Le constitutionnaliste et homme politique camerounais, baron du régime de Paul Biya, s’est éteint le 6 janvier à Bordeaux.

Par Cyril Essissima
Si le régime de Paul Biya était un musée, il en constituerait sans doute l’un meubles les plus attractifs, car il aura été l’un des plus fidèles serviteurs dans la lumière comme dans l’ombre. Joseph Owona, professeur émérite de droit constitutionnel, homme politique et pilier du régime du Renouveau, est mort le 6 janvier 2024 à Bordeaux en France.
La nouvelle a d’abord affolé les réseaux sociaux en début de soirée telle une rumeur. Mais les supputations se sont rapidement évanouies après des réactions d’affliction de la progéniture même de celui que d’aucuns appelaient affectueusement « Essingang » (essence d’arbre encore connu sous le nom d’Oveng ou Bubinga, ndlr). Les plus connus, notamment Mathias Eric Owona Nguini, Junior Owona Wolfgang ont été les premiers à confirmer le décès de leur père sur leurs comptes Facebook respectifs. « Un essingang est toujours fort. Il se régénère à travers les essingang qu’il laisse… », a écrit le premier. Pratiquement au même moment, le second a posté : « Dans la vie comme dans la mort, je t’ai aimé… Merci Nguini. » Depuis lors, une avalanche d’hommages meuble le ‘‘META’’ (Facebook).
18 janvier 1996
Si la disparition de Joseph Owona suscite autant de réactions, c’est que l’homme aura marqué son temps à la fois au service de l’Etat et du pouvoir de Paul Biya dont il est perçu, à raison d’ailleurs, comme un des piliers. C’est un constitutionnaliste de renom au Cameroun et dans la sous-région Afrique centrale qui compte comme faits d’armes la révision de Constitution en vigueur depuis le 18 janvier 1996, laquelle consacre le Cameroun comme un « Etat unitaire décentralisé ». Il a fait partie du comité de rédaction de cette loi fondamentale qui a fait passer le mandat présidentiel de 5 à 7 ans. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de dire que le président Paul Biya doit en partie sa longévité au pouvoir (42 ans) à ce texte.
Lorsqu’on parle du professeur Joseph Owona, il nous vient aussi en mémoire son rôle dans le dossier Bakassi. Il a été de l’expédition des juristes ayant œuvré à la victoire du Cameroun face au Nigeria devant la Cour internationale de justice (Cij). C’est un homme qui a toujours été proche du pouvoir, ceci depuis le régime du président Ahidjo avec lequel il n’était pas en odeur de sainteté à cause de sa pensée progressiste empreinte du socialisme. La pilule amère aura été une publication scientifique intitulée « L’institutionnalisation de la légalité d’exception dans le droit public camerounais », paru en 1974. Une réflexion jugée comme une fatwa lancée contre le système. Contrairement au président Ahmadou Ahidjo, Joseph Owona a dès sa jeunesse eu de la sympathie pour le président Paul Biya à l’époque secrétaire général, puis Premier ministre de son prédécesseur. Ce dernier a toujours gardé le jeune juriste sous son aile.
L’accession de son mentor à la magistrature suprême le 6 novembre 1982 va sonner comme le début d’une ascension dans l’appareil d’Etat pour Joseph Owona. C’est ainsi qu’il va multiplier les postes de ministre. Ce qui lui vaudra à un moment donné d’être surnommé « le sapeur-pompier », car il bénéficie de la très haute confiance de Paul Biya qui lui confie des dossiers sensibles de la République.
Né le 25 janvier 1945, à Akom, Joseph Owona est devenu une sommité intellectuelle par sa maîtrise des rouages du droit public et spécialement du droit constitutionnel. Au terme de ses études supérieures, sanctionnées par un baccalauréat A4, le jeune Joseph poursuit ses études universitaires d’abord à l’Université de Yaoundé, ensuite à l’Université de Paris I (Sorbonne). Il y sortira nanti d’une licence en droit, du DESS en sciences politiques, du doctorat d’Etat en droit public et de l’agrégation dans la même discipline.
Bête de travail
Il exerce comme chargé de cours assistant à la Sorbonne de 1969-1972. En 1972, Il décide de retourner au Cameroun et ce fut le début d’une belle et longue carrière. De 1972-1977, il occupe plusieurs postes à l’Université de Yaoundé : chargé de cours à la faculté de droit et sciences économique, chef du service enseignement et recherche (1973-1976), chef du département de droit public (1976-1982), directeur de l’Institut international du Cameroun (Iric) du 9 septembre 1976 au 22 août 1983, et Chancelier de l’Université de Yaoundé, du 22 août 1983 au 13 septembre 1985.
Cette bête de travail va se voir appelé au gouvernement. Le 24 août 1985, il est nommé secrétaire général (Sg) adjoint de la Présidence de la République, poste qu’il occupera jusqu’au 16 mai 1988. Ensuite ce fut l’étape des ministères : ministre de la Fonction publique et du Contrôle de l’Etat (16 mai 1988 au 7 septembre 1990), ministre de l’Enseignement supérieur (7 septembre 1990 au 9 avril 1992). Le 9 avril 1992, il effectuera son retour à la Présidence de la République comme Sg de la Présidence de la République (9 avril 1992 au 21 juillet 1994), puis il sera nommé ministre de Santé publique (21 juillet 1994 – 19 septembre 1996), ministre délégué à la Présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’État (19 septembre 1996 – 7 décembre 1997), Ministre de la jeunesse et des sports (1997 – 2000). C’est sous son règne que les Lions indomptables ont remporté la coupe d’Afrique des nations 2000. Il sort du gouvernement comme ministre de l’Education nationale le 08 décembre 2004 (18 mars 2000 – 8 décembre 2004).
En 2013, il est nommé président du comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), poste qu’il occupe jusqu’au 12 décembre 2018.
Au moment où il quitte la scène, il était membre du conseil constitutionnel depuis le 15 avril 2020.



