Pr Pierre Ongolo Zogo : Il y a une réduction de la mortalité aux urgences

L’Hôpital central de Yaoundé a présenté à la presse, le 12 août 2026, son magazine d’informations intitulé « Bulletin santé Messa ». Lors de la conférence de presse y relative, le directeur de l’institution est revenu sur la réforme de la tarification qui y est en vigueur. Une approche qu’il dit être porteuse de fruits.

Guy Martial Tchinda 

 

L’Hôpital central dispose désormais d’un magazine d’information intitulé « Bulletin santé Messa ». Qu’est-ce qui justifie la mise sur pied de ce document dont les premiers numéros ont été présentés à la presse à Yaoundé le 12 août 2026 ?

Le 19 mars 2025, jour de l’installation officielle du nouveau directeur de l’hôpital, le ministre de la Santé a été très clair sur le cahier des charges et les attentes vis-à-vis de la nouvelle direction. Dans cet exercice visant à redorer le blason de l’Hôpital central de Yaoundé, la plus ancienne institution hospitalo-universitaire de notre pays, il y avait une composante particulière : transformer, métamorphoser, mais surtout documenter afin que chacun puisse apprendre et que l’on partage les leçons tirées sur ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, et sur la manière de bien faire. Ce bulletin, né au début de cette année, va occuper une place centrale dans la presse et la communication institutionnelle. Son rôle est de rendre compte des progrès et de partager les leçons apprises des efforts de transformation au sein de notre établissement. L’idée de ce magazine est aussi de retracer l’histoire de cet hôpital pour qu’elle soit connue.

En parlant d’histoire, vous avez rappelé que l’Hôpital central de Yaoundé est la plus vieille institution hospitalo-universitaire du Cameroun…

Les premiers médecins formés au Cameroun l’ont été à l’Hôpital central avant la création du CHU en 1978. L’école de médecine ayant ouvert en 1968-1969, le premier hôpital d’application était ici. Les premiers infirmiers et techniciens de laboratoire y ont également été formés. Nous devons documenter cette dimension historique ainsi que les transformations qui s’y sont opérées pour en tirer des enseignements.

Cet hôpital se trouve au cœur du système hospitalier national. Le 24 novembre de cette année, cela fera exactement 95 ans que l’administrateur colonial a créé le poste médical de Yaoundé. Jusqu’alors, il s’agissait simplement d’équipes mobiles, et ce poste médical équivalait à ce qu’on appelle aujourd’hui un centre médical d’arrondissement. À partir de ce moment-là, des soins ambulatoires ont été dispensés par un médecin et une équipe fixe. Le premier bâtiment sous forme d’hôpital a été le fameux pavillon Pasteur, dont le chantier s’est achevé en 1933. Cependant, avant cette date, les patients venaient déjà en consultation sur ce site.

Comment la publication d’un magazine peut-elle s’inscrire concrètement dans une démarche de réforme administrative et hospitalière ?

La gouvernance hospitalière moderne exige de rendre compte et repose sur la participation inclusive ou gouvernance participative. On ne peut concevoir le changement sans que chaque acteur en soit le moteur. À formation égale, nos pratiques peuvent différer. Le Bulletin santé Messa ambitionne ainsi d’être le reflet d’une parole crédible et durable au service des patients, du personnel et de l’ensemble des partenaires soutenant ces mutations.

Parmi les transformations engagées et documentées justement dans l’un des numéros de ce magazine, il y a la question sensible des coûts des soins et des services. En quoi consiste la nouvelle tarification en vigueur à l’Hôpital central de Yaoundé depuis un moment ?

En dehors des consultations, le paiement à l’acte a été remplacé par une tarification forfaitaire lors des hospitalisations. Cette tarification forfaitaire vise à éliminer les goulots d’étranglement dans la chaîne des soins. Auparavant, lorsqu’un patient victime d’un accident arrivait sans que son pronostic vital soit engagé, on lui demandait d’acheter des tickets, des gants ou du matériel avant de le prendre en charge. Les soignants attendaient pendant que les proches cherchaient le financement, ce qui générait du stress et des retards.

Concrètement, qu’est-ce qui change ?

Désormais, dès l’arrivée du patient, le médecin effectue un triage. Pour une situation intermédiaire (niveau 1) nécessitant des soins légers (nettoyage, pansement, sérum antitétanique), un forfait fixe est appliqué et le patient peut repartir. Si une hospitalisation s’impose avec des examens de laboratoire ou de radiologie, le patient est catégorisé. Les soins commencent immédiatement et la famille est informée du coût journalier, couvrant les examens, les soins et les médicaments. Il n’est plus nécessaire d’aller chercher des produits dans des pharmacies extérieures, tout est disponible sur place.

Qu’en est-il pour les interventions lourdes comme la chirurgie ?

Pour une intervention chirurgicale, les ordonnances préalables pour l’anesthésie, les fils de suture, le sang ou l’oxygène sont supprimées. Un forfait est établi selon la durée de l’acte opératoire. Le coût est prévisible, transparent et sans frais cachés.

Quels bénéfices directs observez-vous déjà sur le terrain depuis la réforme de cette tarification ?

Cette approche repose sur deux principes : permettre aux soignants de se concentrer sur leur travail et aux familles de gérer la partie financière sans conflit, d’une part, et instaurer une solidarité et réduire le gaspillage, d’autre part. Par le passé, des familles achetaient des boîtes entières de médicaments dont seules quelques ampoules étaient utilisées, le reste étant perdu.

Cette réforme humanise la prise en charge. Les statistiques montrent déjà une baisse de la mortalité aux urgences et une disponibilité accrue des médicaments. De même, elle réduit les conflits entre les familles de malades et les personnels de santé.

On a souvent reproché aux hôpitaux, parmi lesquels l’Hôpital central de Yaoundé, de retenir les patients insolvables. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Sur le plan éthique, aucun patient ne devrait être retenu en raison d’une incapacité de paiement. Séquestrer un malade immobilise un lit au détriment d’un autre citoyen et perturbe le fonctionnement du service. Si un patient ne peut pas régler sa facture dans les délais, cela confirme son insolvabilité. Les frais hospitaliers s’apparentent à une taxe ou à un timbre fiscal payé pour bénéficier d’un service public ; retenir un usager est donc contre-productif. Il convient de le laisser sortir pour qu’il puisse trouver les moyens de s’acquitter de sa dette. L’expérience montre d’ailleurs que la majorité des patients traités dignement reviennent régler leurs factures. Il n’existe plus aucune cellule de rétention à l’Hôpital central.

Comment gérez-vous alors le cas des patients réellement indigents ?

En pratique, lors d’une urgence, le triage est effectué, le traitement démarre et la famille est informée de la prise en charge financière. Moins de 5 % des usagers en urgence se trouvent en situation d’impossibilité de paiement. Certains prennent des engagements, tandis que les cas d’indigence sont orientés vers le service d’action sociale et la commission d’indigence. Le ministère des Affaires sociales a d’ailleurs ouvert une ligne budgétaire en faveur de l’Hôpital central pour couvrir ces situations (femmes enceintes démunies, personnes âgées, etc.).

Pour les interventions programmées, le patient est informé au préalable et doit s’acquitter des frais avant son admission. Si une difficulté financière survient lors du décompte d’hospitalisation, une requête peut être déposée auprès de la commission d’indigence. Après une enquête sociale menée par des assistantes sociales, les créances peuvent être passées en pertes et profits ou faire l’objet d’un arrangement financier avec la famille.

Le leitmotiv des professionnels, que nous souhaitons voir partagé par l’ensemble des usagers, est le suivant : « Transformons l’Hôpital central en l’hôpital que nous souhaitons pour nous-mêmes. » En tant que médecin ou usager, les prestations fournies et la qualité de l’accueil correspondent-elles à nos attentes ? Cela implique une série de transformations avec pour objectif d’obtenir l’accréditation et la certification de notre établissement selon les normes hospitalières en vigueur.