Après plus d’une semaine de détention, le jeune tiktokeur activiste recouvre la liberté sous garant, selon ses avocats.
Par Cyril Essissima
A 22 ans, Junior Ngombe a déjà fait l’expérience des geôles et de la justice camerounaise. Appréhendé il y a plus d’une semaine à Douala à la suite de ses multiples vidéos sensibilisant les Camerounais à prendre leur destin en main en 2025 lors du scrutin présidentiel, le tiktokeur engagé a été relaxé hier 31 juillet 2024. Son conseil, un collectif constitué de trois avocats, a obtenu sa « liberté sous garantie » ou « liberté sous garant », selon Me Hyppolite Meli.
Le jeune activiste s’est exprimé face aux journalistes, en compagnie de sa mère et de ses avocats. « Il n’a pas encore été inculpé », précise Me Akere Muna qui précise les infractions visées contre son client, à savoir : « incitation à la violence et propagation de fausses nouvelles ».

Mais le collectif d’avocats est tout de même confus quant à la suite de l’affaire. Ce d’autant plus que le téléphone du tiktokeur est toujours sous scellés. « On ne sait pas si les procédures sont classées sans suite, si elles continuent, ou bien si elles été abandonnées », s’inquiète Me Hyppolite Meli. L’avocat considère au passage que les péripéties ayant conduit à l’arrestation de son client jusqu’à sa remise en liberté ce jour « ne respectent pas les canons de la procédure pénale. Ce qui veut dire que sur sa tête, repose encore une épée de Damoclès sans que nous le sachions. Donc à tout moment, puisqu’il est libre sous garant, on peut appeler les garants pour leur demander de le conduire encore devant le commissaire du gouvernement ». De toute les façons, rebondit Me Emmanuel Chendjou, « Junior Ngombe n’aurait jamais dû être poursuivi devant une juridiction militaire pour ses opinions ».
Quant à Junior Ngombe, ses premiers mots sont allés à l’endroit de ses parents à qi il dit « merci », surtout sa mère qui toujours été à ses côtés depuis le déclenchement de ses ennuis judiciaires. Il n’oublie pas ses « amis » et toute « la jeunesse camerounaise » qui l’a soutenu à travers les réseaux sociaux. « Que les dirigeants ne nous voient pas comme des ennemis. On ne veut pas se retrouver en train de prendre la route de la mer un jour comme on voit nos frères mourir partout. Ce n’est pas bon. On veut juste servir notre pays, on veut se rendre utile », déclare-t-il.
Arrangement
Il raconte les circonstances de son arrestation. « Le jour où j’ai été arrêté, je rentrais du 2-0 (match de football, ndlr) au stade de Bilongué (Douala 3e). Un monsieur avec qui j’avais l’habitude de sensibiliser m’a appelé pour me dire qu’il voulait deux t-shirt. J’ai pris une moto pour aller au carrefour Kombi. Mais apparemment, on l’avait déjà pris depuis. Donc, c’était un piège pour m’avoir ». Sur le lieu de la livraison des t-shirt, il est accueilli par des hommes en civils qui le brutalisent, arrachent mon téléphone, puis l’emmènent de force « dans un couloir » isolé. Junior se met à les supplier : « Grands, je n’ai rien fait, ne me faites pas de mal ». Ils l’embarquent par la suite dans un véhicule pour la brigade de gendarmerie de Bonanjo, « en face de la Place des fêtes » à Douala. Le tiktokeur activiste est interrogé, pris en photo et jeté en cellule. « Je n’avais qu’un seul pied de babouche, on dormait à même le sol. Ils m’ont quand-même permis d’appeler ma mère pour l’informer de ce que j’ai été arrêté pour une enquête judiciaire », relate-t-il. Jeudi, direction Yaoundé. Son avocat n’a rien pu faire. Arrivé dans la capitale, il est intimidé au Sed par « une dame qui me tapait la bouteille sur la tête », jusqu’à ce qu’un collègue lui fasse entendre raison.
Sur les conditions détention, Junior Ngombe estime que contrairement à Douala-Bonanjo, « elles sont bonnes (au Sed, ndlr). Il y a de l’eau pour se laver, un lit pour dormir. Là-bas on traite quand-même bien les gens ». Et ce n’est qu’à Yaoundé qu’on lui notifie des infractions retenues contre lui. Soit « deux jours après ». C’est ainsi qu’il est déféré au tribunal militaire de Yaoundé. Commence alors la navette entre le Sed et cette juridiction. Entretemps, les réseaux sociaux et la classe politique dénoncent cette arrestation arbitraire.
La pression s’accentue jusqu’à ce mercredi 31 juillet où l’activiste est à nouveau conduit au tribunal militaire en début de matinée. Les tractations pour sa libération sont manifestement allées vite. Junior attend ses avocats au poste de police du tribunal. Dans ses yeux, on peut presque lire un désir ardent de respirer de l’air frais. « On a trouvé un arrangement au parquet pour qu’il soit libre », apprend-on. Mais au fond, l’on en sait davantage sur les vraies motivations de son arrestation. « On pensait qu’il y avait quelqu’un derrière lui. Mais il n’y a rien. C’est juste un jeune qui exprime ce qu’il ressent », confie un militaire.



