
Dans un texte signé ce 31 juillet 2026, date de fin de la première prorogation, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a repoussé de 46 jours les opérations jusqu’au 15 septembre.
Michel Enony
C’était inévitable ! Ce 31 juillet 2026, le 4e Recensement général de la population et de l’habitat, couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage, est encore prorogé jusqu’au 15 septembre. Le Premier ministre (Pm), Joseph Dion Ngute, vient de signer l’arrêté y relatif. « Il est fixé, sur l’ensemble du territoire national, une période complémentaire de ratissage des opérations mutualisées du dénombrement du 4e Recensement général de la population et de l’habitat et du module de base du Recensement général de l’agriculture et de l’élevage. La période complémentaire mentionnée à l’alinéa 1 s’étend du 1 août 2026 au 15 septembre 2026 », a-t-il signé. Les équipes disposent désormais 46 jours supplémentaires pour ratisser le territoire.
Après l’échec de la phase initiale arrivée à son terme, le Pm avait déjà signé un décret de prorogation le 29 mai 2026. Pourtant, le chemin fut chaotique. Lancées le 24 avril 2026 pour une durée initiale de 35 jours, ces opérations mutualisées ont dérapé. Les plus de 30 000 agents, déployés pour la première mise à jour démographique depuis 2005, n’ont pas vu la couleur de leurs indemnités. Résultat : des mouvements de grève, des zones entières non couvertes et une première prolongation jusqu’au 31 juillet.
Aujourd’hui, c’est une deuxième rallonge que le gouvernement accorde. Officiellement, il s’agit de « parachever les opérations de dénombrement à travers le renforcement de la couverture des ménages, des personnes et des exploitations agricoles », peut-on lire dans l’article 2. Mais, le pari reste immense. Car, les obstacles n’ont pas disparu avec la signature du nouvel arrêté. Néanmoins, les autorités se veulent rassurantes. Elles revendiquent un taux de couverture inférieur à 60 % au 24 juillet soit 20% réalisé par mois. Le Comité technique des activités mutualisées n’a pas mis les chiffres actualisés à notre disposition.
Cet autre glissement pose encore des problèmes. D’abord la question financière. Au préalable, le budget établi pour cette opération était de 13,2 milliards Fcfa. La contribution de la Banque mondiale est de 7 milliards Fcfa. L’État camerounais n’a pas prévu de rallonge dans la loi de finances 2026 ; sa contribution s’élève à 6,2 milliards Fcfa. 6 milliards supplémentaires ont ainsi été débloqués en juin, puis 4 milliards il y a peu. Ce qui porte le coût total du processus à 23,5 milliards Fcfa.
Face aux multiples défis, le gouvernement mise sur un « ratissage » intensif. L’arrêté prévoit une supervision renforcée : gouverneurs, préfets et sous-préfets sont chargés de « veiller au bon déroulement » et de mobiliser maires, chefs traditionnels et leaders communautaires (…) pour faciliter l’accès aux concessions et « sensibiliser les populations à réserver un accueil favorable ».
Avec, jusqu’ici une opération en demi-teinte, en deçà des objectifs. L’enjeu dépasse le simple comptage. Comme le rappelle l’article 4, « toute personne résidant sur le territoire national est tenue de répondre », et les données recueillies sont « strictement confidentielles ». Mais des données partielles ou biaisées compromettraient la planification des politiques publiques pour les années à venir. « Si les données sont faussées, ce sont des écoles, des hôpitaux, des routes, et jusqu’à la représentation parlementaire qui sont en jeu », alertent des observateurs.
Les 46 jours de ratissage s’annoncent donc comme une course contre la montre. Les équipes devront achever l’identification des ménages non encore identifiés, rechercher les exploitations agricoles oubliées, contrôler la couverture géographique et intensifier la communication. Le tout sous une supervision administrative renforcée. Environ plus de 40 % de la population reste en attente de dénombrement.



