Près de deux semaines après l’ouverture des travaux le 5 mars dernier, les deux chambres sont étrangement inactives du fait de la santé chancelante du président sortant du Sénat.

Par Cyril Essissima
S’achemine-t-on vers une session blanche et sèche au Parlement ? Le silence qui règne dans les deux chambres depuis près de deux semaines après le début de la première session ordinaire de l’année 2024, est plus qu’intriguant. Que ce soit à l’Assemblée nationale ou au Sénat, tout est à l’arrêt. Les deux hémicycles sont désespérément sans vie. Pas l’ombre d’un parlementaire dans les parages.
Dans l’administration de chacune des chambres, personne ne peut et ne veut parler. Quand on essaie de le faire, c’est à demi-mots. « Les activités ne sauraient tarder à reprendre », bredouille une source. La raison de cette inactivité est néanmoins donnée sous le couvert de l’anonymat. Et la réponse est bien celle qu’on s’imaginait depuis un moment. « La session est bloquée parce que le Rdpc veut reconduire Niat et il faut la présence de celui-ci. Pourtant sa santé ne lui permet pas toujours de prendre l’avion de Paris où il est sous soins, pour venir à Yaoundé », renseigne un député. D’autres sources indiquent cependant que malgré les efforts pour le ménager afin qu’il regagne l’hémicycle, le président sortant du Sénat a rechuté alors que l’avion médicalisé était déjà affrété à Genève en Suisse où il est interné.
En effet, la première session ordinaire de l’année, comme le consacre la Constitution, est spécialement dédiée à l’élection des présidents et des bureaux des deux chambres (articles 16 alinéa 2 et 21 alinéa 2). Si à l’Assemblée nationale Cavaye Yeguié Djibril est au perchoir depuis 1992, et donc devrait logiquement rempiler, c’est une véritable inéquation qui se pose pour le parti au pouvoir s’agissant du Sénat où Marcel Niat Njifenji (90 ans en octobre prochain) est président depuis 2013 que cette institution est effective. Sur son état de santé, la deuxième personnalité de la République n’a pas pris part à la plénière d’ouverture parce que n’étant pas au pays.
Paul Biya va-t-il remplacer son vieil ami ?
A noter que sur les 30 jours maximums que doit durer la session, 13 jours ont déjà été consommés pour ne rien faire. La question aujourd’hui n’est plus de savoir si Marcel Niat Njifenji sera remplacé, mais par qui le président de la République Paul Biya va-t-il remplacer son vieil ami ?
L’autre problème avec ce blocus est que tant que les bureaux du Parlement ne sont pas renouvelés, les deux membres récemment nommés au Conseil constitutionnel ne peuvent pas prêter serment pour entrer en fonction. La reprise des travaux devrait également donner lieu à une loi de finances rectificative, suite à la hausse des prix des carburants.
Tout avait pourtant bien commencé le 5 mars dernier en ouverture des travaux. Le plus marquant reste le discours cinglant de la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale vis-à-vis de ses collègues. Laurentine Koa Mfegue a notamment invité les membres de la représentation nationale à faire leur « propre introspection ». Elle a d’ailleurs fustigé des comportements tels que l’inertie des uns, l’intrigue, la délation, les dénonciations calomnieuses, les guerres de positionnement, l’affairisme et la recherche effréné de l’argent, l’absentéisme à l’hémicycle.



