Le 21 octobre 2026, le corps sans vie d’un coxeur de cacao a été découvert à Akok, à 35 km d’Akom 2, présentant des signes de violences criminelles similaires à ceux attribués aux rebelles ambazoniens.
Lazare Kingue

Les populations du village Akok, situé à 35 km du centre-ville d’Akom II, dans le département de l’Océan (région du Sud), n’ont pas encore effacé de leur mémoire la découverte macabre qui a brisé le calme le 21 octobre 2026. En fin d’après-midi, ce mercredi-là, le corps sans vie d’un homme d’une quarantaine d’années a été retrouvé attaché à un arbre, dans un bosquet abritant les installations de la Coopérative agricole des plantations de Bisson (Capabi), dont la promotrice est Élise Mballa Meka, maire de la commune d’Akom 2.
La victime, identifiée sous le nom d’Ébale, était un coxeur de cacao ambulant bien connu dans la zone. Selon les premières constatations, l’homme aurait été assassiné à l’arme blanche la veille, entre 18 h et 19 h, avant de subir des sévices d’une rare cruauté. Les premiers éléments avancés par un légiste font état de mutilations corporelles ciblées : yeux percés, tête macérée, langue coupée et testicules broyés. Une signature qui, de l’avis de certains observateurs locaux et selon l’analyse d’experts en criminologie, présente des similitudes avec des modes opératoires observés dans les régions en crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Un crime d’une violence extrême qui ravive l’inquiétude dans cet arrondissement à vocation aurifère et agricole du département de l’Océan.
Jusqu’à présent, l’émoi reste vif, d’autant plus que les circonstances du drame semblent liées à un différend d’ordre économique. D’après les recoupements effectués sur place, les auteurs présumés seraient deux ouvriers agricoles employés depuis mai 2026 au sein de la Capabi. Originaires des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ils auraient été recrutés par l’intermédiaire d’une personne elle-même originaire de cette partie du pays.
Un litige salarial opposerait ces employés à leur employeur. Selon les mêmes sources, les ouvriers auraient parallèlement écoulé une partie de la production cacaoyère auprès du coxeur. La rupture de cet arrangement informel, motivée par un défaut de paiement et par la volonté des suspects de quitter clandestinement la localité en emportant la moto de la victime et des liquidités, constituerait le mobile apparent de l’assassinat.
Interpellés quelques jours plus tard à Mbanga, dans le département du Moungo, alors qu’ils tentaient de regagner le Sud-Ouest, les suspects ont été mis à la disposition des services compétents. L’enquête devra déterminer les responsabilités exactes.

Flux migratoires
Le village d’Akok, situé à la lisière de l’arrondissement de Niété, à 35 km du centre d’Akom II, est une localité à forte vocation agro-pastorale et minière. Akom II, dans le département de l’Océan, région du Sud, constitue une zone stratégique, à la fois bassin de production agricole, avec ses vastes plantations environnantes à Adjab, Bissono et Akok, et pôle aurifère, avec les exploitations artisanales de Bilobé, qui attirent aujourd’hui plus de 2 000 personnes, dont 80 % d’allogènes, selon les riverains. La localité est également au cœur du projet structurant de construction de la route Ebolowa-Akom II-Kribi, appelée à désenclaver l’hinterland.
Pour les populations, ce drame n’est pas un fait isolé. Elles se souviennent encore d’un crime aux caractéristiques similaires survenu il y a environ un an à Nyabitandé, dans le même arrondissement, et resté dans les mémoires en raison de sa violence. Cette récidive pose avec acuité la question du contrôle des flux migratoires et de la sécurité dans une zone devenue particulièrement attractive.
Plusieurs riverains s’interrogent sur l’absence d’inscription des suspects dans les registres municipaux et les cahiers des chefferies de troisième degré. De surcroît, un point de contrôle des forces de maintien de l’ordre (FMO) est installé à l’entrée du village, à proximité du domicile d’une élite locale.
Au-delà de ce fait divers, cet événement tragique devrait interpeller les autorités. Le mode opératoire, marqué par une violence symbolique extrême, rappelle les exactions attribuées aux groupes armés sécessionnistes qui sévissent dans les régions anglophones. Sans établir de lien direct avec ces groupes, la présence signalée de nombreux ressortissants de ces régions sur les sites aurifères de Bilobé et dans les plantations environnantes alimente un sentiment d’insécurité et la crainte d’une importation de méthodes criminelles.
Noso
Face à cette situation, les populations de Njong Ngoto, et particulièrement celles d’Akom 2, appellent les autorités administratives d’Ebolowa, d’Akom 2, de Niété et de Kribi à relancer les comités de vigilance en boucle, en collaboration avec les chefferies et les forces vives, et à renforcer les points de contrôle le long de cet axe.
Elles sollicitent également auprès du Secrétariat d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie nationale la dotation de l’arrondissement d’Akom 2 d’un peloton de gendarmerie, à l’instar de Niété, ainsi que le lancement d’une opération d’identification de la population flottante dans les sites miniers et les grandes exploitations.



