Face aux malentendus liés à la nouvelle politique migratoire du président Donald Trump, l’ambassadeur américain clarifie les zones d’ombre et réitère que les restrictions récemment instaurées visent simplement à renforcer la sécurité du territoire de son pays ; et que pour l’instant, il n’existe pas de mesures restrictives visant spécialement le Cameroun dont les ressortissants sont du reste soumis au respect strict des règles comme n’importe quel autre citoyen du monde.
Par Cyril Essissima
Des gouvernements dictatoriaux sont nombreux à travers le monde et chaque fois que les citoyens de ces pays sont affectés par des crises, certains vont aux États-Unis pour rechercher refuge et se protéger de ces régimes. Mais récemment, l’administration Trump a décidé d’expulser des étrangers qui fuient les zones de crise. Pouvez-vous nous expliquer ce qui a déclenché ce changement de politique depuis janvier?
Tout gouvernement, quel que soit le pays, a le droit et la responsabilité de prendre les mesures qu’il juge appropriées pour protéger ses intérêts et sa sécurité nationale à l’intérieur de ses frontières. En effet, des millions de personnes à travers le monde ont eu la possibilité de chercher refuge aux États-Unis pendant des décennies. C’est toujours le cas.
Ce que nous avons fait, sous la direction du président depuis janvier, c’est de veiller à ce que les lois sur l’immigration américaines soient appliquées dans toute la mesure du possible pour protéger la sécurité nationale des États-Unis et la sécurité du peuple américain.Le président a clairement indiqué que c’est une priorité extrêmement élevée pour lui et donc pour l’ensemble du gouvernement américain.
Les gens n’ont pas le droit de venir et de rester aux États-Unis illégalement. Ils n’ont pas le droit de venir légalement et de rester illégalement. En fait, les admissions de réfugiés ont augmenté de 24 000 à 25 000, de 100 000 à 125 000. Nos portes restent ouvertes, mais nous effectuons une diligence raisonnable supplémentaire pour toute personne qui prétend venir aux États-Unis, quelle que soit la raison, et nous continuerons à le faire pour nous assurer que nous nous protégeons.
De nombreux acteurs s’inquiètent de ce que cela aille trop loin. Par exemple, le statut de protection temporaire (TPS), votre gouvernement a annoncé il y a quelques semaines qu’il allait être suspendu pour les Camerounais. Nous savons que c’est une situation très difficile parce que la plupart d’entre eux sont des personnes qui ont fui les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest touchées par la crise. Lorsque vous suspendez ou annulez le TPS, quel sera le sort de ces personnes aux États-Unis ?
Le statut de protection temporaire n’est pas un droit. C’est un programme offert par le gouvernement des États-Unis aux personnes de certains pays lorsque la secrétaire à la Sécurité intérieure, en consultation avec d’autres membres du gouvernement, détermine que la situation dans le pays d’origine est telle qu’il serait dangereux ou inapproprié de les rapatrier.
Depuis trois ans, précisément depuis le printemps 2022, le TPS est en vigueur pour le Cameroun. Selon la loi, avant l’expiration du TPS, la secrétaire à la Sécurité intérieure doit prendre une décision affirmative pour prolonger ou mettre fin au programme.
La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a décidé de mettre fin au programme en raison de son évaluation selon laquelle les Camerounais peuvent retourner en toute sécurité dans leur pays. Ceux qui sont déjà aux États-Unis et qui ont bénéficié ou non du TPS sont désormais susceptibles d’être expulsés.

Combien de Camerounais sont sur la liste des rapatriements en raison de la suspension du TPS ?
Vous me demandez un nombre qui n’est pas vraiment possible à connaître. J’ai vu beaucoup de chiffres circuler dans la presse depuis que le TPS a été mis en place, et pas seulement dans le contexte du TPS, mais aussi en général sur l’immigration. Si vous demandez combien de Camerounais se trouvent actuellement illégalement aux États-Unis, c’est un nombre impossible à connaître pour deux raisons.
Premièrement, cela inclurait des personnes qui sont entrées légalement et sont restées, ce qui est un nombre plus facile à estimer. Cependant, pour les personnes qui sont entrées illégalement, sans passer par un système de contrôle comme une section consulaire, comment pouvez-vous savoir ce que vous ne savez pas ?
On est arrivé à un point où la politique d’immigration des États-Unis est devenue si stricte que les gens qui veulent entrer aux États-Unis doivent vérifier leur téléphone, vérifier leur passé, leurs opinions sur Facebook à propos des États-Unis. N’est-ce pas une violation de la liberté d’expression ?
La liberté d’expression reste protégée. Nous encourageons la liberté d’expression non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. Cependant, la liberté d’expression ne signifie pas que vous pouvez mettre en danger le pays qui vous accueille en tant que visiteur.
La liberté d’expression ne signifie pas que vous avez le droit de vous livrer à des activités jugées contraires aux intérêts du pays qui vous a accueilli. Si je viens au Cameroun, non pas en tant qu’ambassadeur, mais en tant que simple citoyen américain, et que je commence à dire et à faire des choses que le gouvernement camerounais juge menaçantes pour l’État camerounais ou le peuple camerounais, le Cameroun a le droit de prendre des mesures pour s’assurer que je ne les mette pas en danger. Et c’est ce que nous faisons.
En janvier, les réseaux sociaux ont annoncé environ 1 700 Camerounais en voie d’expulsion du territoire américain, et récemment, le Cameroun a été mentionné sur la liste des 25 pays africains menacés d’interdiction de visa. Au regard de tout cela, peut-on dire que les États-Unis sont encore un partenaire stratégique pour le Cameroun ?
Il y a deux ou trois choses que j’aimerais préciser. D’abord, vous m’avez donné un chiffre que l’on ne peut pas confirmer. Vous avez également mentionné une liste de 25 pays africains qui n’a pas été annoncée par le gouvernement des États-Unis.
Jusqu’à présent, je n’ai aucune information que le Cameroun sera sujet à des restrictions quelconque par rapport aux visas. Donc, je dois éliminer les bases de votre question.
Donc, ces chiffres sont faux ?
Non, mais ce que je dis c’est qu’on ne peut pas savoir simplement à partir de ce qu’il y a dans les journaux. On ne peut pas croire tout le temps ce qu’on voit dans les journaux. Et jusqu’au moment où le gouvernement américain annonce ou n’annonce pas une politique, il ne sert à rien de spéculer sur ce qui pourrait se passer.
A la question de savoir si nous sommes un bon partenaire du Cameroun, je vais vous poser une question. Le but et la priorité du président Trump depuis sa prestation de serment c’est de protéger les États-Unis. Donc, nous poursuivons l’application de nos lois migratoires aux États-Unis.
Qu’est-ce que cela a à voir avec le fait d’aider le Cameroun à la sécurité maritime ou à lutter contre les terroristes de Boko Haram ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les programmes de croissance économique et les relations de commerce entre les deux pays ? Les deux n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Nous contrôlons nos frontières, nous nous engageons à renforcer nos lois, mais nous pouvons en même temps être un partenaire stratégique pour n’importe quel pays du monde.
C’est presque inédit ce durcissement de la politique migratoire des États-Unis et l’agitation autour. Mais au sein de l’opinion, l’on perçoit cela comme de la xénophobie. La question c’est de savoir en quoi est-ce les ressortissants des pays africains concernés constituent une menace à la sécurité des États-Unis ?
On n’a jamais dit que les ressortissants africains qui sont aux États-Unis constituent, grosso modo, une menace. On a dit que les personnes qui sont entrées aux États-Unis illégalement ou qui sont allées légalement mais qui sont restées après le temps permis devraient partir.
Si elles ne partent pas de leur propre volonté, on va les aider à partir. C’est où la xénophobie ? Ils ont violé les lois américaines. C’est où la xénophobie là ?
Un Camerounais vivant aux États-Unis voudrait savoir pourquoi est-il si difficile pour les Camerounais qui servent dans l’armée américaine de faire venir leur famille, notamment leurs femmes et leurs enfants, aux États-Unis ? Sinon, qu’est-ce qui est fait pour leur faciliter les démarches ?
Je dois admettre que j’aurais besoin de faire un peu de recherche parce que votre question est très spécifique. Je ne suis pas au courant d’un cas d’un militaire camerounais qui fait partie de l’armée américaine et qui a eu de tels problèmes. Je ne dis pas que cela n’existe pas, mais je n’en suis pas au courant et je ne vais pas répondre à une question si je n’ai pas les détails.
Concrètement, qui a le droit d’aller en Amérique ?
La réponse à cette question est : personne. Tout comme personne n’a le droit de venir au Cameroun, tout comme personne n’a le droit d’aller au Guatemala ou en Russie ou au Japon. Chaque pays a le droit de déterminer qui est qualifié pour entrer en vertu de ses lois respectives.Nos lois concernant l’entrée aux États-Unis sont et ont toujours été extrêmement claires.
Pour vos lecteurs, je vous encourage, tant dans la presse anglaise que française, à mettre les informations de notre site web dans vos articles, en particulier vos articles en ligne, afin qu’ils puissent y accéder par un lien.Personne n’a le droit d’entrer dans un autre pays. C’est le droit et la responsabilité unique du pays de décider si la personne est qualifiée en vertu des lois de ce pays pour recevoir un visa pour y entrer.
Ce que je suggérerais, c’est que tout Camerounais qui envisage d’aller aux États-Unis fasse des recherches, regarde nos sites internet, nos pages Facebook et autres médias sociaux, et fasse vraiment une analyse profonde et honnête pour déterminer s’il est probable qu’il soit qualifié ou non pour un visa. Et s’il décide que oui, probablement, il est qualifié, je l’encourage à demander le visa. Mais je ne veux pas qu’il gaspille son temps, ses efforts et de l’argent en pensant que c’est son droit d’y aller.
Mais il y en a qui sont parfois obligés de fuir leur pays en raison des situations de crise, comme c’est le cas pour nos compatriotes des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. On a parlé de la suspension du dispositif qui leur permettrait d’y aller en tant que réfugiés. Quel aménagement pour ceux-là ?
J’aimerais clarifier deux choses qui sont un peu mélangées. D’abord, il y a le TPS, le statut de protection temporaire et il y a deuxièmement les réfugiés. Ce sont deux choses complètement différentes.
On parlait avant du TPS qui a permis, entre juin 2022 et qui se terminera le 4 août de cette année, donc trois ans et quatre mois, aux Camerounais qui étaient aux États-Unis, et qui auraient été renvoyés par notre service d’immigration, de faire une demande de ne pas être renvoyés sur la base de la situation ici. Et ce que la ministre de la sécurité intérieure des États-Unis a décidé, c’est qu’elle ne trouve pas que de telles circonstances existent actuellement au Cameroun et qui devraient empêcher les autorités migratoires américaines de renvoyer les personnes ici.
Personne n’a le droit de critiquer le gouvernement américain ?
Personne n’a jamais dit cela. Montrez-moi où quelqu’un a dit cela.
Si vous prenez le téléphone de quelqu’un et que vous voyez qu’il a tenu des propos critiques sur les politiques de la nouvelle administration, et puis vous le renvoyez parce qu’il est hostile au gouvernement, qu’est-ce que c’est ?
Je n’ai jamais entendu parler d’un tel cas. Je ne vais pas prétendre que cela ne s’est pas produit, mais je n’ai pas entendu parler d’un tel cas. Je suis honnête avec vous. Mais comme je l’ai dit en réponse à une question précédente, la liberté d’expression existe toujours.
Nous voulons que les gens expriment leurs opinions. Les gens sont les bienvenus pour exprimer des opinions qui sont contraires aux positions officielles du gouvernement américain. C’est fondamental pour la démocratie partout. Cela ne change pas.
Ce que nous disons, c’est que si une personne n’a pas un droit absolu d’être aux États-Unis en premier lieu, et que ce qu’elle a dit publiquement est menaçant, constitue un risque pour la sécurité nationale du gouvernement américain ou pour le peuple américain, nous ne voulons pas qu’ils soient là et ils peuvent rentrer chez-eux.
Le Tchad a opté pour la réciprocité. Même si le rapport de force n’est pas le même, comment les Etats-Unis perçoivent ce principe de réciprocité vis-à-vis des États africains qui décident en retour de durcir leurs lois vis-à-vis des ressortissants américains ?
Tout comme j’ai dit que le gouvernement américain a le droit et la responsabilité de prendre les mesures qu’il trouve nécessaires pour protéger les frontières, les intérêts et les citoyens, le gouvernement du Tchad, du Cameroun ou du Japon, ou de n’importe quel autre pays, a également le droit de faire comme il veut par rapport aux mêmes mesures.
La perception, qu’elle soit fausse ou vraie, que les gens ont de cette politique d’immigration de la nouvelle administration est qu’elle est hostile aux étrangers qui viennent chercher refuge là-bas…
Je peux comprendre comment les gens peuvent tirer certaines conclusions des politiques qui ont été annoncées, des politiques qui sont appliquées, et de ce qui a été rapporté dans les journaux et les médias.
Je peux comprendre d’où ils viennent, mais je dois également dire que je ne vois pas les choses de la même façon et que le gouvernement américain ne les voit pas non plus de la même façon. Nous appliquons simplement des lois qui sont en vigueur depuis longtemps, et nous mettons en place des politiques supplémentaires que le président juge appropriées et nécessaires pour protéger le pays.
Nous sommes toujours attachés à la liberté, à la démocratie, à la liberté d’expression, à la protection des personnes et des droits de l’homme, etc. Les États-Unis sont très fiers du fait que nos ancêtres viennent de partout dans le monde. Deux de mes quatre grands-parents étaient des immigrants.
La Première dame des États-Unis est une immigrante. L’une des deux seules Premières dames de notre histoire à ne pas être née aux États-Unis. Le président n’est pas anti-immigrant. Je ne suis pas anti-immigrant et le gouvernement des États-Unis n’est pas anti-immigrant. Nous sommes contre l’immigration illégale. Nous sommes contre la violation des lois américaines. Nous sommes contre la présence de personnes sur notre territoire qui constituent une menace.
Quelle est la raison de l’interdiction des citoyens de certains pays d’Afrique d’entrer aux États-Unis d’Amérique ?
Si vous parlez de la liste de 19 pays, qui n’était pas entièrement une liste africaine, mais une liste mondiale. Ces décisions ont été prises au cas par cas, avec des critères différents pour chaque pays concerné. Vous pouvez consulter le registre fédéral où sont publiées toutes nos réglementations pour voir tout cela expliqué en détail.
C’est également précisé dans le décret présidentiel qui énonce les préoccupations spécifiques pour chaque pays. Je n’ai pas tout cela en mémoire, mais je peux vous dire que les Camerounais ne sont pas concernés de la même manière que d’autres pays.
Quelqu’un m’a contacté pour exprimer une inquiétude concernant les centres de détention où des personnes en attente d’expulsion, qui ont régularisé leur séjour aux États-Unis, sont détenues après avoir été arrêtées…
Notre système judiciaire comporte de nombreuses protections pour garantir que ces personnes puissent faire valoir leurs droits et contester leur détention si elles estiment qu’elle est injustifiée. Elles peuvent adresser leurs préoccupations au Département de la Sécurité intérieure, qui est responsable de l’application des lois sur l’immigration aux États-Unis.
Je comprends parfaitement que les États-Unis sont un pays souverain, mais on est dans un monde globalisé. Je comprends aussi parfaitement le slogan « make America great again ». Mais ne craignez-vous pas que cela génère un sentiment anti-américain spécifiquement en Afrique ?
Je n’en tire pas la même idée que vous venez de mentionner. Je dirais aux lecteurs des journaux et à tous les citoyens camerounais de ne pas en tirer les conclusions non plus. Le président Trump a été et continue d’être extrêmement clair : la politique du gouvernement des États-Unis est de promouvoir et de protéger d’abord les intérêts des États-Unis et des citoyens américains. C’est exactement la même chose que tout gouvernement responsable dans le monde fait.
La priorité du gouvernement du Cameroun devrait être la protection du Cameroun et de ses citoyens, tout comme pour la France, le Japon, etc. Nous ne faisons que la même chose.Si des personnes hors de notre pays pensent que nous nous retirons du monde à cause de cela, ce n’est pas vrai. Si on pense que nous sommes anti-reste du monde ou anti-africain, ce n’est pas vrai. Je ne vois aucune évidence pour soutenir une telle proposition.
Peut-être que vous ne le voyez pas immédiatement, mais nous notons des commentaires négatifs et assez critiques même sous les publications de l’ambassade des États-Unis par rapport à cette nouvelle politique migratoire ?
Je lis ces commentaires, je les analyses dans notre bureau des affaires publiques qui gèrent nos pages sur les réseaux sociaux (Facebook, X, Instagram, etc.). Chaque semaine, nous analysons les commentaires qui sont faits. Que vous ayez raison que de tels sentiments existent, la vérité est que la grande majorité des personnes qui laissent des commentaires sur nos pages, soutiennent ouvertement ce que le gouvernement des États-Unis est en train de faire. Lisez-les!
Vos concitoyens camerounais disent : « Nous respectons ce que le président Trump est en train de faire ce qu’il pense qu’il devrait faire en tant que président pour le peuple américain ». Ils disent à leurs concitoyens qui se plaignent contre ces nouvelles politiques : « Vous, en tant que citoyen camerounais, vous n’avez pas le droit d’y aller… Pourquoi vous critiquez ? » La majorité des réactions publiées sont positives.
Où est passée la solidarité américaine ? Les Etats-Unis sont-ils devenus insensibles aux souffrances des faibles ?
L’histoire des États-Unis est en train de commencer sa 250e année, au moins depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons été le pays le plus généreux, le plus hospitalier du monde vis-à-vis des personnes qui sont oppressées, qui sont économiquement vulnérables, qui ont des besoins qu’ils n’obtiennent pas toujours de leur gouvernement. Et cela a été le cas depuis des décennies.
Ce n’est pas de l’insensibilité à la souffrance humaine. Renforcer nos lois n’est pas l’insensibilité à la souffrance humaine. Il y a d’autres moyens d’aider, d’autres moyens de soutenir. Cela ne veut pas dire que nous allons permettre que les gens viennent aux États-Unis d’une manière inappropriée. Il y a des moyens légaux d’aller aux États-Unis.



