Humanitaire: Nansen Refugee Award 2025 désormais à Gado-Badzéré


Décerné  au chef de cette localité de l’Est par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) en Genève, le prestigieux prix  a été présenté aux populations à Bertoua au cours d’une cérémonie officielle le 22 décembre dernier.

Sébastian Chi Elvido et Sali Mbivoung

L’arrivée triomphale du lauréat du prix mondial Nansen



Escorté par des chevaux, Martin Azia Sodea, chef du village Gado-Badzézé dans l‘arrondissement de Garoua-Boulaï a été accueilli en triomphe à l’esplanade du Pôle Artcam de Bertoua le 22 décembre dernier par les populations de la ville. C’était à l’occasion de la présentation officielle du prix Nansen que lui a décerné il y a quelques semaines à Genève par le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR). En récompense des années d’accueil et d’intégration de réfugiés centrafricains dans son village situé à une trentaine de kilomètres de Garoua-Boulaï. Pour cette autorité traditionnelle,  « il s’agit d’une étape sur le long chemin qui nous mène vers la maîtrise totale des problèmes posés par l’afflux des réfugiés dans un village comme le nôtre ». Selon Yvette Muhimpum, représentante multi-pays de l’UNHCR présente à la cérémonie, présidée par le gouverneur de l’Est, Grégoire Mvongo, « ce prix traduit l’hospitalité légendaire du peuple camerounais, illustrée par le chef de Gado-Badzéré ».
Créé en 1954, le prix Nansen porte le nom de Fridtjof Nansen, premier Haut-Commissaire pour les réfugiés et prix Nobel de la paix. Il récompense chaque année des individus ou des communautés ayant accompli des actions exceptionnelles en faveur des réfugiés. Pour l’agence onusienne, le Cameroun, à travers cette distinction, démontre une politique d’asile généreuse et exemplaire. Conformément à la Convention de 1951, le Gouvernement camerounais apporte une protection nationale aux réfugiés centrafricains qui se trouvent sur son territoire depuis une décennie.
La sélection rigoureuse des lauréats de ce prix s’appuie sur des critères de courage, d’humanité, d’innovation et de promotion de solutions durables. Cette année, aux côtés de lauréats régionaux en Irak, Ukraine, Mexique et Tadjikistan, c’est le chef de Gado-Badzéré qui a été choisi comme lauréat mondial 2025, portant haut les couleurs de l’Afrique. Pour les humanitaires, « la cérémonie n’était pas seulement un hommage à un homme, mais le couronnement d’un modèle d’humanité et de cohésion sociale né dans une zone rurale accueillant des milliers de personnes fuyant les violences en République centrafricaine (Rca) ».
Actions
Pour gagner ce prix mondial, le jury a estimé que le chef du village Gado-Badzéré a mis en œuvre des actions concrètes et transformatives. En effet a expliqué la représentante multi-pays du UNHCR « dès l’afflux massif de réfugiés centrafricains il y a une dizaine d’année, Martin Azia Sodea a mis à leur disposition des terres agricoles pas seulement pour des abris, mais pour survivre et cultiver. Cette décision cruciale a sauvé des vies et jeté les bases d’une autonomie alimentaire ». En plus, le chef du village a adopté une stratégie inclusive car, ses terres sont partagées entre réfugiés et communautés hôtes camerounaises, favorisant ainsi la cohésion sociale et le développement économique local. Il a également créé un comité mixte de développement, présidé par lui-même, et composé à parité de camerounais et de réfugiés centrafricains. Cette instance unique permet un dialogue permanent, un brassage culturel et une gestion concertée des défis quotidiens, faisant de Gado-Badzéré un laboratoire d’intégration réussie.
Le prix a été dédié à l’union et aux traditions de partage des peuples de la région de l’Est. « Ce prix représente l’union. Nous avons appris à nous réunir et partager pour mieux vivre, à ne pas fermer la porte aux étrangers, aux personnes en détresse », a déclaré le chef en lançant un appelle solennel à la solidarité. « J’interpelle le monde entier d’ouvrir les bras, de faire comme nous ici au Cameroun. Les riches doivent partager avec les pauvres pour mieux vivre ensemble ».