
Alors que certains internautes l’ont transformé en challenge, d’autres, par contre, en profitent pour rectifier le ministre Jacques Fame Ndongo, qui a déclaré qu’il s’agit là du subjonctif imparfait.
Lorine Claudia Agnang
« N’eussent été… » C’est la trend du moment sur les réseaux sociaux. Difficile pour certains internautes de formuler une publication actuellement sans y intégrer ce syntagme : « Toujours honorer ses parents, qu’importe qui vous devenez et qu’importe ce que deviennent vos parents… N’eussent été leurs sacrifices pour votre réussite, vous n’auriez pas eu la chance de devenir de grands hommes » ; « Président Samuel Eto’o, Il aurait fallu que vous nommassiez cette dame entraîneure pour que nous constatassions que nous avons de la matière au Cameroun. N’eussent été votre clairvoyance et votre patriotisme, nul ne l’eût connue » ; ou encore « N’eussent été des courtisans tels Petit Jacko, point n’eussions-nous eu la honte des 32 gigas=500 gigas ».Des publications de ce genre se comptent désormais par milliers sur la toile. Mais ce « n’eussent été » a une histoire et prend sa source lors d’une cérémonie officielle.
En prononçant son discours d’ouverture des finales nationales des Jeux universitaires à Ebolowa, capitale régionale du Sud, Jacques Fame Ndongo, ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, relève une faute qui s’est glissée dans son texte : « Une merveille que je ne dévoile guère, n’eussent été… » ; « N’eussent été », répète-t-il avec insistance, pendant qu’il tente de retrouver un stylo dans une poche de son costume, avant d’ajouter : « Même ma secrétaire s’est trompée ». Telle une traînée de poudre, cette séquence vidéo de sa prise de parole s’est répandue sur le Web, déclenchant une avalanche de réactions : « On parle comme ça le père ci est impeccable en langue…. Ça il faut le reconnaître » ; « C’est un agrégé en grammaire avant tout et c’est un professeur d’université de très haut vol. Il est devant les universitaires, donc c’est très normal. Il est pleinement dans son rôle, il le fait d’ailleurs chaque fois qu’il tient ses discours. On a Beau lui reprocher sa mauvaise gestion ministériel, mais en tant qu’enseignant, technicien de la grammaire et langue française de très haut vol, écrivain, il faut saluer l’artiste jacques Fame Ndongo et respecter ses connaissances dans le domaine. » ; « Ses secrétaires ont chaud avec lui hein il est d’abord plein intellectuellement » ; « Waaaaaa le tout puissant roi, sa majesté jacques 1er de nkolandom ».
La vidéo cumule déjà plus de 7 000 mentions « J’aime », 2 000 commentaires et 581 partages sur la seule page Facebook de Médiatude, sans compter ses multiples reprises par d’autres plateformes. Cependant, au-delà de la tournure humoristique de cette rectification en mondovision, d’autres voix s’élèvent pour recadrer l’érudit. Plusieurs linguistes et internautes avertis soutiennent en effet que « n’eussent été » n’est pas le subjonctif imparfait, comme le ministre l’a laissé entendre : « Le vrai «subjonctif imparfait» de «être» se dit : que je fusse, qu’il fût, qu’ils fussent. Rien à voir avec « eussent été ». Même l’Office québécois de la langue française classe ces formes comme le plus-que-parfait du subjonctif, employées en style soutenu pour dire « si ce n’était… ». » Un débat grammatical qui continue d’alimenter les conversations : qui a donc raison ?
Accord et emploi de n’eût été et n’eussent été

N’eût été et n’eussent été sont des formes verbales au subjonctif employées dans un style soutenu pour introduire une subordonnée conditionnelle. Elles s’accordent avec le sujet qui suit : n’eût été si le sujet est au singulier, et n’eussent été si le sujet est au pluriel.
Les formes n’eût été et n’eussent été sont utilisées dans un style soutenu ou littéraire pour introduire une phrase subordonnée qui exprime une condition ; elles ont comme équivalents si ce n’était, si ce n’avait été, s’il n’y avait, s’il n’y avait pas eu. N’eût été et n’eussent été sont des formes, à la négative, du verbe être au plus-que-parfait du subjonctif, d’où l’accent circonflexe sur eût. Ces verbes s’accordent avec le sujet qui suit : n’eût été pour un sujet singulier, et n’eussent été pour un sujet pluriel.
Signalons également que l’emploi de la préposition de entre ces verbes et leur sujet postposé est une erreur que l’on voit fréquemment. Par ailleurs, dans la phrase autonome, le verbe est habituellement au conditionnel passé et exprime un fait hypothétique passé, c’est-à-dire un fait qui aurait pu se produire, mais qui ne s’est pas produit. Sa demande aurait été acceptée, n’eût été l’expiration du délai. (et non : n’eût été de l’expiration du délai)
N’eût été le léger rose qui lui montait aux joues, on l’aurait crue indifférente. Leur parti aurait gagné, n’eussent été les allégations de leurs opposants.On peut également avoir, dans la phrase autonome, un verbe à l’imparfait qui exprime lui aussi, dans ce contexte, une action n’ayant pas eu lieu. N’eût été l’arrivée d’une enseignante exceptionnelle, son fils risquait de choisir un autre programme.
Soulignons que les formes n’était et n’étaient sont aussi utilisées dans des phrases et des conditions similaires, avec un sens semblable. Mais dans ces cas, le verbe de la phrase autonome est au conditionnel présent et exprime, en principe, un fait hypothétique présent ou futur. N’était son grand âge, il serait encore à courir le vaste monde. Elle quitterait cet emploi, n’étaient ses obligations immédiates.
Source : Vitrine linguistique
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