Mounir  Nji Amine: La régulation du cyberespace au Cameroun requiert une approche complète et intégrée

Expert en cybersécurité et hacking éthique, il donne, entre autres,  les raisons pour lesquelles le scamming ne cesse de prospérer et comment s’en prémunir.

 
Par Lorine Claudia Agnang


Tous les jours dans les rues,  on entend parler des scammers.  C’est quoi  un scammer ?


Un scammer est un escroc du numérique ou encore une personne qui, tirant profit des avancées technologiques, recourt à des méthodes frauduleuses et trompeuses dans le but d’obtenir des gains financiers illicites, principalement au sein du monde virtuel, que ce soit à travers l’espace cyber ou les réseaux de télécommunications. Leur modus operandi repose souvent sur l’exploitation de la méconnaissance des internautes et de leurs failles émotionnelles afin d’atteindre leurs objectifs. Les scammeurs utilisent habilement les technologies pour toucher le plus grand nombre de cibles, tout en cherchant à demeurer aussi anonymes que possible.


Le rapport 2021 de l’Antic révèle que le scamming constitue 61% des crimes commis dans le cyberespace camerounais.  Et bien que des chiffres n’existent pas, plusieurs personnes se plaignent d’avoir été arnaquées par des prisonniers. Selon vous,  pourquoi cette pratique prospère-t-elle de ce côté ?


La prolifération du scamming au Cameroun, comme indiqué par le rapport 2021 de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (Antic), soulève des interrogations. La persistance de cette pratique peut être attribuée à plusieurs facteurs, notamment l’absence de données précises, la cyber-impunité, la sophistication croissante des stratégies employées par les escrocs et les crises internes qui influencent forcément sur les objectifs nationaux de sécurité.


Comment reconnaitre qu’on est face à un scammer ?


La détection d’un scammer requiert une vigilance particulière et une analyse minutieuse des interactions. Plusieurs indicateurs peuvent alerter sur la nature frauduleuse d’une tentative d’escroquerie. Parmi ces signaux, on peut noter des demandes financières inhabituelles, même de faibles montants, visant souvent à évaluer la crédulité de la cible. De plus, la sollicitation excessive d’informations personnelles, la proposition d’offres alléchantes qui semblent trop belles pour être vraies, ou encore l’utilisation de canaux de communication non officiels, comme des comptes Facebook non certifiés pour des personnalités de haut rang, des courriels provenant de domaines génériques, sont autant d’indices de la présence d’un scammer. Il est crucial de rester vigilant face à ces pratiques et de vérifier la légitimité de toute communication suspecte.
Chaque jour quand on pense maîtriser leur mode opératoire,  ils inventent de nouvelles stratégies.  Ils ont envahi les réseaux sociaux, le e-commerce,  la cryptomonnaie et se jouent même des opérateurs.  Où se trouve la faille ?
La résilience des scammers face aux efforts de prévention s’explique par leur capacité à s’adapter. Ils exploitent les nouvelles technologies, diversifient leurs cibles et restent en constante évolution. La faille réside le plus souvent dans la méconnaissance, la négligence des utilisateurs ou la faiblesse émotionnelle.


Quelles mesures pensez-vous que le gouvernement puisse mettre en place, afin de traquer ces individus et mettre fin au phénomène de la cybercriminalité ? En d’autres mots,  comment réguler le cyberespace ?


La régulation du cyberespace au Cameroun requiert une approche complète et intégrée. Pour renforcer la sécurité numérique, le gouvernement pourrait envisager plusieurs initiatives stratégiques. Premièrement, il pourrait intensifier les efforts visant à renforcer les lois existantes sur la cybercriminalité, en les adaptant aux évolutions rapides du paysage numérique. Deuxièmement, la collaboration internationale devrait être consolidée, favorisant les échanges d’informations entre les organismes de sécurité nationaux et leurs homologues étrangers.
Parallèlement, des programmes éducatifs axés sur la cybersécurité pourraient être promus pour sensibiliser la population aux risques et aux bonnes pratiques en ligne. En outre, des investissements substantiels dans des technologies de pointe seraient nécessaires pour renforcer les capacités de détection et de prévention des cybermenaces.  Une collaboration étroite avec les acteurs du secteur privé, tels que les entreprises technologiques, les fintechs, les plateformes de livraison, les marchés en ligne, les réseaux sociaux locaux, et les plateformes de rencontres nationales, est également cruciale. Ces entreprises traitent une quantité considérable d’informations et de métadonnées qui pourraient jouer un rôle essentiel dans la résolution rapide des cas de cybercriminalité.

Quelles sont les best practices que toute personne devrait adopter, afin d’éviter d’être prise dans le piège des cybercriminels ?


Afin d’éviter de tomber dans les pièges des cybercriminels, il est impératif d’adopter des pratiques exemplaires. Cela comprend la protection minutieuse des informations personnelles, l’utilisation de mots de passe robustes, la vérification systématique des sources en ligne, et la mise à jour régulière des logiciels de sécurité. Pour illustrer, l’éducation sur les principes du modèle Zéro Trust devrait être encouragée. Ce modèle implique le développement d’habitudes consistant à vérifier de façon systématique et subtile chaque ressource et action dans l’environnement technologique, renforçant ainsi la sécurité globale. Il est évidement important que chaque utilisateur prend conscience que de sa sécurité que la cybersécurité doit se faire de façon collective et donc se protéger, protéger ses appareils c’est aussi protéger les autres.