Du plomb, du cadmium, du chrome, etc., ont été détectés dans des échantillons de poulets de chair et d’œufs, selon une récente étude, l’Interprofession avicole conteste.
Michel Enony

Tout commence par une publication discrète, mise en ligne en septembre 2026. Elle finit par embraser les réseaux sociaux et les étals des marchés. L’étude, menée par des chercheurs de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (Impm), dirigée par Fabrice De Paul Tatfo Keutchatang, établit un constat alarmant. Du plomb, du nickel, de l’arsenic, du cadmium, du chrome et du mercure ont été détectés dans des échantillons de poulets de chair et d’œufs provenant des régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest. Toutes ces régions sont les principaux bassins de production du pays.
Ces composants accumulés dans l’organisme représentent un facteur de risque majeur de cancer et d’autres pathologies graves à long terme.
Pire, la recherche pointe la présence de chloramphénicol, un résidu de médicament vétérinaire interdit et reconnu cancérigène. Selon le chercheur, « durant les enquêtes, nous n’avons pas identifié de fermes qui affirmaient utiliser les nitrofuranes. Mais lorsqu’on est parti dans l’analyse de ces tissus-là, on a retrouvé du chloramphénicol ».
Une contamination croisée et cumulative qui trouverait sa source dans les pesticides et engrais utilisés pour les cultures destinées à l’alimentation des volailles, mais aussi dans l’usage anarchique d’antibiotiques. Le mercure se concentre dans les foies de poulets, atteignant des concentrations de 798,3 à 845,5 microgrammes par kilogramme, soit jusqu’à 281,8 fois le seuil maximal retenu par les auteurs. Le cadmium, lui, flirte avec les 27,3 à 29,6 µg/kg dans les muscles. Des dépassements vertigineux qui, rapportés à l’échelle d’une filière produisant plus de 100 millions de poulets et près de 3 milliards d’œufs par an, font peser une menace sanitaire majeure sur des millions de consommateurs.
La riposte ne s’est pas fait attendre. Le 6 octobre 2026, dans un communiqué au vitriol intitulé « Qui veut tuer la filière avicole au Cameroun ? », le président de l’Interprofession Avicole du Cameroun (Ipavic), François Djonou, sort de sa réserve. L’organisation professionnelle ne conteste pas frontalement la véracité des analyses, mais s’attaque à la méthodologie et au timing de l’étude. « L’échantillon retenu est insuffisant et pas assez représentatif pour soutenir un jugement alarmant », fulmine le communiqué.
En effet, seuls 48 poulets et 180 œufs ont été prélevés dans trois des dix régions du pays. Pour l’Ipavic, c’est une goutte d’eau dans un océan de production. « S’appuyer sur 48 poulets exclusivement prélevés dans 3/10 régions pour jeter l’opprobre sur 107 millions de poulets, soit 0,000047 %, est tout bonnement ridicule », s’indigne l’interprofession, qui dénonce un « écart scientifique encore plus criard » concernant les œufs.
L’Ipavic soupçonne une déstabilisation économique. L’Ipavic rappelle que le secteur avicole camerounais emploie plus de 320 000 personnes directement et près de 250 000 indirectement, et qu’il a réalisé une progression spectaculaire, passant de 68 millions de poulets en 2011 à plus de 102 millions en 2026. « Face à ce qu’elle considère comme une tentative de distraction, l’Interprofession appelle les éleveurs à poursuivre sereinement leurs activités dans le respect des normes », peut-on lire dans le communiqué. Une manière de rassurer les consommateurs, mais aussi de protéger un marché de 1 170 milliards Fcfa, particulièrement vulnérable à l’approche des fêtes de fin d’année, période de forte demande.
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Le secrétaire permanent à l’Interprofession avicole revient sur l’étude de l’Impm et rassure les consommateurs sur la qualité des produits mis sur le marché.
Michel Enony

Une étude réalisée par l’Institut de recherche médicale et de plantes médicinales a publié une recherche récemment. Cette étude révèle la présence de métaux lourds dans du poulet et des œufs. Quelle lecture faites-vous de cette étude ?
L’étude a alarmé. Il faut dire que cette étude a alarmé les producteurs. Vous savez, l’Ipavic c’est l’organisation des producteurs. Sauf que nous produisons pour un marché. Donc le fait que le discrédit soit jeté sur les produits de la filière de manière si légère a inquiété les producteurs. Cela a davantage inquiété les consommateurs, qui sont les clients de ces producteurs. Comprenez qu’on ne pouvait que réagir.
Au-delà de la controverse autour de l’échantillon de l’étude :48 poulets et 180 œufs, quelles sont les dispositions que l’Ipavic impose à ses éleveurs pour garantir une qualité irréprochable des produits mis sur le marché ?
Dans notre pays, la production est réglementée. Le secteur de l’élevage est organisé au niveau du gouvernement par le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales. Là-bas, il y a toute une direction de la sécurité sanitaire vétérinaire. Et un certain nombre de règles sont prescrites par le gouvernement, étendues à l’Agence des normes et de la qualité, qui sont donc des guidelines qui entourent le protocole de production.
Donc disons que le problème posé par cette étude est l’interprétation qui en a été faite. Même l’auteur de l’étude s’est abstenu d’indiquer que les produits camerounais étaient impropres à la consommation. Seul le dépassement des seuils réglementaires fixés par le Codex Alimentarius est de nature à alarmer les consommateurs.
L’aviculture a la particularité de présenter des cycles courts mais répétitifs. Donc croyez bien que, depuis 20 ans ; si je m’en tiens à 2006, date de création de l’Ipavic, au Cameroun, vous avez consommé du poulet et des œufs sans jamais entendre parler de risques sur la santé des populations. Donc il est inutile aujourd’hui de m’attarder sur une question de protocole. Le protocole, il est connu, il est universel et il est même simple à suivre. D’accord.
Comment identifier un produit sain et comment est-il certifié ?
Il reste bien entendu que la production est diversifiée sur l’étendue du territoire, parce que l’essentiel du poulet consommé aujourd’hui au Cameroun est produit par des Camerounais. Mais maintenant, celui qui est produit dans des circuits contrôlés ne présente véritablement pas de risques particuliers, et le gros du poulet que vous consommez aujourd’hui est issu de ces circuits-là. Vous savez, l’État a d’ailleurs mis en place une taxe qu’on appelle la taxe d’inspection vétérinaire et sanitaire, qui s’applique systématiquement aux produits d’élevage. Et ces contrôles-là sont effectués tant sur les marchés que dans les exploitations, et ils sont soumis à règlement au titre de l’impôt. Donc, seules ces habilitations-là permettent de vous assurer que les entreprises avicoles respectent les protocoles.
Opacité
Michel Enony
Derrière la polémique, avouons-le, l’ascension de la filière avicole camerounaise force le respect. De 68 millions de poulets en 2011 à plus de 102 millions en 2026, elle incarne l’autosuffisance et fait vivre 320 000 personnes.
L’étude de l’Impm septembre 2026, brandie comme un couperet, menace de tout balayer. 48 poulets contaminés suffisent-ils à condamner 107 millions de volailles ? L’Ipavic crie au complot, évoquant un échantillon non représentatif (0,000047 %).
Pourtant, derrière la défense légitime d’une filière qui a eu tant de mal à éclore, une réalité persiste : l’opacité des normes sanitaires (Nc 45 :2001-20). En pointant du doigt les métaux lourds, cette étude ne détruit peut-être pas la filière, mais elle expose sa vulnérabilité. Qui veut vraiment tuer la poule aux œufs d’or camerounaise ?
En rappel, c’est depuis 2006 que l’importation du poulet de chair et du poulet congelé est interdit au Cameroun.



