La Commission des droits de l’homme du Cameroun alerte sur la marginalisation des femmes autochtones et appelle à mieux préserver leurs connaissances traditionnelles.
Rebara Habra
James Mouangue Kobila, président de la Cdhc.
La 32e édition de la Journée internationale des populations autochtones a été célébrée le 9 août 2026. Placée cette année sous le thème « Rendre hommage aux sages-femmes autochtones : préserver la vie et le bien-être », cette journée a été l’occasion pour la Commission des droits de l’homme du Cameroun (Cdhc)de rappeler les obstacles qui continuent de peser sur les populations autochtones, notamment les femmes. La Cdhc dénonce leur faible participation à l’élaboration des politiques publiques qui les concernent, particulièrement dans les domaines de la santé, de la protection sociale et du développement communautaire.
Dans sa traditionnelle déclaration, le président de la Cdhc, James Mouangue Kobila, a exprimé l’inquiétude de l’institution chargée de la promotion et de la protection des droits de l’homme face à « l’érosion progressive des connaissances traditionnelles liées à la grossesse, à l’accouchement et aux soins du nouveau-né ». Ces savoirs, souligne la Commission, sont fragilisés par le vieillissement de leurs détentrices, l’absence de mécanismes structurés de transmission ainsi que par les mutations sociales et culturelles qui traversent les communautés.
À cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux soins. Dans plusieurs communautés autochtones, les barrières géographiques, économiques, linguistiques et culturelles compliquent l’accès des femmes à des services de santé maternelle, néonatale et infantile adaptés. La faible prise en compte des langues autochtones dans les campagnes de sensibilisation constitue également, selon la Cdhc, un frein à l’accès à une information de qualité.
L’institution regrette, par ailleurs, le manque de dialogue entre les professionnels du système de santé formel et les détentrices des savoirs traditionnels. Une situation qui empêche, selon elle, de construire une complémentarité entre les pratiques communautaires et les exigences de la santé publique.
Corruption
La déclaration ne fait pas l’impasse sur la corruption. Pour la Cdhc, ce phénomène compromet directement l’accès des populations autochtones aux droits économiques et sociaux. Les ressources destinées à la santé, à l’éducation, à la protection sociale et à la préservation du patrimoine culturel peuvent être détournées, dénonce l’institution.
La Commission établit également un lien entre corruption et exploitation illégale des terres, des forêts et des ressources naturelles dont dépendent les communautés autochtones. Dans le domaine de la santé, elle estime que ce phénomène peut priver les structures de base de médicaments, d’infrastructures et de programmes destinés à accompagner les sages-femmes autochtones.
La Cdhc demande enfin que la lutte contre les discriminations visant les populations autochtones soit renforcée, notamment afin de leur garantir un accès équitable à la justice, à l’état civil, à l’éducation et aux services publics essentiels.



