Issa Tchiroma Bakary: « Je reçois des menaces depuis ma candidature »

Invité du journal de l’Afrique sur TV5 Monde, le candidat à la présidentielle choisi comme candidat consensuel par l’Union Pour le Changement s’est exprimé la polémique autour de son choix. Lire l’intégralité de cette interview.

Par Blaise Djouokep



Vous avez été désigné samedi dernier par la plateforme l’Union pour le changement (Upc) comme candidat consensuel à la présidentielle. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire que des partis politiques, des dirigeants de la société civile se sont retrouvés dans le cadre de l’Union pour le changement afin d’apporter leur contribution à la désignation du camerounais qui ferait l’objet de leur choix. Choix bâti sur des critères qu’ils se sont fixés. Et j’ai été heureux, ravi quand la nouvelle a été portée à ma connaissance. Les partis politiques et la société civile ont jeté leur dévolu sur ma modeste personne pour être leur porte fanion, défendre les couleurs à l’occasion de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre.

Au sein de l’opposition, il n’y a pas consensus. Comprenez-vous qu’une partie de l’opposition s’interroge sur la légitimité de cette désignation ?

Il se trouve que l’unanimité n’a pas été recherchée. Des hommes et des femmes de qualité, reconnus pour leur valeur intellectuelle et morale, de la classe politique et de la société civile, ont estimé qu’il était temps. Le jour où ce choix a été fait, il ne restait pas plus de 30 jours pour l’élection présidentielle. S’il fallait faire l’unanimité, je pense que jusqu’au 12 octobre, date de l’élection présidentielle, la probabilité était très forte pour qu’on ne fasse pas l’unanimité. Il était donc question pour la société civile comme pour la classe politique, de désigner quelqu’un  connu de tous et dont la capacité, dont la qualité intellectuelle, spirituelle et morale sont connues. Et qui possède ces qualités pour présider aux destinées de cette nation, en dépit de toute la complexité que nous connaissons…

Vous avez servi le président Biya pendant de longues décennies. En juin dernier, vous quittez le gouvernement et dans la foulée, vous annoncez votre candidature à la présidence. N’est-ce pas opportuniste comme démarche ?

Je suis président d’un parti politique. Ce parti politique avait choisi d’accompagner le président Biya tout au long de sa carrière. Il s’est trouvé malheureusement que le président de la République, 93 ans, avait complètement disparu des projecteurs. Il était naturellement question de faire face à cette situation pour moi qui avait décidé de l’accompagner jusqu’à la fin de sa carrière politique.

Nous avons déjà estimé à partir de 2018, qu’à son âge, qu’il était bon, compte tenu de la manière avec laquelle il a accédé au pouvoir, ..

Je voudrais vous rappeler que le président Ahidjo qui s’en est allé à l’âge de 58 ans, avait bien pris la précaution de préparer le président Biya, de l’entraîner, de lui donner la gouvernance de la Nation le temps qu’il fallait pour qu’il se rassure qu’il était apte et à mesure de gouverner la Nation. Voilà que son successeur, le président Biya, qui a 93 ans à la tête d’une nation, après avoir gouverné pendant 43 ans la nation camerounaise, n’a présenté aucune personne pour lui succéder.

Vous avez dit dans une interview que Paul Biya ne gouverne plus le Cameroun et que le pays est dirigé par procuration. Qui dirige actuellement le Cameroun ?

Mystère. Mystère épais. Mais, nous pouvons dire à partir de ce que nous apercevons que c’est une espèce d’oligarchie qui gouverne notre Nation. Bien malin celui qui dirait celui qui actionne les manettes. Mais, il se trouve que les camerounais n’en peuvent plus. La fonction présidentielle est une fonction à plein temps. Nous ne pouvons pas nous permettre, alors que notre Nation traverse des zones de turbulence sévères, que les camerounais demeurent dans l’incertitude. Nous avons donc estimé qu’il était donc temps, conformément aux dispositions de la Constitution et à la vocation de tout parti politique. Nous avions estimé que notre partenaire a disparu des radars, qu’il était impossible de le voir, nous avons pensé qu’il n’était plus possible de rester fidèle à un engagement qui devient un engagement unique, alors que le président de la République qui avait aussi sa partition dans cet engagement, avait cessé d’être perceptible, visible, audible.



Pensez-vous être aujourd’hui, l’homme de la rupture ou de la continuité ?

Oui madame, je suis persuadé d’être l’homme de la rupture. Je suis l’homme de la rupture parce qu’aujourd’hui, je ne suis pas un inconnu. Tout au long de ma carrière politique, j’ai été conseiller municipal, député, ministre des Transports, ministre de la communication. Avec foi et fidélité, j’ai servi mon pays à ces postes-là. Avec foi et fidélité, j’ai servi mon pays à ces postes-là. Le dernier poste que j’ai occupé est celui de ministre de l’emploi et de la Formation professionnelle. Avant que je ne sois affecté à ce poste par le président de la République, je peux vous dire que la formation professionnelle n’existait pas. Notre système éducatif qui n’a privilégié l’enseignement général dont la vocation n’est pas de créer de la richesse, mais de préparer des hommes et des femmes qui soient capables de gérer la richesse.

Et si vous êtes président, qui nommerez-vous comme premier ministre ?

Je sais qui sera premier ministre quand je serais président de la République, mais, permettez qu’à l’occasion de cette émission que je ne me permette pas de dire qui devrait être premier ministre à mes côtés… Mais, ce que je peux vous dire avec certitude, c’est que ce sera un homme d’expérience, connu de tous les camerounais. Un homme que les camerounais attendent probablement, pour se tenir à mes côtés afin qu’ensemble nous puissions conduire cette très grande et belle nation vers des nouveaux rivages.

Depuis l’annonce de votre candidature, vous dites recevoir des menaces. Savez-vous qui vous en veut et pourquoi ?

Je ne saurais vous dire le pourquoi. Mais, oui, puisque c’est une personne qu’on a envoyée à mon domicile pour me dire que le président de la République n’accepte pas que je me mette à critiquer un régime que j’ai servi le temps que cela a duré. Et qu’il me rappelle que c’est parce qu’il est magnanime qu’il a décidé de mettre de côté des dossiers compromettant, et qu’il suffisait simplement qu’il les remette à la justice pour que je sois incarcéré. Et comme il sait que je suis malade, il dit qu’il suffit simplement que je sois affaibli deux mois de traitement pour que je trépasse. Ce que je vous dis, ce n’est pas des fantasmes, c’est la vérité. C’est quelqu’un de très connu qui est venu me voir au nom du Dgre, un service très connu au Cameroun, et qui lui-même parlait au nom du chef de l’Etat. Je lui ai dit que je défis quiconque de me prendre à défaut de quoi que ce soit. En revanche, ma réponse vis-à-vis du chef de l’Etat était très simple.

Aussi longtemps que je serais vivant, je continuerais à porter l’espoir et l’attente des centaines de milliers de Camerounais, quoi qu’il m’en coûtera.