Paul Batibonak : « La candidature du Cameroun ne manque pas d’atouts »

Par Cyril Essissima



Paul Batibonak

En réponse aux vœux des membres du corps diplomatique, le président de la République a sollicité le soutien de leurs pays respectifs à la candidature du Cameroun à la présidence de la 79e Assemblée générale de l’Onu. D’après vous, la voix de Paul Biya peut-elle être audible dans un contexte de multiplication et d’exacerbation des tensions à travers le monde ?

La cérémonie de présentation des vœux au Chef de l’État était un moment approprié pour inviter les plénipotentiaires des pays membres des Nations Unies à soutenir la candidature du Cameroun à la 79e Assemblée générale de l’Onu. Et le président Paul Biya l’a fait. Sa voix est plus qu’audible, en particulier lorsqu’il parle de paix au monde. N’oubliez pas que la respectabilité d’une personnalité sur la scène internationale ne se réduit pas à sa visibilité.

Il convient de relever que la conflictualité n’est pas nouvelle dans les relations internationales. Or, le monde a besoin de paix en ce moment. Et celui qui parle de paix doit être en mesure de revendiquer une certaine légitimité. Les Nations Unies étant le lieu de la décision et la référence finale en matière de paix et de sécurité dans le monde, il était impératif pour le Cameroun d’envisager d’occuper la présidence de l’Assemblée générale de cette instance pour faire entendre la voix du Cameroun.

L’incapacité des grandes puissances à s’entendre sur les règles de distribution des gains réels et symboliques est un moment favorable pour rendre plus audible la voix d’un État neutre, qui sait garder l’équidistance et que promeut la paix. Il n’est pas facile de trouver mieux que le Cameroun dans ce contexte de reconfiguration géopolitique.

Quels sont les atouts ou les chances du Cameroun de bénéficier de la caution des autres nations ?

La candidature du Cameroun ne manque pas d’atouts. L’ancien Premier ministre Philemon Yang présente un profil idéal pour le poste. Bel homme, d’une bonne taille, fort, manifestement en bonne santé, toujours dignement vêtu, à première vue affable et inoffensif, parfaitement bilingue, il inspire toujours confiance dès le premier abord. Pour ceux qui, comme moi, ont travaillé quelques fois avec lui, ils ont pu remarquer sa ponctualité. Il est toujours orienté par l’objectif, excellent dans la concision et parfaitement conscient du besoin de consensus lors des discussions. J’espère que le Cameroun ne négligera pas ces aspects.

Pour un homme de droit, ancien ambassadeur qui a longtemps travaillé aux côtés du chef de l’État, étant régulièrement son représentant personnel aux sessions de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, il y a des raisons de trouver en lui une véritable égérie de la diplomatie multilatérale africaine aux regards de ses prises de paroles en sage africain dans les instances africaines et internationales. La réalité de la complexité de cette arène multilatérale impose néanmoins au gouvernement camerounais de considérer la concurrence au poste.

Je saisis cette occasion pour indiquer que lors des activités préparatoires à la tenue de la Conférence sur l’environnement à Stockholm en 1972, la Suède avait obtenu le soutien des grandes puissances et pris ainsi le leadership mondial sur une question nouvelle non sur la base de son poids géopolitique mais sur la base d’une certaine diplomatie scientifique. Chaque pays a donc ses atouts et devrait savoir les mobiliser. À cet égard, les négociateurs camerounais ont un certain savoir-faire diplomatique. Le président Paul Biya est en phase avec les pays de l’Afrique Centrale, de l’Afrique francophone, ainsi que les membres du G7. Le Cameroun ne manque pas d’arguments pour obtenir les suffrages des membres du groupe des États ACP.  Il est apprécié par la Russie et respecté par la majorité des BRICS.

Confronté aux problèmes de gouvernance, la crise dans sa partie anglophone, sans oublier la longévité au pouvoir du chef de l’État, ces facteurs ne pourraient-ils pas jouer en défaveur de la candidature du Cameroun pour présider cette Assemblée générale ?

Il est évident que la concurrence aimerait convoquer un tel argument pour fragiliser la démarche du Cameroun. En revanche, il n’est pas évident que la concurrence dispose de meilleurs arguments que le Cameroun.S’agissant précisément de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, notre pays étant la pupille des Nations Unies, la compréhension du dossier ne saurait échapper à cette organisation mondiale qui en est saisie. La question y est débattue depuis des années. Le gouvernement camerounais n’a jamais pris à la légère les revendications des populations. Il a plutôt choisi de camper sur les nombreux et solides points de droit en améliorant la mise en œuvre des principes gouvernanciels. Bien plus, il s’est inscrit sur la politique de retenue et de la main tendue, en bon « mendiant de la paix », pour démontrer sa volonté de maintenir un dialogue constructif et non éruptif. Les progrès sur le terrain témoignent de ce que l’axe retenu est le bon et que le pays a besoin de plus d’actions sur le terrain et de temps. Les nations partenaires qui accompagnent le Cameroun dans cette démarche n’ont pas la mémoire courte. Ils sauront apprécier les efforts et les progrès de notre pays.

Au final, quelles pourraient être les retombées d’un tel objectif s’il se réalise ?

Les retombées sont énormes en termes de visibilité, de crédibilité, mais également en termes d’opportunités. Les interactions se multipliant, nous pouvons faire confiance à la diplomatie camerounaise pour se déployer de manière optimale en sorte de faire avancer les intérêts de notre pays et de rendre la fierté à l’Afrique en occupant ce poste.