La directrice de Earth Cameroon parle des violations des droits des populations riveraines des projets d’exploitation des ressources naturelles au Cameroun.
Par Guy Martial Tchinda
Votre association a organisé à Yaoundé le 13 juin dernier la restitution du rapport 2022-2023 sur la situation de respect des droits des populations riveraines des projets d’exploitation des ressources naturelles au Cameroun. Quels sont les principaux constats de ce rapport?
Le rapport a pour but de mettre en exergue l’état du respect des droits des populations riveraines des projets d’exploitation des ressources naturelles au Cameroun, notamment à l’Ouest avec le barrage de Bamendjing, à l’Est avec les projets d’exploitation aurifère, et dans le Centre avec les projets d’exploitation des carrières. L’exploitation minière au Cameroun fait partie des secteurs que l’Etat a choisi comme piliers de son émergence à l’horizon 2035. L’exploitation des carrières, bien que récente, cause d’énormes conséquences dans la vie des communautés riveraines, sur leurs investissements, sur leur santé. C’est la raison pour laquelle on a souhaité se rapprocher de ces populations pour mieux comprendre les problèmes auxquels elles font face. Les carrières entraînent en effet des conséquences nouvelles qu’on ne rencontrait pas avant dans l’exploitation minière. Nous avons constaté que de nombreux droits des populations sont violés.
Quels sont ces droits ?
Pour ce qui est du droit à la vie par exemple, beaucoup de personnes meurent à l’Est des suites d’éboulement des trous miniers et les lacs artificiels qui se forment après l’exploitation. En ce qui concerne la santé des populations dans les zones de carrières, les riverains font face aux problèmes respiratoires à cause des poussières qui s’élèvent tout le temps, les problèmes cardiaques avec des vibrations fortes causées par les tirs sans que les populations ne soient averties. Le code dit pourtant que les populations doivent être averties. Le droit à la propriété et à un logement décent est tout aussi perturbé. A Bamendji avec le barrage de retenue d’eau, la survie des populations est menacée parce qu’il y a des inondations, ce qui empêche les activités agricoles. Certains villages sont déportés parce que les habitations des populations sont inondées.
Quelles sont vos attentes après la présentation de ce rapport?
Nous voulons que le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique réglemente mieux l’exploitation des carrières afin que les populations ne souffrent plus des externalités de cette exploitation ; nous voulons aussi que cette administration veille à l’application stricte de la réglementation en vigueur dans le secteur des mines. Nous voulons surtout que tout le monde soit au courant de ce qui se passe dans nos communautés où les populations sont censées jouir de l’exploitation minière mais qui en sont plutôt des victimes.



