Pr Rose Leke : « Notre consortium travaille à améliorer la vie scientifique des femmes »

Ancienne cheffe du département des maladies infectieuses et de l’immunologie à l’université de Yaoundé I, la scientifique camerounaise qui a reçu le 28 mai dernier le prix international L’Oréal – UNESCO pour les femmes et la science, livre ses premières impressions et parle de ses espoirs pour la recherche scientifique au Cameroun.


Par Guy Martial Tchinda


Vous êtes depuis le 28 mai dernier lauréate pour l’Afrique et les pays arabes du Prestigieux prix international L’Oréal – UNESCO pour les femmes et la science. Comment se sent-on après une telle distinction ?

 

Je me sens très émue. Ce prestigieux prix est très important pour moi. C’est un prix qui m’honore après tant d’années de travail, et j’espère qu’il va inspirer et encourager les jeunes femmes et jeunes filles au Cameroun à avancer dans leurs carrières. Qu’elles comprennent que la recherche scientifique peut les emmener aussi loin

Vos recherches ont eu un impact majeur sur la compréhension et le traitement du paludisme, notamment chez les femmes enceintes. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Pas seulement le paludisme. Ce prix prend en compte quatre aspects. En plus du Paludisme, il y a mon travail sur la poliomyélite, sur l’immunisation et mon travail avec les jeunes femmes. J’ai fait beaucoup de travail sur le paludisme chez les femmes enceintes, notamment sur le diagnostic, j’ai travaillé au centre de biotechnologie où nous avons formé beaucoup d’étudiants. J’ai également travaillé  avec l’Organisation mondiale de la santé. Nous avions un groupe de travail à Genève et j’étais très impliquée dans le programme paludisme de l’Oms. Nous avons aussi travaillé avec l’Université de Harvard sur « Retinking Malaria »; et dans l’initiative multilatérale de lutte contre le paludisme avec le Pr Wilfried Mbacham pour voir comment les chercheurs agissent pour la lutte contre le paludisme à travers l’Afrique. Dernièrement (mars 2024, Ndlr), j’ai aussi pris part, à Yaoundé, à une réunion des ministres de la santé des pays les plus touchés par le paludisme. Ils se sont réunis pour voir comment ils peuvent travailler ensemble.

Comment la Fondation L’Oréal et le Prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science contribuent à promouvoir les femmes dans le domaine de la science ?

L’Oréal – UNESCO fait beaucoup et je les en félicite. Il a différents prix pour encourager les femmes scientifiques. Au Cameroun, plusieurs femmes ont déjà été distinguées, notamment le Dr Agnès Doumba qui a eu le prix de la jeune chercheure, et deux femmes de L’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales ont également reçu des prix. Nous remercions L’Oréal et les encourageons à en faire davantage,  parce que ce qu’ils font nous aide beaucoup. Ces prix inspirent nos jeunes femmes et leur donnent un peu d’argent pour faire de la recherche. La recherche scientifique est très importante pour le développement d’un pays et il faut qu’on y investisse de plus en plus.

Quels sont vos espoirs et vos aspirations pour les futures générations de chercheuses africaines?

J’ai un groupe qui s’appelle Higher Women Consortium et qui est spécialisé dans le mentorat holistique. On y retrouve 30 femmes professeures et 150 jeunes qui sont à l’université ou alors qui entament leurs carrières dans la recherche scientifique.  Notre consortium travaille à améliorer la vie scientifique et la vie familiale de ces femmes. Nous organisons des ateliers, des webinaires et nous sensibilisons les jeunes femmes à certaines occasions comme le 8 mars (Journée internationale des droits de la femme, Ndlr). Nous allons également dans les établissements d’enseignement secondaire où nous parlons avec les jeunes filles et nous avons commencé aussi avec cela dans les écoles primaires. On espère l’étendre, et pas seulement au Cameroun, mais aussi en Afrique centrale. Nous avons vu comment ces activités ont aidé les femmes.

Quelles sont vos perspectives, après l’obtention de ce prix?

Je vais continuer à œuvrer pour ces jeunes scientifiques. Mon laboratoire est disponible et équipé, et plusieurs jeunes y travaillent. Cela me fait plaisir de les voir évoluer. Je vais davantage travailler avec le Consortium pour m’assurer qu’on ait beaucoup plus de femmes qui s’engagent dans le domaine de la science et on va accompagner ces chercheures dans la recherche des  financements extérieurs, pour que nous ayons une recherche de meilleure qualité qui se fait au Cameroun.