Par Cyril Essissima

Au village Ekabita Essele par Obala le 20 janvier 2024, on n’aurait pas dit une cérémonie de lamentations. Projection sur écran géant par la télévision nationale, groupes de danse, chorale, protocole, cuisines çà et là à travers le village, etc., les obsèques du philosophe Hubert Mono Ndjana étaient une véritable célébration de vie. Le nombre et la qualité des personnalités ayant effectué le déplacement, témoigne de la dimension de l’illustre disparu.
Près d’une trentaine de tentes pour mettre à l’abri du soleil universitaires, membres du gouvernement, élus, autorités administratives, chefs traditionnels, élites et forces vives de la Lekié, amis et connaissances venus des quatre coins du Cameroun, malgré l’aspect sinueux et poussiéreux de la route, pour rendre un dernier hommage mérité à cet intellectuel qui aura marqué son temps. Ses collègues du département de philosophie de l’Université de Yaoundé I et de plusieurs autres universités du pays se sont d’ailleurs prêtés à la danse de l’‘‘esani’’. Dans la tradition Beti, il s’agit du rite d’accompagnement du défunt dans l’au-delà.
Le cercueil recouvert du drapeau vert rouge jaune, les honneurs de la gendarmerie nationale et la remise de la distinction honorifique de la grande chancellerie des Ordres nationaux par le préfet de la Lekié ont donné le cachet officiel de ces obsèques. Il s’en est suivi une succession de témoignages aussi bien des invités spéciaux que des disciples du « maître », sans oublier les différentes belles familles.
Les choses se sont véritablement mises en place le 18 janvier 2024, jour de la mise en bière à l’hôpital général de Yaoundé, suivie de la messe de requiem célébré par archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Mbarga, à la cathédrale Notre Dame des Victoires. Le cortège funèbre s’est par la suite ébranlé à l’Université de Yaoundé I pour des hommages académiques. Toutes ces étapes ont connu la participation effective et personnelle de plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, du secrétaire général du comité central du Rdpc, Jean Nkuete…
Né le 3 novembre 1946 à Ekabita dans le département de la Lékié, région du Centre, Hubert Mono Ndjana, décédé le 16 novembre 2023, était en effet un philosophe, intellectuel et homme politique camerounais de haut vol. Le 05 février 2003, il devient le premier camerounais, enseignant de philosophie, à accéder au grade universitaire de professeur des universités. Il est surtout connu dans le cercle universitaire et au sein de l’opinion national pour ses concepts d’« épistéméthique », de « normalisation de l’écart et d’écartement de la norme » ou encore du « mapartisme » qui dénonce la tendance individualiste de certains Camerounais à ne rechercher que leurs intérêts personnels.
Hubert Mono Ndjana a également mis sa sagesse philosophique au service du parti au pouvoir. C’est ainsi qu’à partir de 1982, année de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, il gravit des échelons, notamment en tant que membre du comité central de Rdpc, secrétaire adjoint du comité central. Il ne fait pas mystère de son soutien au président national Paul Biya dont s’évertue à divulguer la pensée politique au travers de publications scientifiques. Malgré sa loyauté politique et son sa dimension intellectuelle, Hubert Mono Ndjana n’a jamais bénéficié d’un décret présidentiel le nommant à un quelconque poste au sein de la haute administration. Il est vrai que le philosophe a souvent critiqué la gestion du pays par certains de ses camarades du parti qui occupent les hautes fonctions au sein de l’appareil de l’Etat.
RÉACTIONS
Henri Eyebe Ayissi, Mindcaf et président du Codemefv-Lekié : « Profonde gratitude au président de la République »

Remerciement à Son Excellence Paul Biya, président de la République, chef de l’Etat, président national du Rdpc, pour la très haute décision qu’il a bien voulu prendre si tôt que l’évolution de la santé de notre frère le professeur Hubert Mono Ndjana l’imposait, de prescrire que tout soit fait, tout ce qui serait nécessaire pour la sauvegarde de sa santé. Le Codemefv adresse sa profonde gratitude au président de la République pour cette décision et pour les appuis multiformes adressés à la famille autant que le message de condoléances qu’elle a directement reçu et pour la distinction honorifique à titre posthume.
Le Codemev, par ma voix adresse ses remerciements à son président d’honneur, Luc Ndjodo, procureur général près la Cour suprême du Cameroun, pour le rôle déterminant de grand aîné qu’il a bien voulu accepter d’assumer. C’est un comportement exemplaire que je tiens à souligner pour la mobilisation des élites et forces vives de la Lekié pour tous événements heureux et malheureux comme celui dans le cadre de cette structure que nous avons choisie d’instituer.
Remerciements et gratitudes à monsieur le ministre d’Etat, ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, grand chancelier des Ordres académiques, sous la haute égide duquel se sont déployés le recteur de l’Université de Yaoundé I qui a autorisé et conduit les activités académiques organisées pour ces obsèques depuis Yaoundé jusqu’ici à Ekabita Essele, le village natal du professeur Hubert Mon Ndjana.
Remerciements et gratitude à monsieur le ministre directeur du cabinet civil de la Présidence de la République, Samuel Mvondo Ayolo, pour les diligences accomplies concernant l’exécution des très hautes directives du président de la République. Gratitude à monsieur le secrétaire général du comité central du Rdpc, Jean Nkuete, qui a bien voulu dépêcher ici une délégation pour le représenter.
Nathanaël Joël Owono Zambo, chef du département de philosophie de l’Université de Yaoundé I : « Un philosophe au sens profond du terme »

L’université camerounaise et la communauté des philosophes perdent une intelligence vive, celle du professeur Hubert Mono Ndjana, qui a irradié tant de générations de Camerounais et d’Africains. Un pédagogue chevronné et talentueux. Cela s’est traduit par une recherche très féconde par la prolixité des ouvrages et textes qu’il a publiés, et qui constituent aujourd’hui le plus grand lègue à la postérité.
Le professeur Hubert Mono Ndjana était à la fois un philosophe au sens profond du terme, un excellent chercheur, un excellent pédagogue, mais aussi un poète, un artiste qui a montré son talent à travers les romans et pièces de théâtre qu’il a commis de son existence. Il a consacré toute sa vie à la philosophie, à la production des idées. Mais cela ne s’est pas arrêté au niveau de la seule sphère théorique. En tant que citoyen et homme politique, il a traduit en acte sa pensée philosophique dans la normalisation, mais aussi l’assainissement des mœurs de la société et de l’espace public camerounais.
Simon Pierre Ediba, maire de la commune d’Obala : « Même sans poste, Mono Ndjana a continué son combat »

Il était comme cette fille que l’on donne en mariage mais qui garde une relation avec sa famille d’origine. Dans notre culture, c’est le symbole du cordon ombilical. C’est-à-dire cette membrane nourricière qui lie l’en en gestation à sa mère. On croit le séparer en le rompant à la naissance, mais il se révèle par la suite une force d’attachement redoutable entre les deux corps.
Le philosophe de renom, l’ami de la sagesse, qui rime avec la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice… Hubert Mono Ndjana est resté très attaché à sa terre. Il a atteint les cimes de la pensée philosophique sans laisser le regard rivé vers les étoiles. Il a donc gardé en esprit qu’il était condamné à vivre avec et parmi ses semblables en partageant son savoir pour être utile à la société. Et c’est dans cette société plurielle qu’il quitte comme il a vécu, qu’il laisse ses marques.
Il est élu trois conseiller municipal à la commune d’Obala. Il participe donc activement au développement de cette commune, tout en se déployant pour des activités intellectuelles dont les publications innombrables en ont fait un maître, un érudit. Le professeur Mono Ndjana était notre Socrate. Nous le disons sachant que Socrate était le père de la philosophie, Hubert Mono Ndjana était un maître et le père de la philosophie ici à Obala. Et comme Socrate, a pensée lui survivra.
Comment oublier sa très forte contribution aux côtés des sommités telles le professeur Ebenezer Njoh Mouelle, pour une compréhension plus aisée de la pensée politique du président Paul Biya à travers la publication de plusieurs ouvrages dont, entre autres, « L’idée sociale de Paul Biya » ; « Pour comprendre le libéralisme communautaire de Paul Biya » ; « La mutation, essai sur le changement politique au Cameroun » ; « Les proverbes de Paul Biya » …
Arrivé au sommet du parti par son militantisme comme membre du gouvernement du comité central du Rdpc au poste de secrétaire à la communication et à la culture, il a fait honneur à sa commune d’origine et a fortement contribué au rayonnement de notre grand parti.
Même sans poste, Mono Ndjana a continué son combat pour une société plus juste, prospère et paisible. Il n’a eu de cesse de fustiger tout comportement visant à écarter la norme et à normaliser les écarts. Pour le philosophe engagé, le « mapartisme », cette tendance à ne chercher que sa part, son intérêt, sa part de gâteau, il l’avait en horreur.



