Par Jean De Dieu Bidias

En novembre dernier, le Fonds monétaire international (Fmi) qui fait pression depuis plusieurs années pour la suppression totale des subventions des produits pétroliers à la pompe dans un souci de rééquilibrage des finances publiques, expliquait à nouveau qu’en maintenant cette politique, le trésor public camerounais allait au-devant d’énormes difficultés budgétaires au regard du prix du baril de brut. Celui-ci stagne depuis plusieurs mois autour de 150 dollars. Le gouvernement a fait fi de la question dans la loi de finances de 2024, après la dernière revalorisation des prix à hauteur de 100 Fcfa, c’est-à-dire, 25,2% en valeur relative (super) et 45 Fcfa, soit 15,8% (gasoil), qui lui a permis de réaliser des économies de l’ordre de 360 milliards Fcfa en 2023 au profit des caisses de l’Etat. Mais, le président de la République a finalement mis fin au suspense. Dans son adresse à la nation à l’occasion de la fin d’année 2023 et du nouvel an 2024, Paul Biya souligné que ces subventions, bien que réduites de 1000 milliards Fcfa à 640 milliards Fcfa en un an, « continuent de peser significativement sur le trésor public ».
Lire le décryptage de l’économiste Bernard Ouandji
En conséquence, « nous n’aurons très certainement pas d’autre choix, que de la réduire de nouveau », a assené le chef de l’Etat, qui estime en passant que le prix du carburant en vigueur au Cameroun en dépit du dernier réajustement est encore « largement inférieur à celui pratiqué dans les pays voisins ». Dans la réalité, aucun pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ne pratique les prix du Cameroun (720 Fcfa le litre de super), en dehors de la République centrafricaine (Rca), seul pays non producteur de pétrole dans cette zone, où le litre de super coûte 1300 Fcfa. Les autres sont au-dessous de 600 Fcfa, sauf le Tchad qui est à 700. Cette nouvelle hausse en perspective vise sans doute à satisfaire les desiderata du Fmi, que le gouvernement courtise pour un nouvel accord de facilité élargie de crédit en juin prochain. Mais, les autorités camerounaises vont-elles s’y aventurer le nez sur le guidon, au risque de provoquer des remous sociaux dans un contexte d’inflation qui tutoie les 8% à fin 2023?
Discours inaudible
DeLe président de la République a beau dorer la pilule en assurant de veiller à ce que les prochains ajustements « n’impactent pas substantiellement le pouvoir d’achat des ménages », mais le fait de ne pas annoncer des mesures sociales en accompagnement de cette hausse programmée des prix des produits pétroliers rend ce discours inaudible auprès de populations déjà fortement impactées par l’inflation qui est en hausse continue depuis 2020, et qui espéraient plutôt un refroidissement du marché à partir de cette année 2024 comme projeté par l’Etat du Cameroun et d’autres institutions, à l’instar de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac). Tous les experts s’accordent sur le fait que sans mesures sociales adéquates, un réaménagement des prix des carburants à quelque taux que ce soit aura de lourdes implications, notamment sur les prix des transports, qui, par un effet d’entraînement inévitable, vont faire exploser les produits de grande consommation.



