Pour la deuxième fois en terre camerounaise, la funambule française a offert un spectacle hier 27 mai à Yaoundé après celui Douala ayant drainé du beau monde.

Par Alain Ndanga
Comment votre premier spectacle a été accueilli au Cameroun ?
Notre premier passage au Cameroun a fait un gros buzz sur les réseaux sociaux. Tout le monde disait que je suis une sorcière et ça m’a fait rire. Cette deuxième fois est particulière. Nous avons mis en place avec l’Institut français du Cameroun (Ifc), une formation de formateurs qui a duré deux semaines. Ils vont à leur tour apprendre aux enfants et aux adultes à faire du fil. Nous avons à cet effet initié plusieurs enfants à cet art, et c’était hyper riche et intéressant. J’ai commencé le spectacle d’hier avec deux enfants de la rue (Seidou et Abdou, Ndlr). C’est accessible à tout le monde et l’idée c’est d’emmener le fil ici au Cameroun. Un fil va rester à l’ifc et les formateurs donneront les cours toutes les semaines.
Le funambule est-il finalement artiste ou sportif ?
C’est un artiste avant tout parce que c’est une prestation artistique qui est sportive. Il faut avouer qu’il faut avoir l’aptitude physique, développer une force. Le balancier par exemple pèse 14 kg ; donc il faut avoir une forme physique pour pouvoir être performant. Ce n’est pas comme un sport de haut niveau où il faut être compétitif. Là il n’y a pas à être plus fort que les autres ; c’est un art qu’on fait avec les autres, il faut être ensemble et c’est ce qui nous rend plus fort et développe un esprit artiste.
Est-ce qu’il y a un type de musique pour un tel spectacle ?
Chaque funambule choisit de travailler avec le type de musique ou les musiciens de son choix. Moi j’aime le style un peu rock mais ce qu’on a fait ici c’est assez fabuleux, avec Jean Baptiste qui est l’artiste rock avec qui nous sommes venus ici, on n’a fait un échange avec les artistes camerounais (Saly au lead, les musiciens du groupe Macase, Rody Akoa à la batterie et Petit Jean Abanda aux percussions).
Dites-nous à partir de quel moment les Français commencent à s’intéresser à cet art et à quel moment le déclic se fait chez-vous ?
Le funambule est un art ancestral qui existe depuis des générations qui a surtout été transmis de père en fils. Moi j’essaie d’emmener des choses nouvelles sur le fil. En France, il est développé mais on reste très peu dans le monde. Nous ne sommes pas si nombreux en France, et du coup c’est intéressant d’emmener le fil ici pour le répandre dans le monde, pour ainsi maintenir allumée la flamme de cet art. Je suis ravie de voir naître des funambules Camerounais. Personnellement j’ai commencé le fil à l’âge de huit ans, et je me sens dans mon élément.
Qu’est-ce que le funambule transmet au public en plus du risque de chuter à plus de 10 mètres ?
Je joue avec les émotions des gens ; on a peur de me voir dégringoler et ça crée des émotions très fortes et on ne peut pas mentir. Quand je suis sur le fil, je ne peux pas tricher parce que je n’ai pas droit à l’erreur et ça crée un rapport qui est vrai, sincère avec le public. C’est ce que j’aime après je rassure les spectateurs en souriant pour qu’ils sachent que nous sommes ensemble. Pour moi ça véhicule des messages tels qu’il faut prendre des risques pour avancer, des risques calculés, non pas pour se mettre en danger.



