Yaoundé : Atanga Nji lance une traque contre les églises de réveil

Le ministre de l’Administration territoriale est engagé dans une opération de fermeture de temples illégaux. Réussira-t-il là où ses prédécesseurs se sont cassé la figure ?


Par Cyril Essissima


En ouvrant les travaux de la seconde conférence semestrielle des gouverneurs de région hier mercredi, Paul Atanga Nji était manifestement gonflé à bloc. Sur les trois vidéos qu’il a fait diffuser, il y a celle montrant une séance prière cocasse dans une église de réveil, où des femmes rampent devant leur pasteur et celui-ci de leur demander de se déshabiller aux fins de délivrance. Le ministre de l’Administration territoriale (Minat) s’est montré quelque peu confiant en promettant de mettre fin à ce genre de dérive.

Le Minat, Paul Atanga Nji.

Lors d’une précédente sortie le 10 décembre à Yaoundé, Paul Atanga Nji avait déjà donné le ton en intimant l’ordre à toutes les églises de réveil exerçant au Cameroun de « plier bagages », car seul un décret du président de la République peut autoriser une organisation religieuse de s’installer sur le territoire national. C’est dans ce sens qu’un message porté du sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé 3ème enjoint tous les chefs traditionnels de 3ème degré de son ressort de commandement de lui faire connaître chacun au plus tard le vendredi 6 décembre 2024, la dénomination et la localisation des églises de réveil installées dans leurs chefferies respectives. Des informations destinées au gouverneur du Centre.

A quelques mois d’une échéance électorale capitale au Cameroun, l’on se demande cependant si le Paul Atanga Nji pourra aller au bout de son opération, étant donné que ses prédécesseurs ont échoué dans cette quête. En 2013, l’actuel ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, alors ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), a cru devoir mettre de l’ordre dans ce secteur en fermant les églises illégales. Finalement c’est lui qui a été rappelé à l’ordre « sur très haute instruction » de sa hiérarchie. Les temples fermés avaient rouvert leurs portes. L’on parlait à l’époque de 47 églises en conformité avec la loi. Tout chose qui contraste avec le boom des chapelles en tous genres dans les quartiers et leur lot de nuisances sonores intempestives dans les principales villes.

En 2011, veille de l’élection présidentielle, Marafa Hamidou Yaya, alors tout puissant ministre d’Etat et Minatd se lance lui aussi dans la traque aux églises illégales. Son action ne fera pas long feu, car il est écarté du gouvernement en novembre de la même année avant le déclenchement de ses démêlés judiciaires en 2012 pour lesquels il est en prison jusqu’à cette date (décembre 2024).

En 2024, veille d’une année électorale cruciale pour le Cameroun, les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?