La 24e édition des journées culturelles et traditionnelles Mabi a connu comme d’habitude, son apothéose le 15 décembre dernier sous le thème “se projeter vers l’avenir” qui a mis en avant l’importance de la transmission de la culture Mabi aux générations futures.
Par Lazare Kingue

Dans le chef-lieu du département de l’Océan, la journée du 15 décembre chaque année, plus qu’une légende, demeure le symbole vivant d’un peuple dont la notoriété traverse toutes les frontières : le peuple Mabi. Comme à l’accoutumée, fils et filles de ce grand groupement ethnique ont célébré l’apothéose de leurs journées culturelles et traditionnelles dénommées Nguma Mabi. Un festival unique, véritable cocktail patrimonial physique et immatériel. Une diversité culturelle qui s’est une fois de plus dévoilée au monde à travers un rituel traditionnel propitiatoire effectué par l’ensemble des chefs traditionnels des 23 villages et deux groupements qui constituent ce grand peuple. Avec tout à côté, une parade artistique savamment orchestrée par Jean Prosper Dimi, qui a mis en exergue l’homme et la femme Mabi dans toute leur dimensité. «Le Mabi est un peuple hybride, qui maîtrise l’eau, connaît la forêt et même l’air. De 6h du matin à 18h du soir, le Mabi est un homme occupé, dans toutes les composantes des activités de tout peuple bantou».
Se sont ainsi succédé, à la place des fêtes de Kribi, devant une foule massive sortie pour le carnaval, des scènes de danse atypiques présentées par des enfants. Lesquelles ont mis en exergue la vie quotidienne du peuple Mabi, qui se résume par la chasse, la pêche, la cueillette, la cuisine traditionnelle et la pharmacopée. « La première scène montrait que le Mabi est un homme mobilisé pour le modernisme. Nous avons voulu rendre hommage au Cameroun qui est notre chère patrie, par le vivre ensemble. Puis nous sommes rentrés du modernisme à l’ancestralité. C’est là où nous avons présenté l’homme Mabi, puis la femme; tous formant un dans la maison. Ce qu’ils ont ramené de la chasse et du champ, va en cuisine. La femme s’y met et toute la famille mange. Le soir, très fatigué ou sentant des courbatures, l’Homme Mabi qui à l’origine ne se soigne pas à l’hôpital fait recours à la pharmacopée traditionnelle», a expliqué Jean Prosper Dimi.
Homme poisson
De la place des fêtes, arpentant les artères de la ville jusqu’à la plage de Wamie, point de chute du carnaval, le spectacle était émouvant et original dénué de toute obscénité à la différence des années passées. L’instant fatidique était l’arrivée de l’homme poisson et de son fils en initiation depuis trois ans. Ils sont sortis de l’eau après plusieurs heures de nage, tenant chacun une tortue marine pleine de vie. Ils étaient par ailleurs porteurs du message des ancêtres : l’amour du prochain, l’unité dans la solidarité ainsi que la transmission des valeurs ancestrales à la postérité. Ce qui cadrait avec le thème choisi pour l’édition rentrée en gare :” BUANGSA DUOH MANA : Se projeter vers l’avenir “. Le colis venu de l’eau a été déposé devant l’inspecteur général des services au ministère des arts et de la culture, ( Minac) Oyono Bitounou Valère, représentant le ministre, Pierre Ismael Bidoung Kpwatt, à la cérémonie de clôture du Nguma Mabi. En lieu et place de la présidente du comité d’organisation Véronique Manzoua Epse Moampea Mbio, empêchée, le patriarche Bouedjila a rappelé l’objectif du festival à savoir préserver et promouvoir la culture Mabi, la transmettre aux générations futures, renforcer les liens entre les membres de la Communauté et contribuer à la construction de l’unité nationale. « Le Nguma Mabi est un événement qui permet au peuple Mabi de se reconnecter à ses racines et de partager la richesse de sa culture. C’est une occasion de se réunir et de renforcer les liens qui unissent les membres de notre communauté»,
a-t-il souligné.
Le représentant du Minac a félicité les organisateurs du festival pour leur travail et a encouragé la poursuite de la promotion des valeurs ancestrales, en faisant savoir l’importance de la culture dans la construction de l’unité et de l’intégration nationale. « La culture est le ciment, le ferment et l’aliment de l’unité et de l’intégration nationale », a déclaré le Président de la République, son Excellence Paul Biya, dans son ouvrage « Pour le Lbéralisme communautaire ». Le Nguma Mabi constitue un bon exemple de cette intégration, car il intègre des valeurs de la forêt dense et de l’eau», a conclu Oyono Bitounou Valère.
Notons que Véronique Manzoua Epse Moampea Mbio, présidente du comité d’organisation, a ouvert le bal des activités le samedi 6 décembre lors d’un culte œcuménique, marquant ainsi le début d’une série d’événements qui se sont succédé, jusqu’au 15 décembre, notamment la marche sportive, des danses traditionnelles, un tournoi de football, l’art oratoire et culinaire Mabi, une foire artisanale et artistique, l’élection de la Miss Nguma 2024, la course des pirogues moustiques et des causeries éducatives dans les chefferies.
Cette édition a mis en exergue la transition générationnelle en cours au sein du peuple Mabi, avec pour objectif de préserver et de promouvoir la culture et les traditions de ce peuple bantou, dont l’ambition est d’entamer dans un proche avenir la construction d’une case communautaire à la hauteur de sa diversité culturelle.



