Par Cyril Essissima

Quelques jours seulement après le décès de l’agrégé de droit public Joseph Owona, un autre gros calibre du pouvoir est tombé. Il s’agit de l’ancien patron de la gendarmerie nationale, Jean Baptiste Bokam qui s’est éteint le 16 janvier 2024 au Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yaoundé des suites de maladie, a-t-on appris. La triste nouvelle a fait le tour des réseaux sociaux comme d’habitude, laissant couler un flot de messages de condoléances. Il s’en va près de trois ans après son épouse, Jeannine Ze Abondo Ebengue, morte en septembre 2021 également des suites de maladie. A presque 73 ans, Jean-Baptiste Bokam était jusque-là président du conseil d’administration de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec). Poste qu’il a occupé plus de 30 ans durant.
C’est un haut commis de l’Etat qui a occupé plusieurs fois de hautes fonctions dans l’administration. L’une des plus emblématiques demeure son passage en tant que secrétaire d’Etat auprès du ministre de Défense chargé de la Gendarmerie nationale (Sed/Cgn) pendant neuf ans (2009 – 2018). Un poste aussi sensible que stratégique qui fait de lui l’une des personnalités les plus puissantes du pays, car contrôlant une partie du renseignement général et de la surveillance du territoire.
Au plan statutaire, le Sed se tient à la disposition des différents ministres, notamment du ministre de l’Administration territoriale et du ministre chargé de la Justice pour l’exécution des missions imparties à la gendarmerie et qui relèvent de leurs attributions respectives. De manière plus large, la gendarmerie est aussi un organe d’exécution pour de nombreuses autres missions dévolues à différents départements ministériels tels que la police économique (contrôle de patentes, des prix, etc.), la recherche des infractions douanières, le contrôle de la circulation routière, la surveillance de la navigation aérienne, des aérodromes et de la navigation maritime. Elles varient suivant le temps de paix ou le temps de guerre. En temps de paix, la gendarmerie collabore avec les forces de défense en matière de renseignement et est associée à la mise en œuvre des mesures de mobilisation. En temps de guerre, elle participe à la défense intérieure du territoire.
Prison
Natif de Bagbezé I dans le département du Haut-Nyong, dans la région de l’Est Cameroun, le 10 octobre 1951, Jean-Baptiste Bokam a véritablement roulé sa bosse au service de Etat. En novembre 1976, il est recruté à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) comme attaché de direction avec rang de chef de service. En 1978, il obtient une bourse de cet établissement public pour poursuivre ses études au Centre national d’études supérieures de sécurité sociale de Saint-Étienne en France d’où il ressort nanti d’un DES de sécurité sociale et d’un DEA en sciences économiques. En 1980, il réintègre la Cnps jusqu’en 1988.
Son entrée au gouvernement intervient en 1988. Il y fera le tour de plusieurs départements ministériels. D’abord comme ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (du 16 mai 1988 au 9 avril 1992), ministre des Travaux publics et des Transports (du 9 avril au 27 novembre 1992), ministre des Travaux publics (du 27 novembre au 7 décembre 1997)3. En 2011, il est nommé secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense chargé des anciens combattants et victimes de guerre. Le 22 septembre 2006, un décret présidentiel de Paul Biya fait de lui le nouveau secrétaire d’Etat auprès du ministre de Défense chargé de la Gendarmerie nationale. Il va y rester jusqu’au 2 mars 2018, date de son remplacement par Gallas Yves Landry Etoga.
Son limogeage du gouvernement suscite des remous dans la presse et les réseaux sociaux. D’aucuns le voient même en disgrâce devant le chef de l’Etat, non sans lui prédire de finir ses jours en prison. Mais il n’en sera rien. Cette figure de la vie publique a même été donnée pour mort en 2014 du fait de sa santé chancelante. Finalement, Jean-Baptiste Bokam termine certes dans l’ombre, mais parvient à se maintenir comme Pca de la Bicec depuis 1990.
Ce haut fonctionnaire de la République était également un cadre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). A l’issue du congrès ordinaire de septembre 2011, il est élu parmi les 200 membres titulaires du comité central. Il a également été chargé de mission et chef de délégation lors des échéances électorales pour battre campagne dans sa région natale.



