Présidentielle 2025 : Maurice Kamto candidat

Réélu président du Mrc à l’issue de la 3e convention le weekend dernier, il se positionne déjà comme le porte-flambeau de l’Alliance pour le changement (Apc).


Maurice Kamto réélu président du Mrc à l’issue de la 3e convention.

Par Cyril Essissima


« Nous participerons à l’élection présidentielle même si elle était convoquée pour demain. » Cette déclaration du président (réélu) du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) a littéralement plongé dans l’hystérie les milliers de militants venus des quatre coins du pays et au-delà pour prendre part à la 3e convention du parti, le 10 décembre dernier au palais des Congrès de Yaoundé. C’est avec assurance que Maurice Kamto a levé l’équivoque sur ce qui a longtemps fait l’objet de conjectures suite au boycott observé par le Mrc lors du double scrutin législatif et municipal de février 2020. « J’ai dit et je le répète solennellement du haut de cette tribune : le Mrc prendra part à toutes les élections à venir, notamment les législatives et municipales ainsi que la présidentielle, en 2025 ou avant. Notre parti y prendrait part même si on les convoquait pour demain. Je ne peux rien faire pour ceux que cela dérange. Qu’ils ne perdent pas leur temps à mentir aux Camerounais que nous ne pourrons pas prendre part à l’élection présidentielle parce que nous avons boycotté les élections de 2020 », a-t-il précisé, sous les cris affolés de ses camarades à la salle 1500 dite « salle tripartite » du palais des Congrès.

En effet, après s’être abstenu de présenter des listes aux échéances de 2020, nombre d’observateurs ont estimé que Maurice Kamto a grillé les chances du Mrc, ne serait-ce que de présenter un candidat aux élections présidentielles prévues en 2025. Motif, le Code électoral (article 121) pose comme conditions d’éligibilité au scrutin présidentiel d’être investi par un parti politique représenté soit au Parlement, soit dans un conseil régional ou dans un conseil municipal, à défaut d’être présenté par 300 personnalités à travers les 10 régions du pays.

Prosper Nkou Mvondo
Mais comment Maurice Kamto et le Mrc vont-ils s’y prendre sans élus, et sachant que les 300 signatures ne sont pas aisées à obtenir ? Peut-être comptent-ils sur une coalition de l’opposition. Dans la foulée, le leader du Mrc a annoncé la mise en place d’une plateforme des partis de l’opposition, dénommée Alliance politique pour le changement (Apc). C’est d’ailleurs avec joie qu’il « accepte d’assumer la mission historique d’être le porte-flambeau de l’Apc désormais en marche (…) à l’élection présidentielle de 2025 ».

L’autre piste c’est effectivement d’être investi par un autre parti ayant des élus. C’est sans doute à cela que faisait allusion le président de l’Union nationale pour l’intégration vers la solidarité (parti Univers), Prosper Nkou Mvondo. Invité parmi les leaders de partis politiques amis, Prosper Nkou Mvondo a fait une mise en bouche sur fond de la parabole. « Que ceux qui ont des yeux pour voir, voient ; que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent ; et que ceux qui ont un cerveau pour réfléchir, réfléchissent. (…) L’amitié entre le parti Univers et le Mrc sera visible. (…) La renaissance est un projet pour lequel le parti Univers adhère », a-t-il lancé. Un message visiblement bien capté par les militants du Mrc en extase.

A la suite du leader du parti Univers, d’autres figures de l’opposition se sont relayées à la tribune pour témoigner de leur amitié au Mrc. Parmi les leaders invités, le ministre d’Etat Bello Bouba Maïgari de l’Undp, Patricia Tomaïno Ndam de l’Udc, Cyril Sam Mbaka de l’Afp, Hilaire Nzipang du Mp… Le plus véhément d’entre eux est sans nul doute le député Jean Michel Nintcheu, par ailleurs président de la Front pour le changement au Cameroun (Fcc). Mieux que l’expression d’une simple amitié, Jean Michel Nintcheu ne cache pas son allégeance au président du Mrc Maurice Kamto. « J’ai lancé un appel patriotique pour la mutualisation des forces du changement afin de construire une véritable dynamique autour de la personne qui incarne le mieux l’opposition face à monsieur Biya et son régime. En tout état de cause, les questions que tout responsable politique et tout Camerounais acquis aux idéaux du changement doivent se poser sont les suivantes : Qui de manière objective, incarne le mieux aujourd’hui l’opposition au Cameroun ? Qui donne le plus d’insomnies à M. Biya et son régime ? Quel est le parti politique qui voit ses manifestations publiques, à quelques exceptions près, être systématiquement interdites ? Quel est le dirigeant politique qui fait l’objet d’une véritable fatwa de la part du régime (***) de Yaoundé ? », a-t-il déroulé, accompagné  en cela par les militants qui scandaient à chaque question « Kamto ! ». Et le parlementaire de reprendre : « cette personne, c’est vous M. le président. C’est la raison pour laquelle cette dynamique doit être construite autour de vous. En fait, le régime de Yaoundé lui-même vous a désigné comme l’homme à abattre et comme son adversaire le plus crédible. A ce jour, vous êtes le candidat légitime de l’opposition véritable et du peuple du changement.» Ancien membre du Social Democratic Front (SDF) dont il a été exclu et sous la bannière duquel il tient son mandat de député, Jean Michel Nintcheu a personnellement dit à Maurice Kamto ce que personne ne pensait. « Vous êtes aujourd’hui ce que le chairman (Ni John Fru Ndi, ndlr) était en 92. Vous êtes celui qui va réparer le terrible préjudice politique né du holdup électoral historique de 1992. L’énergie disponible du Fcc sera déployée pour gagner du terrain… », a-t-il déclaré invitant le leader du Mrc à être « prêt ».