Minawao : Fort taux de natalité enregistré dans le camp de réfugiés

Cette situation, telle qu’expliquée aux sénateurs par le Mindef, a entraîné une diminution de l’aide des Ong accordée à ces personnes vulnérabilisées.



Par Cyril Essissima


 

La situation est inquiétante dans le camp de réfugiés de Minawao. Le ministre délégué à la présidence, chargé de la Défense (Mindef), Joseph Beti Assomo, était face aux sénateurs le 21 juin dernier dans le cadre des questions orales. Il a notamment été invité à faire l’état des lieux de la situation sécuritaire dans certaines régions en crise dont celle de l’Extrême-Nord où se trouve le camp des réfugiés de Minawao.

On pouvait presque ressentir la gêne du Mindef précisément sur ce point. Pour cause, « les statistiques officielles font état d’un taux de natalité très élevé dans ce camp de réfugiés. Des enfants sont nés là il y a 5, 6 ou 7 ans, et qui aujourd’hui sont pour certains au CM1 », a-t-il indiqué. Ce n’est pas tout.

Joseph Beti Assogmo face aux sénateurs.

Le camp de Minawao compte à ce jour « 76 000 réfugiés nigérians », selon le Mindef. Les autorités camerounaises, avec l’appui des Ong notamment le Hcr et les populations locales, font de leur mieux pour assister ces personnes qui ont fui les violences dans leur pays. Toutefois, « on a constaté au fil du temps que beaucoup d’entre eux manifestaient peu d’empressement à rentrer au Nigeria », regrette le ministre qui reconnaît néanmoins que leur « retour doit être volontaire », car en raison du droit international, un réfugié ne peut être forcé de quitter son territoire d’accueil. L’Etat du Cameroun a donc « le devoir de continuer à veiller sur [elles], à veiller sur leur santé, à veiller sur les études de leurs enfants », ajoute le Mindef.

100 millions Fcfa

Une situation qui n’est pas sans conséquences sur les ressources disponibles. La preuve en est que « la plupart des Ong, y compris le Haut-commissariat aux réfugiés, semblent se lasser de cette attitude, et ont déjà à ce jour pratiquement suspendu leur aide à ces réfugiés qui sont sur notre sol », fait savoir le ministre. Leur subsistance dépend en grande partie des efforts consentis par le chef de l’Etat. Autrement dit, « ils tiennent actuellement grâce à une subvention particulière octroyée par Monsieur le président de la République à hauteur de 100 millions Fcfa », affirme Joseph Beti Assomo.  Des fonds mis à la disposition des autorités administratives de l’Extrême-Nord pour apporter assistance alimentaire et autres commodités à ces personnes vulnérables.

Outre l’argent débloqué, « le chef de l’Etat a mis leur disposition deux tracteurs qui sont en train de labourer un espace de 50 ha pour leur permettre d’y pratiquer de l’agriculture », fait savoir le ministre aux sénateurs. L’idée étant de les amener à cultiver ce qu’ils consomment et d’éviter ainsi une crise alimentaire qui pourrait leur être fatale. Ce sont en tout 100 ha qui sont actuellement en cours de labour, dont 50 ha pour les réfugiés et 50 ha au profit des populations riveraines.

S’agissant globalement de la situation sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, de l’Extrême-Nord et de l’Est, Joseph Beti Assomo affiche un certain optimisme en mettant en avant l’accalmie observée dans ces régions.



Le Mindef sur la situation sécuritaire dans les régions en crise

Joseph Beti Assogmo face aux sénateurs.

Les sénateurs voulaient être fixés sur la situation sécuritaire particulière dans certaines régions où il y a des crises sécuritaires. C’est le cas de la région de l’Extrême-Nord avec les opérations de lutte contre le groupe terroriste Boko haram qui se poursuivent. Nous avons près de 70.000 réfugiés nigérians qui sont sur notre territoire et qui ne peuvent repartir chez eux que sur la base de leur volonté. Ces réfugiés sont pour nous une charge parce que actuellement le chef de l’Etat a dû ordonner le déblocage d’une prise en charge à hauteur de 100 millions Fcfa et aussi l’acquisition des engins pour labourer 100 hectares de terrain pour leur permettre d’y pratiquer de l’agriculture.

Les opérations de lutte contre Boko haram, nous les poursuivront avec beaucoup d’acharnement en liaison avec les armées des pays membres de la Cblt (Commission du bassin du Lac Tchad, ndlr) dont le Cameroun, la République fédéral du Nigeria, le Niger et le Tchad. C’est vrai que la participation actuelle du Niger est relative pour des raisons internes à ce pays. La situation s’est améliorée mais Boko haram croyez-moi n’a pas encore dit son dernier mot. Les forces de défense et de sécurité poursuivent leurs opérations.

Dans la région de l’Est, c’est pareil. Nous avons assuré l’étanchéité de notre frontière avec la République Centrafricaine. Nous sommes en Rca dans le cadre de la Minusca qui est une mission de maintien de la paix de l’Onu. Les incursions que nous enregistrons autrefois des bandes armées centrafricaines sur notre territoire relèvent du passé. Mais nous avons enregistré dans cette région plus de 200 000 réfugiés centrafricains qui eux aussi s’y sont établis et manifestent comme de la réticence à repartir chez eux. Ça fait encore là pour nous une très forte charge pour les populations locales qui doivent continuer à vivre avec ces gens et nous devons veiller à ce que les camps de réfugiés, il y en a cinq dans la région de l’Est ne deviennent pas une source d’insécurité pour nos populations.

Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest les choses s’améliorent malgré tout. Mais il y a encore des points rouges où des bandes armées continuent à se manifester. Nos forces sont là-bas et continuent leurs opérations. Beaucoup de chefs de ces bandes ont été neutralisés au cours des derniers mois. Nous ne sommes pas là pour pavoiser parce qu’un seul terroriste a été neutralisé.

Nous disons que la paix revienne, elle ne peut revenir que si les appels du chef de l’Etat aux uns et aux autres à déposer les armes et à revenir sur le droit chemin si ces appels sont entendus.

En ce qui concerne les armées, notre travail c’est de rassurer et protéger les citoyens malgré ces périls et ces menaces. Je dois dire ici qu’en réalité beaucoup de ces troupes n’ont pas de substrat idéologique, séparatistes ou sécessionniste mais il y a là actuellement des gangsters qui se sont constitués, qui enlèvent, demandent des rançons et prennent des otages. Aucun lien évident avec la cause terroriste. Les armées sont là et poursuivent leur travail avec beaucoup de détermination, de courage et elles vont continuer ces opérations. C’est vrai que le vœu des uns et des autres et même des armées, c’est que la paix revienne et que les populations de ces deux régions retrouvent une vie normale comme leurs compatriotes du reste du pays.