1990). Ses nombreuses contributions politiques et intellectuelles ont façonné et enrichi notre administration publique. Que son âme repose en paix !
Célestin Bedzigui, hommage politique, chef traditionnel : « Pr Joseph Owona,
Hommage à un héros »

Le décès le 6 janvier 2024 du Professeur émérite Joseph Owona laisse dans l’espace intellectuel, social et politique camerounais un vide que rien ne pourra jamais combler. Comme en un ultime adieu, nous sommes allés, l’Honorable Jean Simon Ongola, le maire Augustin Tamba et moi-même, nous sommes abreuvés de sa sagesse et son esprit de conciliation, il y a quelques mois, dans sa résidence en banlieue de Yaoundé. Ses prises de parole ce jour-là sur son parcours de vie publique et politique résonnent encore dans mon esprit comme autant d’enseignements d’ un maître inégalable.
Lorsque qu’il y a une cinquantaine d’années, au début des années 70, il débarque comme jeune enseignant à Ngoa Ekelle, il nous trouve étudiants de la Faculté de droit et sciences économiques, la promotion de ceux qui deviendront plus tard professeurs, j’ai cité entre autres Roger Gabriel Nlep, Bruno Bekolo Ebe. Nous découvrons un chargé de cours qui partageait la même mode de bottines compensées appelées « Salamander » dont il était féru, ce qui donnait à sa fière allure dégingandée une désinvolture d’un adolescent plus proche de nous que les autres enseignants.
Quelques années plus tard, de passage au Campus HEC Paris à Jouy- en- Josas pour un séminaire dans le temple le plus prestigieux des enseignements du management de France, il sera fier d’y trouver un de ses anciens étudiants, lui qui vouait un véritable culte au mérite et à l’excellence. De cette époque va naitre une relation de respect et d’estime mutuels jusqu’à cette fin tragique qui nous laisse abasourdi.
Nous nous retrouverons à la Tripartite en 1991. Les «villes mortes » paralysaient le pays depuis sept mois et cette rencontre était celle de la dernière chance pour que la pays ne se fracturât pas. Lorsque les travaux se sont bloqués, nous avons dû crafter avec le Premier ministre Sadou Hayatou une solution consistant à instituer une commission chargée de proposer des réformes constitutionnelles. Ndam Njoya conduisait la délégation de l’opposition et Joseph Owona conduisait celle du pouvoir. Au terme d’une semaine, le blocage a été levé. Un compromis a été trouvé et les « villes mortes » ont pris fin. Les Camerounais doivent voir dans ce résultat positif, en grande partie, la main du Professeur Joseph Owona qui aura ainsi sauvé le régime Biya.
Le parrain de mon fils Willy Karl était un héros, un héros méconnu, héros parce qu’il a posé un acte de courage politique qui lui vaudra une traversée du désert de plusieurs années. Nous nous réservons de le révéler hic et hunc pour ne pas susciter une polémique stérile à un moment où chacun doit se murer dans le recueillement devant la disparition de ce grand baobab des forêts Ekang, le plus grand juriste camerounais de tous les temps, qui aura porté si haut le prestige du Cameroun dans les cercles intellectuels africains. Repose en paix… Grand Joseph.



